Passer au contenu principal

LyriqueL'annulation de quatre productions met le Grand Théâtre à rude épreuve

Le Grand Théâtre annule quatre spectacles, dont une création mondiale. La faille budgétaire qui en découle agite les patrons de la maison. Tour derrière les rideaux.

Scène des «Huguenots», dernière production présentée au Grand Théâtre avant sa fermeture.
Scène des «Huguenots», dernière production présentée au Grand Théâtre avant sa fermeture.
MAGALI DOUGADOS

Dans les couloirs du Grand Théâtre, on vous le murmure discrètement, sans articuler des chiffres. Oui, avec «Les Huguenots», opéra de Giacomo Meyerbeer présenté récemment dans une nouvelle production, la maison lyrique genevoise a perdu passablement de plumes. C’était il y a quelques semaines à peine, mais à l’âge du Covid-19, un monde nous sépare déjà de ce passé pourtant si proche. À ce moment-là, entre la fin du mois de février et la première semaine de mars, les consignes cantonales obligeaient les salles de spectacle à réduire leur accueil à 1000 personnes par représentation, personnel compris.

La jauge ainsi imposée a donné un puissant coup de sabre à la billetterie, puisque par temps normaux les lieux peuvent accueillir jusqu’à 1500 spectateurs. La ligne comptable qui s’y rattache a un poids consistant dans les finances de l’institution: à titre indicatif, la saison passée, elle a généré 8,7 millions de francs, dans un budget global de 34,5 millions.

Un million par production

Aujourd’hui, la musique qu’on entend dans ces hauts lieux de la culture genevoise est bien plus sinistre. Dans un communiqué livré lundi, le Grand Théâtre se dit contraint d’annuler quatre productions prévues à l’agenda. À savoir la création mondiale de «Voyage vers l’espoir», l’accueil de «La Cenerentola» de Rossini, le spectacle jeune public «Electric Dreams», présenté au Théâtre Am Stram Gram, et, enfin, la création chorégraphique «Ce qui nous reste». Comment rebondir financièrement face à pareil cataclysme? Comment compenser l’annulation d’une nouvelle production qui, bon an mal an, coûte à peu près 1 million de francs à l’institution?

Pour le directeur du Grand Théâtre, Aviel Cahn, au-delà du budget, la première source de douleur tient presque de l’émotionnel: «Une création mondiale comme celle du «Voyage vers l’espoir» suscite beaucoup plus d’attentes qu’une pièce inscrite dans le grand répertoire. C’est difficile de devoir y renoncer. Cependant, nous étions aux parties finales de la préparation, il ne restait que des détails à régler. Cela nous permet de réfléchir à la manière de proposer ce travail dans un avenir plus ou moins proche.»

Réfléchir, justement. Imaginer des dizaines de scénarios de sortie pour la suite de la saison. Établir en somme un plan de continuité. Voilà ce à quoi se dédie la task force créée expressément ces jours-ci. «Une nouvelle production nécessite six semaines de répétitions, explique Aviel Cahn, tandis qu’un autre spectacle se révélera plus flexible et aisé à monter. Ce paramètre, tout comme le contexte environnant, doit nous guider dans la reconstruction de notre programmation.»

La santé avant tout

Lorella Bertani, qui préside le conseil de fondation du Grand Théâtre, évoque la même nécessité d’élasticité: «Nous devons nous adapter à l’évolution du cadre sanitaire et des consignes qui seront dictées sur le plan cantonal et fédéral. Les décisions se prennent en fonction de ces consignes, tant pour la programmation que pour les stratégies budgétaires. Ce qui nous a paru crucial, dans un premier temps, a été la santé de nos collaborateurs. Voilà pourquoi nous avons fermé la maison et imposé le télétravail.»

Reste encore la question du remboursement des spectateurs, surtout des abonnés qui n’ont pas pu assister aux «Huguenots» et qui se verront privés d’opéra ces prochaines semaines. La direction a jusqu’ici répondu favorablement à tous ceux qui ont exigé un remboursement. D’autres, moins pressants sur la question, ont été crédités de l’équivalent, sans transfert de liquidités. Les circonstances – on le laisse entendre aussi par murmures – requièrent la compréhension et le soutien de tous. Public, mécènes et sponsors.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.