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Le corona, ça nous cause

Au-delà des modes langagières, les mots disent qui nous sommes.

Il suffit de l’entendre bruisser dans les conversations ou les discours officiels pour comprendre la force invasive du fléau jusque dans notre vocabulaire. Car quel super transmetteur que ce virus qui déjà, a contaminé la manière dont les gens se causent sur cette planète. Comme on nous parle, ronchonne Souchon: se mettre en mode «corona-off» ou «coroff» par force de la «situation particulière», se donner rendez-vous au «coronapéro», prendre un «coronavirage» par politique de survie, ou encore «googler» sa science sur les nuances entre «pandémie» et «épidémie», «covid-19» et «coronavirus»…

Au-delà des modes langagières, les mots disent qui nous sommes. Le français gronde ses mues depuis toujours à travers les âges. Mais le jeune XXIe s. accélère encore ses mutations barbares. Dans «Maux et mots d’une décennie 2010-2020» (Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, Éd. Cambourakis), une quarantaine d’auteurs peine d’ailleurs à rattraper une langue qui fout le camp. Ces belles plumes se penchent sur son cas, de la banalisation asexuée du terme «putain!» en «éditocrates» et autres «fast-thinkers» jadis pourfendus par Pierre Bourdieu, toujours plus toxiques dans le village global interconnecté. À lire ce gang de philologues énervés, on se dit qu’ils pourront bientôt publier une suite sur les effets sémantiques du coronavirus.

Même constat dans «Je parle comme je suis» (Éd. Grasset), où la sociologue Julie Neveux analyse les déviances linguistiques contemporaines. Voir une époque qui rallonge la charade de son mal-être: «Au fond du trou, en coup de mou et burn-out, au bout de ma vie». Et je ne vous parle pas de l’ère post-MeToo, avec ou sans hashtag, féminicide, charge mentale. L’épisode «Je suis Charlie» s’efface déjà qu’en arrive un autre. Ainsi de la collapsologie, désinfox et autres tics néotribaux. Au jour d’aujourd’hui, c’est grave intéressant cette tuerie.

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Pour les confinés en PLS (position latérale de sécurité), le tsunami corona-linguistique dit déjà beaucoup. Ainsi de termes rejetés aussi vite qu’adoptés. Prenez «quatorzaine», mot plutôt tendance en janvier. Plus encourageant que les 40 jours de «quarantaine», le voilà quasi abandonné pour l’indéterminé «confinement». «Cluster», qui tenait la grappe en début de crise, s’efface déjà dans une «nébulisation» floue. Par contre, «Gestes barrières» reste d’actualité, comme «télétravail» qui avait failli sombrer dans la ringardise du temps du Minitel.

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