Les femmes en première ligne contre la pandémie

CoronavirusMajoritaires dans la santé et dans les commerces de première nécessité, les héroïnes du moment sont exposées sur plus d’un front et demandent plus de soutien.


Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Rarement les femmes auront été aussi présentes sur une ligne de front que dans la guerre contre le coronavirus. Selon les données de l’Office fédéral de la statistique, le personnel de santé est en effet féminin à 82%, sur quelque 280'000 emplois au total en 2018. Plus de 86% des infirmiers sont des infirmières. Plus de la moitié des médecins sont des doctoresses. Qu’il s’agisse d’assistantes médicales, de prestataires de soins à domicile, de sages-femmes ou encore de pharmaciennes, la majorité des professions mobilisées auprès des patients sont féminines à plus de 80% (voir infographie ci-dessus).

Dans l’autre secteur désigné comme essentiel dans cette crise, le constat est le même. Les effectifs du commerce de détail sont ainsi à 71% féminins sur une force de travail de 190'000 personnes. Difficile de dire quelle proportion est active dans les commerces de première nécessité, sachant que les magasins non essentiels sont fermés. Les statistiques des grands distributeurs offrent néanmoins un point de repère, avec 61% de femmes dans les effectifs chez Migros et 62% chez Coop.

La pression monte

Ces femmes sont particulièrement exposées, aussi bien à la maladie – avec la crainte omniprésente du manque de matériel de protection – qu’aux effets indirects de la mobilisation. Ce constat n’a pas échappé aux différents collectifs de la Grève féministe qui, depuis quelques jours, demandent en chœur plusieurs mesures. Parmi elles: le confinement général, mesure radicale pour protéger au maximum le personnel mobilisé, mais également la gratuité des systèmes de garde, invoquant que «ce n’est pas aux femmes de payer le prix de la crise».

«La charge mentale qui pèse sur ces femmes est démultipliée. Elles sont au front face à la pandémie, mais elles le sont aussi à la maison, car elles doivent faire face aux attentes de leurs proches», résume Mélanie Glayre, du collectif Grève féministe Fribourg. Son groupe a particulièrement réagi, en fin de semaine dernière, à la décision du gouvernement cantonal d’étendre les horaires d’ouverture des magasins de 6 à 20 heures.


Lire aussi: Mon héros est une femme


Car la pression monte inexorablement sur les personnels essentiels. En fin de semaine passée, le Conseil fédéral a annoncé qu’il suspendait les dispositions de la loi concernant le temps de travail et de repos afin d’augmenter la disponibilité des soignants. «Indépendamment de leur taux d’occupation, on pourra leur demander de travailler plus que 50 heures par semaine. Il n’y aura plus de plafond. C’est une décision absurde. Ces femmes doivent pouvoir décrocher», tonne Beatriz Rosende, secrétaire centrale responsable du secteur de la santé au Syndicat des services publics (SSP). Lors d’une rencontre, mardi matin, entre les partenaires sociaux et le conseiller fédéral Guy Parmelin, l’Union syndicale suisse a demandé au gouvernement de revenir en arrière sur ce point.

Casse-tête à la maison

Pour donner de l’air au personnel soignant, les autorités ont annoncé qu’il aurait un accès prioritaire aux systèmes de garde malgré la fermeture des crèches et des écoles. «Cela ne veut pas dire que l’accès est garanti. Les horaires du peu de structures ouvertes restent peu adaptés aux horaires de travail dans la santé», pointe néanmoins Mélanie Glayre.

Lise*, soignante à l’Hôpital cantonal de Fribourg et mère de deux enfants en âge scolaire, explique son casse-tête: «Mon mari est au front comme moi, et nous commençons tous les deux tôt le matin. Avant, nous nous organisions avec ma belle-mère, qui a 78 ans. Ce n’est plus possible.» Pour faire face, le couple n’a d’autre choix que de puiser dans ses congés. «Depuis la crise, je bénéficie de dix jours payés au lieu de cinq pour m’occuper de mes enfants en cas de besoin. Ils seront vite épuisés. Si en plus on augmente mon temps de travail, je ne sais pas comment je me débrouillerai», relève la jeune femme.

La question de la garde se pose avec acuité également pour les employées et employées du commerce d’alimentation. Les autorités l’ont reconnu, notamment dans le canton de Vaud, où le service d’accueil scolaire s’adresse également à eux. Les choses seraient toutefois moins claires au niveau des crèches. «À notre demande, les autorités nous ont confirmé que le personnel de vente est aussi prioritaire, mais nous ne savons pas quelles structures sont encore ouvertes pour pouvoir informer les gens», pointe Giorgio Mancuso, secrétaire syndical chez Unia Vaud.

Peur de perdre son emploi

Le syndicaliste s’insurge en outre contre l’attitude des grands groupes de détaillants. «Le mot d’ordre jusqu’ici est que les employés ont trois jours pour organiser des solutions de garde. Au-delà, ils doivent prendre sur leurs vacances. C’est faux!» Il relève que, selon le Code des obligations, les employés qui sont empêchés de travailler pour accomplir une obligation d’entretien peuvent recevoir leur salaire pendant trois semaines dès la première année de service.

«Les maris de ces femmes n’ont souvent pas accès au télétravail. Elles se retrouvent seules face au défi de savoir quoi faire de leurs enfants alors que leur employeur fait pression sur elles, rapporte Giorgio Mancuso. Beaucoup d’employés du commerce d’alimentation expriment leur peur de perdre leur travail faute de trouver des solutions. Toutes sont des femmes.»

* Prénom d’emprunt

Créé: 25.03.2020, 06h50

Le virus tue davantage les hommes

Les statistiques de l’épidémie dans différents pays montrent que nous ne sommes pas toujours égaux face à la maladie. En Suisse, les cas dépistés se répartissent certes équitablement, avec actuellement 49% d’hommes et 51% de femmes infectées. En Italie, en revanche, la balance penche nettement du côté des hommes, qui représentent 57% des cas.

Mais c’est surtout au niveau des décès que le fossé se creuse. En Italie, où le bilan de la maladie est désormais de 6078 morts, les dernières données analytiques montrent que 30% des disparus sont des femmes et 70% des hommes. La proportion de décès est par ailleurs plus importante au sein de la population masculine dans pratiquement toutes les classes d’âge.

En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne fournit pas de statistiques selon le genre pour les 86 décès enregistrés à ce jour. L’analyse du nombre de personnes contaminées montre toutefois des disparités entre les sexes. Ainsi, pour les tranches d’âge allant de 0 à 49 ans, le coronavirus touche davantage les femmes que les hommes, tandis que pour celle entre 50 et 59 ans, les deux sexes sont à égalité face à la maladie.

Le scénario change toutefois radicalement pour les trois classes d’âge dès 60 ans, dont on sait qu’elles concentrent la majorité des décès. Toutes affichent une large majorité d’hommes infectés, en particulier chez les plus de 80 ans. Peu d’études se sont encore penchées sur le sujet et les experts manquent de réponses pour expliquer le phénomène.

En Chine, où les chiffres montrent les mêmes disparités de genre depuis le début de l’épidémie, des chercheurs ont évoqué le système immunitaire plus fragile des hommes comparé à celui des femmes. Une autre hypothèse met en évidence le fait que les hommes sont plus nombreux à fumer, en particulier en Chine.

Articles en relation

Le lieu de travail des concierges est surpeuplé

Coronavirus À l'heure du confinement, dans les immeubles, les concierges turbinent. Avec des politiques d’entreprise variées. Plus...

«Il y a un intérêt à prolonger les indemnités des chômeurs le temps de la crise»

Coronavirus Les personnes en fin de droit espèrent un geste du Conseil fédéral. Le syndicat Unia revendique 200 jours supplémentaires, tandis que le président de l’USS demande l’arrêt des recherches d’emploi. Plus...

Le lieu de travail des concierges est surpeuplé

Coronavirus À l'heure du confinement, dans les immeubles, les concierges turbinent. Avec des politiques d’entreprise variées. Plus...

«Le personnel soignant accomplit un travail incroyable»

Coronavirus La présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga s’est dit «très inquiète» suite à cette crise. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.