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Marcel contre Marvel

Ces jours, l'offre culturelle, c'est le souk. D'où l'intérêt de cette étude quantitative.

Certains remplissent leurs placards de pâtes, d’autres stockent les objets culturels. À la troisième semaine de confinement, c’est le souk à tous les étages. D’où l’intérêt d’une étude sur la rentabilité de quelques classiques. Belle bête littéraire, «A la recherche du temps perdu» (7 volumes de 1906 à 1922), requiert environ 70 heures. Cycle superhéroïque, le Marvel Cinematic Universe (23 films de 2008 à 2019), taxe 50 heures et 6 minutes chrono. Nul besoin d’être accro à Proust pour savoir que longtemps, l’auteur se couchait de bonne heure, pas de bonheur, et rarement les deux à la fois. L’asthmatique pose en spécialiste de l’ennui - «Un des maux les moins graves qu’on ait à supporter». Le boulimique de madeleines trempe encore cette phrase sublime dans la contemplation du lendemain: «Si j’avais été moins décidé à me mettre définitivement au travail j’aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite.» Et le bougre de s’y employer.

Scrutant les spirituels postérieurs d’Albertine et autres mondaines en fleur, le chétif Marcel peut envisager «les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce qu’(il) n’y était pas encore». C’est une stratégie encourageante, sauf qu’il faudra prévoir des litres de gel hydroalcoolique pour en tourner les pages. Le critique Fabrice Pliskin ne relève-t-il pas avec un effroi tout germanopratin l’orgueil affiché de l’écrivain: «Pas une seule fois un de mes personnages ne se lave les mains». Quoi, Proust faisait fi des gestes barrières? Conclusion, il faut se méfier des salons des Guermantes comme de la peste.

Mieux vaudrait donc se vautrer dans ce cinéma superhéroïque qui lave le cerveau mieux que l’eau de Javel depuis le début du siècle. Avec leur box-office de milliardaires, les héritiers de Stan Lee jurent de dissiper la notion même d’ennui. Pas question de temps perdu ici, d’«Iron Man» à «Spider-Man», les justiciers cavalent en laissant des indices initiés qui décryptés, poussent à se sentir plus marioles à la sortie. Mais là encore, méfiance, l’infection menace.

Le Dr Banner mue en Hulk rageur après contamination par une explosion atomique, le don de Spidy résulte du venin et en général, les Avengers sont coursés par des savants fous et autre Venom toxiques. Pourtant, on y repique. Comme d’ailleurs «Du côté de chez Swann». Proust y aurait écrit ce verdict: «Il se pourrait que certains chefs-d’œuvre aient été écrits en bâillant». À vérifier, et ça va prendre des heures.

«Pas une seule fois un de mes personnages ne se lave les mains»

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