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Le pasteur a enfin du temps pour méditer

Jeune pasteur à Mezières, dans le Jorat, Nicolas Merminod teste le culte sur YouTube et phosphore sur l’avenir.

Vanessa Cardoso

«Plus de culte jusqu’à nouvel avis, ça chamboule tout. J’avoue qu’il m’a fallu quelques jours pour atterrir, intégrer tout ça et aller de l’avant.» Pasteur à Mézières, Nicolas Merminod, 31 ans, se retrouve en communion de pensée avec le jeune cadre dynamique et le représentant de commerce. Il est orphelin d’un planning bien rempli. C’est que d’ordinaire les offices, les visites aux paroissiens, les mariages et les baptêmes sont autant de choses qui demandent préparation et réflexion, et pas seulement une présence cérémonieuse. De cette vie d’avant, il ne reste presque que les enterrements, eux-mêmes réduits à la portion congrue, distanciation sociale oblige.

Entre YouTube et téléphone

«Le premier sentiment a été de se sentir inutile», glisse franchement le jeune ministre. Pour autant, il ne regrette pas cette respiration. «Nous sommes un peu dans une culture où le pasteur est souvent vu comme surchargé, au point qu’on s’émerveille quand il est enfin disponible. Je me dis que c’est le moment de réfléchir à ce que nous ferons après cette crise et en quoi elle peut être une occasion.»

Faut-il croire que le salut de l’Église sera numérique? Comme beaucoup de pasteurs, pour Pâques, Nicolas Merminod a fait le culte en vidéo sur la toute nouvelle chaîne YouTube de la paroisse. Et à sa grande surprise des personnes qu’il ne pensait pas intéressées par la vie de l’Église l’ont félicité pour son sermon 2.0! Pour autant, il reste réaliste sur l’écho que peut avoir ce nouveau format. «Une bonne partie des paroissiens ont un certain âge. En fait, on revient plutôt au téléphone.»

Ainsi, que ce soit au bout du fil ou en balade dans la campagne, le pasteur grappille désormais les occasions d’entrer en contact avec ses paroissiens. Et il constate qu’ils ne sont pas aussi mélancoliques qu’on pourrait le croire. «C’est peut-être contre-intuitif, mais les personnes âgées sont ravies qu’on prenne des nouvelles d’elles plus que d’habitude.» Lui qui n’est pas du Jorat reconnaît bien là l’esprit de ce coin de pays où il est arrivé il y a six ans, en prenant son tout premier poste. «Les gens ont les pieds sur terre. Ils se disent qu’il y a pire endroit pour être confiné.»

«Je n’ai jamais su à l’avance si j’aurais les ressources pour des moments difficiles, comme l’enterrement d’un enfant, mais je n’y vais pas seul. Il y a aussi Dieu.»

Nicolas Merminod entrevoit pourtant les questions qui se poseront après ce moment suspendu dans le temps. «Pour certaines familles, un enterrement n’a pas de sens si les gens ne peuvent pas se prendre dans les bras. Alors elles décident d’attendre après la crise pour faire quelque chose autour de la remise des cendres. Il faut se demander comment on accompagnera ces deuils, mais aussi celui des personnes qui n’ont pas pu dire au revoir car les rassemblements sont limités.»

Différés et différents, les rites resteront incontournables, croit savoir le jeune pasteur. «C’est un besoin, quelle que soit la croyance des gens. Lors des enterrements, je vois bien qu’ils sont surtout intéressés par le reflet que la cérémonie renvoie du défunt, plutôt que par l’évocation des textes bibliques.»

Donner du sens

On se dit que donner du sens à une pandémie mondiale tombe pile dans son cahier des charges. Et, si la tâche paraît lourde en apparence, Nicolas Merminod a son idée. «Pour moi, cela évoque l’histoire de l’aveugle-né, dans le Nouveau Testament. Pourquoi est-il ainsi? Pas parce qu’il porterait ses fautes ou celles de ses parents, mais pour que la gloire de Dieu se manifeste à travers sa guérison.» Il ne cache pas qu’ici où là certains voient le coronavirus comme une punition divine. «La question n’est pas de savoir d’où vient l’épidémie, mais comment vivre quand les repères disparaissent et quels sont les cheminements qui s’ouvrent à partir de là.»

Quand on lui demande s’il se sentait prêt à affronter une catastrophe d’ampleur biblique, il se souvient de l’époque où son père lui demandait s’il n’avait pas choisi sa voie par facilité, lui qui s’orientait tout d’abord vers les sciences. «Je lui ai dit que les études étaient une chose, mais que la vie de pasteur ne serait pas toute simple. Personnellement, je n’ai jamais su à l’avance si j’aurais les ressources pour des moments difficiles, comme l’enterrement d’un enfant. Jusqu’ici, la réponse a toujours été oui, mais je n’y vais pas seul avec mes propres forces. Il y a aussi Dieu.»

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