Porteur sain, personne asymptomatique: on fait le point

CoronavirusUne partie de la population infectée n'aura jamais aucun symptôme. Peuvent-ils transmettre le virus?

La professeure Valérie D'Acremont, médecin adjointe en maladies infectieuses à Unisanté, Lausanne.

La professeure Valérie D'Acremont, médecin adjointe en maladies infectieuses à Unisanté, Lausanne. Image: VANESSA CARDOSO - A

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Non, on ne peut pas vraiment parler de porteur sain s’agissant du Covid-19. Ni même de porteur, d’ailleurs. Cette terminologie s’applique «plutôt aux bactéries et pas aux virus», comme nous l’explique la professeure Valérie D’Acremont, médecin adjointe en maladies infectieuses à Unisanté (Lausanne).

«Sauf cas exceptionnel, on ne peut pas être porteur à long terme d’un virus dans le système respiratoire, explique-t-elle. On l’attrape, ensuite on est malade (ou pas), on l’excrète pendant quelques jours ou semaines, on guérit, et notre corps s’en débarrasse. On ne l’excrète plus, à moins d’être réinfecté une autre fois. Un virus respiratoire finit toujours par disparaître, contrairement à une bactérie, par exemple un streptocoque qui peut vivre dans notre gorge à long terme.»

Il convient donc, dans le cadre du nouveau coronavirus, de parler de personnes infectées asymptomatiques. Des personnes peuvent être infectées sans jamais présenter aucun signe de la maladie, et ce même après la période d’incubation*. «Elles ne développent pas de symptômes, ou si faibles qu’elles ne s’en rendent pas compte», dit le médecin cantonal, Karim Boubaker. Il s’agirait surtout d’enfants et de jeunes adultes.

Sans toux, peu contagieux

Combien sont-ils au juste? «On n’a pas d’étude formelle donnant ce pourcentage, puisque cela demanderait de tester massivement la population en parfaite santé et on ne peut pas se le permettre dans les circonstances actuelles», répond la professeure Valérie D’Acremont. Le dépistage n’est pas une solution. «Il faudrait tester tous les deux jours les personnes ne présentant aucun symptôme. On n’a pas les ressources humaines pour le faire et il n’y a pas assez de tests pour cela.»

Les modèles théoriques parlent d’un tiers de personnes infectées qui n’auraient pas de symptômes ou très peu, rapporte-t-elle. «Ce chiffre hypothétique est à prendre avec des pincettes.» La maladie se propageant surtout via les gouttelettes expulsées par les personnes qui toussent, le risque de contracter le SARS-CoV-2 au contact des asymptomatiques est «très faible», selon l’OMS. «Le risque de transmission existe, mais c’est peu significatif par rapport aux personnes qu’on teste, qui ont beaucoup de symptômes et qui «crachent» beaucoup de virus», indique Karim Boubaker.

Un problème de taille

Il n’empêche: cette catégorie de la population peut infecter autrui, et cela pose un problème de taille. «Il est difficile de prouver à quel point ils participent à la propagation du virus, mais un faisceau d’indices montre aujourd’hui que c’est probablement le cas, commente la professeure D’Acremont. Comment expliquer, sinon, qu’il se propage à une telle vitesse? La transmission via les asymptomatiques expliquerait cette rapidité de propagation de l’épidémie. D’autant qu’une personne sans symptôme va faire moins attention avec les autres (confinement, distance de sécurité…).»

Elle rappelle une consigne primordiale: respecter une distance de 2 mètres avec tout le monde, y compris ses propres enfants s’ils sont assez grands. Dans la mesure du possible, les parents doivent s’occuper eux-mêmes de leur progéniture. «Ou réduire à un ou deux le nombre de personnes qui sont en contact avec ses enfants.»

* L’OMS estime que la période d’incubation dure d’un à quatorze jours, le plus souvent autour de cinq jours.

Créé: 24.03.2020, 06h43

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