«La Suisse n’a pas tiré les leçons de l’épidémie H1N1 de 2009»

CoronavirusLa Suisse n’a pas prévu la dépendance envers l'étranger pour les produits sanitaires de base, déplore André Duvillard, délégué au Réseau national de sécurité.

"La Pharmacie de l'armée est en quelque sorte le seul centre de production en Suisse pour certains médicaments de base, du type paracétamol". Image: Keystone

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Masques, thermomètres, flacons pour gel: la pénurie de moyens essentiels frappe les esprits. N’a-t-on rien appris de l’épidémie H1N1 de 2009? Elle avait pourtant donné lieu à un test national en 2014…
Vous avez raison. Après 2009, un certain nombre de problèmes avaient été listés, notamment dans la collaboration et la répartition des compétences entre la Confédération et les cantons, car beaucoup de mesures avaient été prises de manière désordonnée. Cela a débouché sur la révision du Plan suisse de pandémie en 2013, qui a été testé en 2014 dans le cadre de l’Exercice du Réseau national de sécurité.

Quel était le scénario?
«Un virus grippal inconnu apparaît en Asie et touche la Suisse deux mois plus tard »… Un certain nombre d’adaptations ont été faites suite à ce test, qui ont servi de base à une nouvelle adaptation du Plan suisse de pandémie en 2015. De plus la révision de la Loi fédérale sur les épidémies a permis de mieux définir les compétences de la Confédération et des cantons selon que l’on se trouve en situations ordinaire, particulière ou extraordinaire, ce qui est le cas depuis lundi.

Mais comment expliquer la pénurie des outils de base?
Parce que nous n’avons pas vu venir les effets pervers de la globalisation qui augmente notre vulnérabilité. En Suisse, parce que les grands noms de la chimie sont ici, on oublie parfois que Roche et consorts ne produisent plus de médicaments, et se concentrent sur la recherche. Il faut savoir que 60% des médicaments de base, ou des composants qui servent à les fabriquer, sont importés, essentiellement d’Asie.

La Pharmacie de l’armée n’en fabrique-t-elle pas?
Oui, et c’est en quelque sorte le seul centre de production en Suisse, pour certains médicaments de base, du type paracétamol. Et ces dernières années se posait encore la question de savoir si on allait maintenir cette compétence…

La majorité des autres produits sanitaires vient aussi d’Asie?
Oui, c’est la même chose pour les contenants, les masques, les thermomètres. Alors quand toute la planète veut les mêmes produits au même moment, évidemment la chaîne d’approvisionnement ne suit plus. Voyez ces containers de masques, destinés à la Suisse, qui ont été bloqués par les Allemands à la frontière, ce qui a créé une crise au plus haut niveau… Ajoutez à cela l’effet de panique, que l’on a constaté avec l’achat par des personnes atteintes de maladies chroniques de médicaments pour plusieurs mois, voire une année.

Hormis les 350'000 masques dont dispose la Pharmacie de l’armée, et les 280'000 de la Protection civile, réservés au système de santé, il y a en outre des réserves fédérales, notamment de médicaments?
Certes, mais ce sont des réserves qui reposent sur une obligation faite aux acteurs de la distribution de médicaments à disposer d’une capacité supplémentaire à leurs besoins. J’entends par là qu’il ne faut pas s’imaginer un abri dans les Alpes qu’il suffit d’ouvrir. Cette obligation est globalement respectée.

Pharmalog, la faîtière des grossistes pour les pharmacies, comme PharmaSuisse, tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années sur l’insuffisance des stocks et la dépendance envers des fournisseurs étrangers. En vain?
Encore une fois, l’essentiel de la production a été délocalisée à l’étranger et aujourd’hui les problèmes sont de plusieurs ordres et ne sont pas propres à la Suisse. C’est une question de climat politique général. Au sortir de la Guerre froide, on a complètement changé de stratégie au niveau des réserves, car on s’imaginait vivre une paix éternelle… Personne, hormis quelques experts, il y a dix ou quinze ans, n’aurait pensé que la prochaine crise grave qui toucherait la Suisse serait d’ordre sanitaire. Cette crise met le doigt sur plusieurs aspects de la globalisation. Une fois qu’elle sera surmontée, il faudra en tirer des enseignements, et le premier d’entre eux sera de retrouver une certaine forme d’autonomie.

En Corée du Sud, chaque cas testé positif fait l’objet d’un SMS aux habitants du périmètre concerné, qui peuvent voir sur le site de la commune le tracé des trajets effectués par le contaminé les jours précédents… Là encore, nous avons un retard considérable, non?
L’Asie a des années d’expérience pour avoir traversé plusieurs épidémies, ce qui est autre chose que des simulations. En outre, les mentalités y sont différentes, notamment dans le rapport au tout-connecté, mais vous avez raison, les moyens de communications sont un gros défi. On le voit déjà ces jours-ci, avec des difficultés de connexions, des lenteurs, ici ou là. La question de la capacité des bandes passantes, très sollicitées par le streaming de loisir comme Netflix, ou les cours vidéo à distance, entre autres, est cruciale. Le Parlement a voté un crédit pour la réalisation de réseaux à haut débit sécurisés, hors des réseaux commerciaux, pour la communication entre cantons et Confédération, en tous temps, y compris et surtout en période de crise. La décision est donc prise, et la réalisation du projet va débuter.

Créé: 19.03.2020, 08h02

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