«La suspension des travaux de rénovation du Palais des Nations aura un coût»

ONULe chantier phare de la Genève internationale est à l'arrêt pour plusieurs semaines. Le calendrier ne pourra pas être tenu.

Tatiana Valovaya, nouvelle directrice du bureau de l'ONU à Genève.

Tatiana Valovaya, nouvelle directrice du bureau de l'ONU à Genève. Image: Capture d'écran

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Palais des Nations, cœur battant de la Genève internationale, est à l'arrêt depuis plusieurs jours déjà. Seuls les agents de sécurité et les personnels indispensables continuent à y travailler. Arrivée l'été dernier, la nouvelle directrice du bureau de l'ONU à Genève, Tatiana Valovaya, est en contact permanent avec les autorités suisses et le siège de l'ONU à New York pour adapter les mesures de sécurité à l'évolution de la pandémie. Autre conséquence de la crise: la suspension des travaux de rénovation du Palais des Nations, qui devaient s'achever initialement en 2024 et dont le coût est estimé à 850 millions de francs.

L'arrêt du chantier de rénovation du Palais des Nations peut-il entraîner des surcoûts?
Évidemment que la situation que nous vivons aura un impact tant sur les délais que sur le coût final du Strategic Heritage Plan (stratégique patrimonial), puisque le chantier de construction du nouveau bâtiment est à l’arrêt. C’est compliqué, parce que c’est un projet très complexe qui comprend aussi la rénovation du Palais des Nations. Ce sont plusieurs chantiers, en réalité, qui sont interconnectés. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter à cette nouvelle réalité. C’est un cas de force majeure. Nous y travaillons pour minimiser les conséquences négatives.

Cette crise aura-t-elle des conséquences sur le budget de l'ONU, qui est déjà exsangue?
La situation n’était déjà pas très bonne, avec des pays qui payaient avec du retard leur contribution au budget de l’ONU. Malheureusement, on peut imaginer que cette crise ne va pas arranger les choses, d’autant que nous allons devoir engager des dépenses supplémentaires pour combattre cette pandémie. Par exemple, ici à Genève, nous avons à faire à des dépenses qui n’étaient pas prévues pour faire nettoyer et désinfecter les locaux. En général, pour faire face au défi qui nous attend, nous avons plus que jamais besoin du système multilatéral.

Quelles sont à cette heure les consignes données au personnel de l'ONU? Peuvent-elles encore être renforcées? Une fermeture totale du Palais est-elle envisagée?
À cette heure, la majorité de notre personnel est passée au télétravail. Ne viennent que les personnes indispensables, comme les agents de sécurité ou les chefs de service, mais le Palais des Nations n’est pas fermé. Envisage-t-on de le faire? Les choses évoluent très vite et la sécurité de notre personnel est prioritaire. Mais à ce stade, avec les mesures prises, je ne crois pas que ce soit nécessaire. Je l’ai constaté moi-même. Les gens restent distants de plusieurs mètres. En outre, accéder au Palais des Nations et à ses équipements nous est nécessaire. Il y a quelques jours, j’y ai reçu un ambassadeur pour qu’il m’y remette ses lettres de créance. Évidemment, nous suivrons toutes les recommandations de l’État hôte.

Sur ce sujet, justement, êtes-vous en contact régulier avec les autorités suisses?
Oui. J’ai des contacts continuels avec l’ambassadeur Valentin Zellweger, le représentant permanent de la Suisse auprès de l’ONU à Genève. Nous partageons nos informations et il me tient au courant des dernières recommandations. Il y a des réunions aussi bien avec les autorités fédérales que cantonales. Le bureau de l’ONU à Genève mais aussi l’ensemble des agences onusiennes et des missions diplomatiques sont tenus informés de ce qui se passe.

Avez-vous une estimation du nombre de fonctionnaires de l’ONU à Genève malades du coronavirus?
Je croise les doigts. C’est très peu. Je crois que c’est parce que nous avons appliqué assez vite les recommandations de l’OMS. Les mesures de distanciation sociale et d’hygiène ont sans doute eu un effet positif. Notre personnel a été invité à ne se pas serrer les mains. Mais nous suivons l’évolution de la situation de très près. Les différentes agences échangent régulièrement pour répertorier les cas de coronavirus parmi les personnels.

Avez-vous déjà une idée de la date à laquelle le Palais pourrait fonctionner normalement? En mai? En juin?
Je ne veux pas me lancer dans des prédictions. Nous en avons pour plusieurs semaines, mais c’est impossible de donner une date. Tout cela dépendra de l’évolution de l’épidémie en Suisse. Tant que la sécurité des personnels n’est pas garantie, c’est le principe de précaution qui prévaut. En attendant, nous nous employons à développer le travail à distance et à regarder quels sont les événements qui peuvent être organisés en ligne. Nous avons déjà beaucoup de visioconférences entre agences. Mais nous pouvons sans doute aller encore plus loin. Évidemment, pour avoir participé à de nombreuses négociations internationales je sais que rien ne pourra remplacer les rencontres physiques pour traiter certains dossiers sensibles.

Quels sont les événements importants qui ont dû être annulés ou qui vont être annulés?
Vous avez pu le constater, le Conseil des droits de l’homme a dû interrompre ses travaux. La Conférence du désarmement est aussi à l’arrêt. La session plénière, qui doit se tenir en mai, est compromise, comme l’Assemblée mondiale du travail prévue en juin. À ce stade, il est irréaliste de faire venir des gens à Genève. C’est évidemment très ennuyeux, car avril, mai et juin sont des mois habituellement très chargés. Je vous rappelle que l’ONU à Genève, ce sont 12'000 conférences par an. Dans certains cas, on trouvera des solutions. Une réunion de la Commission économique pour l’Europe et le développement qui devait se tenir à Genève la semaine dernière s’est finalement déroulée en ligne.

Vous-même venez-vous toujours au Palais des Nations? Comment s'organise votre quotidien?
Je ne me rends au Palais que lorsque c’est vraiment nécessaire. Tout se fait par visioconférence, et les journées sont beaucoup plus longues qu’auparavant. Aujourd’hui, je suis sur le pont vingt heures sur vingt-quatre. J’ai des réunions même les samedis et les dimanches. À toute heure je dois prendre des décisions. Les journées commencent tôt et finissent tard. Le matin, je peux avoir des réunions avec des directeurs d’agences ou les autorités suisses, en début d’après-midi je suis en contact avec New York et en fin de journée je finalise des projets avec mes équipes. Enfin, vers 22 heures, je m’accorde une pause en me connectant sur le site du Metropolitan Opera.

Créé: 26.03.2020, 12h18

Articles en relation

La peur du coronavirus se répand dans les étages chez UBS

Banque À Genève comme à Zurich, des salariés s’inquiètent de la lenteur du passage au télétravail dans la première banque du pays. Plus...

L’épidémie de coronavirus met l’aéroport au tapis

Transports Easyjet cloue quasi tous ses avions au sol à Genève. Le trafic chute. Au sol aussi. Plus...

Le Jet d'eau de Genève tire sa révérence

Covid-19 Pour protéger «la santé des employés» qui gèrent le bon fonctionnement de l'attraction touristique, une mise à l'arrêt temporaire a été décrétée. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.