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Vacances d’été, oubliez les tropiques, visez la Suisse!

Vous rêviez de Méditerranée, d’exotisme ou d’un séjour dans une grande capitale en juillet-août? C’est mal parti. L’heure sera au repli national.

Les destinations de montagne et les paysages alpins, comme la région d’Interlaken dans l’Oberland bernois, seront le terrain de villégiature de nombreux Suisses, cet été.
Les destinations de montagne et les paysages alpins, comme la région d’Interlaken dans l’Oberland bernois, seront le terrain de villégiature de nombreux Suisses, cet été.
GETTY ISTOCK

C’est un fait, les Suisses – du moins ceux qui en ont les moyens – adorent voyager. En 2018, plus de 90% des Helvètes sont partis se promener en Suisse ou à l’étranger, et pour les deux tiers des déplacements, il s’agissait d’un voyage d’agrément. Le Suisse est accro à ses vacances, mais le virus venu, le voilà fort dépourvu.

Il peine à l’avouer – c’est un brin indécent au vu des priorités du moment –, mais une question existentielle le taraude: cet été, afin de lutter contre la déprime, pourra-t-il au moins s’offrir des vacances au soleil?

Pour l’heure, autant le dire tout de suite, les perspectives ne sont pas très réjouissantes, surtout si l’on comptait partir sous les tropiques. Des chiffres encore. Selon une étude de l’Organisation mondiale du tourisme, agence de l’ONU, 96% des destinations dans le monde imposent actuellement des restrictions sur les voyages à cause du Covid-19. Soit les pays ont carrément fermé leurs frontières, soit imposé des restrictions d’entrée aux ressortissants étrangers. Au mieux, les arrivants sont soumis à des quarantaines, ce qui n’est peut-être pas la meilleure façon de passer quinze jours de vacances…

Et puis, en un mois, l’activité du transport aérien a baissé de 70% à travers le monde. La moitié de la flotte mondiale est actuellement en situation de «grounding». Le redémarrage des compagnies va prendre des mois.

«On ne sait ni comment la situation sanitaire va évoluer, ni quand les frontières vont rouvrir. On en est réduits à lire une boule de cristal»

Swiss, par exemple, estime qu’elle ne pourra pas assurer plus de 20% des vols cet été. Chez Easyjet, on précise qu’à ce stade, «il n’est pas possible de déterminer avec certitude la date de reprise des vols commerciaux». À partir du moment où des levées de restrictions permettraient la reprise des vols pour certaines destinations, il faudra à la marque orange environ deux semaines pour redémarrer partiellement ses opérations.

Qu’en sera-t-il, malgré tout, des possibilités de voyager en juillet et en août? C’est toute la question, et tenter d’y répondre c’est jouer à Madame Soleil, résume-t-on à la Fédération suisse du voyage, qui représente les tour-opérateurs et les agences de voyages.

«D’habitude, les mois de mars et avril représentent en Suisse la grosse période de réservation des vacances d’été. Or, actuellement, les demandes sont totalement inexistantes», explique son porte-parole, Walter Kunz.

«C’est logique puisque les Suisses sont pour l’heure invités à rester chez eux et ne peuvent donc pas se projeter: on ne sait ni comment la situation sanitaire va évoluer ni quand les frontières vont rouvrir, y compris en ce qui concerne les pays européens, qui représentent le gros du marché estival. On ne sait pas non plus quand les avions vont se remettre à voler et sous quelles conditions. On en est réduits à lire une boule de cristal».

Les agences de voyages, dont les bureaux sont fermés mais les lignes téléphoniques restent ouvertes, se battent surtout, en ce moment, pour rembourser les clients qui n’ont pas pu partir ce printemps, souligne encore Walter Kunz. «Or, en manque de liquidités, les compagnies aériennes ne remboursent pas les voyagistes, c’est très compliqué.»

Chez les grands voyagistes comme Hotelplan et Kuoni, on confirme que les réservations estivales, même si elles restent en théorie possibles avec le risque qu’elles soient annulées plus tard (lire encadré), sont au point mort. «Les réservations que nous enregistrons concernent avant tout l’automne et l’hiver», explique Blanca Gähweiler, porte-parole d’Hotelplan, qui a suspendu pour l’heure son programme de voyages jusqu’à la mi-mai et qui revoit sa politique de jour en jour.

Même topo chez Kuoni et sa filiale Helvetic, qui a également suspendu ses voyages jusqu’au 17 mai. Markus Frick, son porte-parole, espère que d’ici à deux semaines on en saura un peu plus sur les conditions de voyage en Europe, et conseille aux vacanciers qui ont déjà réservé d’attendre avant de changer leurs plans.

Annulations à gogo

En attendant, du côté du consommateur semi-confiné, l’heure n’est plus guère à rêver de mojitos et de sable chaud. Plusieurs récents sondages soulignent cette attitude de repli. Questionnés entre le 27 mars et le 6 avril, moins de 15% des Suisses estimaient pouvoir planifier de futures vacances, selon une enquête de l’Institut Tourisme de la HES-SO Valais.

Le sondage, mené à l’international mais qui permet d’isoler les résultats pour la Suisse, montre aussi que deux Helvètes sur trois (65%) disent avoir annulé des prochains voyages à destination de pays touchés par le coronavirus. Et 40% l’ont déjà fait pour un voyage d’agrément.

C’était avant Pâques, mais ces coups de sonde vont se poursuivre au cours de ces prochaines semaines, précise Miriam Scaglione, professeure à la HES-SO Valais et coauteure de l’étude, afin de voir comment va évoluer le comportement des consommateurs en vertu des décisions qui se prendront, ici et là, sur la gestion de l’épidémie. «On peut déjà préfigurer que partout en Europe, y compris en Suisse, la tendance cet été sera de se replier sur son pays de résidence. Mais de telles vacances ne seront sans doute pas possibles pour tout le monde, car, il faut le rappeler, beaucoup de gens souffrent financièrement.»

D’autant plus que la Suisse n’est pas vraiment le pays le meilleur marché pour passer des vacances. «Le surplus de la clientèle indigène sera plutôt haut de gamme. Une clientèle suisse qui, plutôt que prendre l’avion, va chercher à s’offrir des folies dans son propre pays.»

Pouvoir ou vouloir voyager?

Si l’on se veut partir à la mer coûte que coûte, peut-on espérer pour l’été des assouplissements des restrictions de voyage, au moins à l’intérieur de l’espace Schengen? Rien ne permet de le dire pour l’instant. Ce serait évidemment une condition nécessaire pour faire ses valises et sauter dans sa voiture. Mais serait-elle suffisante? La pandémie, et ses milliers de morts, a aussi tué les valeurs mêmes que l’on place dans les vacances: liberté, insouciance, légèreté…

En outre, qui a envie de passer des vacances à la plage dans une chaise longue entourée de vitres en plexiglas, selon le concept imaginé il y a peu par une entreprise italienne? En France, les rumeurs n’ont cessé de circuler ces dernières semaines sur la date de réouverture des bars et des restaurants, mais on en est réduit aux spéculations. L’Espagne, pays du tourisme estival par excellence, a évoqué la possibilité de réserver ses plages à ses résidents cet été. L’incertitude emprisonne toutes les envies et ébauches de plan.

Une Suisse… exotique?

En Suisse, le mot d’ordre du Conseil fédéral est toujours «Restez chez vous», et le slogan de Suisse Tourisme raconte bien la frustration du confinement: «Dream now, travel later – rêvez maintenant, voyagez demain». Tous les acteurs du tourisme, à commencer par la restauration, scrutent avec impatience le moment où leurs affaires pourront redémarrer.

En attendant, Suisse Tourisme se prépare à cibler le marché indigène le moment venu. «En juin ou en juillet, à condition que les infrastructures touristiques aient pu se remettre en route, nous lancerons une campagne de marketing intensive ciblant la clientèle suisse. Des ambassadeurs et ambassadrices célèbres motiveront Suisses et Suissesses à partir à la (re)découverte de leur pays», souligne sa porte-parole, Véronique Kanel.

Malgré le contexte difficile, la Suisse a des atouts pour inciter ses résidents à y passer leurs vacances, assure-t-elle. «Dans un pays où se côtoient quatre langues, aux paysages très variés, l’exotisme n’est pas difficile à trouver. Les Suisses aiment aussi un style de vacances qui peut se conjuguer avec les règles de prudence du moment: la nature, le sport en plein air, la montagne, qui était déjà de plus en plus recherchée à l’heure du réchauffement climatique.» À voir si cette promotion pourra compenser, un peu, les pertes colossales attendues pour le secteur touristique.

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La Suisse à vélo, pour des journées slow

Qui s’aventure dans la campagne en ces temps de semi-confinement l’observe: quantité de familles se promènent à pied, mais aussi à vélo. Ces balades à bicyclette pourraient bien préfigurer des escapades plus longues cet été, peut-être l’occasion de vos premières vacances «slow» à la découverte de la Suisse. Alors que les CFF annoncent un prochain retour à la normale, on peut penser qu’il ne sera pas trop compliqué de rejoindre des régions, plates ou moins plates, à explorer. Et que l’offre d’hôtels ouverts va s’étoffer d’ici à l’été. Le site SuisseMobile.ch, qui, pour l’heure, relaie le mot d’ordre «Rêvez dès maintenant pour partir plus tard», demeure la plateforme où se rendre pour s’inspirer.

Sous la section «La Suisse à vélo», on y trouve quantité de propositions d’itinéraires, plus ou moins longs (d’un à dix jours), plus ou moins difficiles. Kilométrage, dénivelé, type de revêtement, les parcours sont bien décrits, avec un commentaire détaillé pour chaque étape. Et des idées sont données autant pour les familles que pour les sportifs, que cela soit à vélo classique ou en e-bike. L’occasion de découvrir des coins de Suisse peut-être méconnus et spectaculaires.

Il sera peut-être compliqué de s’embarquer pour une course d’une semaine – cela exige un certain matériel –, mais rien n’empêche de choisir une région qui permet d’additionner les escapades plus courtes. Pour les amoureux de la nature, SuisseMobile propose aussi une section sur les itinéraires VTT à travers campagne et montagnes.

Avant de chevaucher son vélo, il faudra trouver des hôtels garantis ouverts. Il est déjà possible de prospecter, car l’association HotellerieSuisse tient un répertoire d’établissements qui, en ce moment même, sont opérationnels. En outre, certains hôtels se sont spécialisés dans l’accueil de cyclistes, jusqu’à leur préparer le pique-nique de midi. Suisse Tourisme liste ces adresses.

IMAGE: DR
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C.M.

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