Des couples nous livrent la clé du bonheur conjugal

Saint-ValentinNous sommes allés à la rencontre de quatre couples genevois de longue date coulant des jours heureux. À 31 ou 73 ans, la recette pour faire durer leur amour est semblable.

Gilles et Marthe Gerson, 73 et 69 ans, dans leur salon.

Gilles et Marthe Gerson, 73 et 69 ans, dans leur salon. Image: Laurent Guiraud

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Autant le dire franchement, la fête de la Saint-Valentin aurait tendance à nous agacer. Non pas parce que nous avons une dent contre les gens qui s’aiment et qui se le disent. Mais les publicités pour la lingerie fine, les chocolats, les bagues et les «menus duo» des restaurants nous polluant la rétine depuis plusieurs semaines nous proposent une image réductrice de l’amour. Ainsi, ce sentiment aujourd’hui à la fête ne serait qu’une passion que l’on raviverait en y mettant le prix, au sens littéral. Un peu court.

Mais l’amour, alors, qu’est-ce que c’est au juste? Pour le comprendre, nous avons interrogé un auteur, Fabrice Midal, qui apporte une définition de l’amour idéal. Mais en ce qui concerne le réel, nous sommes allés voir du côté des oiseaux rares de notre société, à savoir les couples qui sont ensemble depuis longtemps et heureux de leur sort. Comment vivent-ils? Ne se lassent-ils jamais l’un de l’autre? Et comment font-ils pour ne pas se jeter le bouchon du dentifrice au visage lorsqu’il n’est pas correctement vissé?

Quatre duos de Genevois, recommandés à chaque fois par un tiers en tant que «couple épanoui», nous ont ouvert leurs portes. Deux d’entre eux ont accepté de témoigner filmés.

Gilles et Marthe Gerson, 73 et 69 ans, anciens patrons du magasin de vêtements pour hommes GGG à Rive, ont fêté leurs 50 ans de mariage en décembre dernier. Ils sont parents de trois enfants de 39, 48 et 49 ans, et grands-parents de six petits-enfants de 14 à 21 ans.

François et Isabelle Allali, 65 et 55 ans, horlogers-bijoutiers propriétaires de la boutique Myl’Or au Centre commercial de Thônex, comptent trente ans de relation et vingt-cinq ans de mariage. Leurs deux enfants ont 17 et 24 ans.

Sabrina et Arnaud Cerutti, 31 et 33 ans, respectivement enseignante et journaliste sportif en recherche d’emploi, sont ensemble depuis neuf ans, mariés depuis six, et parents de deux garçons de 5 et 2 ans.

Et enfin Charlotte et Fabio, tous deux âgés de 31 ans, respectivement enseignante et bioinformaticien en reconversion professionnelle, sont en couple depuis treize ans et mariés depuis deux ans et demi.

Rencontrés séparément et malgré des âges et des parcours de vie totalement différents, les quatre couples apportent des réponses proches quand on les interroge sur la longévité de leur union. À l’heure où, à Genève, plus d’un mariage sur deux se termine par un divorce et où la police intervient en moyenne 1,6 fois par jour pour cause de violence domestique, leur témoignage sera précieux pour tous ceux qui souhaitent connaître les ingrédients du philtre d’amour heureux.

1. Confiance et liberté

«Confiance». Le terme est récurrent. «Une relation où l’on a toujours peur de se faire rouler par l’autre n’est pas de l’amour», déclarent en substance les huit Genevois. «Quand, à 19 ans, j’ai rencontré Gilles, j’ai tout de suite su que ce n’était pas juste un flirt ou une rigolade», raconte Marthe, qui a fait suffisamment confiance à son amoureux, à l’époque, pour oser des rapports sexuels non protégés avant le mariage. «On était fous amoureux. On savait ce qu’on faisait. Quand on s’est mariés, j’étais enceinte de trois mois. Les parents étaient au courant, mais il ne fallait pas le dire aux autres.» Gilles assure que la pression sociale comptait peu: «On s’en foutait royalement, on avait eu le coup de foudre», souffle-t-il avec un regard complice. Travailler ensemble pendant toute leur vie a aussi renforcé leur confiance: «Nous n’avions pas un rapport de patron et d’employé, mais de partenaires, avec un intérêt commun», se souvient Marthe.

«J’ai une confiance illimitée en François, et je crois que c’est réciproque», confie Isabelle. François acquiesce en souriant. Les deux partaient pourtant avec un handicap, celui d’être de confessions différentes. Il est juif, elle est catholique. «Nous respectons ces différences comme des richesses plutôt que de nous en méfier. Du coup, nous n’avons jamais eu de conflit dû à la religion», assure François.

«J’ai une confiance absolue en Charlotte quand elle n’est pas là», soutient Fabio, qui a laissé sa copine partir notamment deux fois durant un an en Erasmus sans craindre une infidélité. Lui aussi a voyagé plusieurs mois à l’étranger sans que Charlotte ne s’inquiète ou ne se sente abandonnée. «Si on se retient de partir pour ne pas laisser l’autre tout seul, on s’en voudra toute sa vie. On ne veut pas s’infliger ça, ni l’un ni l’autre», estiment les deux trentenaires.

Pour Sabrina et Arnaud, confiance signifie pouvoir compter l’un sur l’autre en cas de coup dur. «Je me demandais si ma période de chômage allait affecter notre couple, si j’allais perdre de la valeur aux yeux de Sabrina. Mais non, mon estime de moi en a pris un coup, mais pas notre relation», souligne Arnaud.

2. L’art de bien se disputer

Évidemment, les querelles n’épargnent pas les couples heureux. Mais elles prennent moins d’ampleur. Pas question de lancer la télévision par la fenêtre ni de bouder pendant trois jours. «Avant, on revenait beaucoup sur l’objet d’une dispute. Maintenant, on en a moins besoin», analyse Sabrina, tandis qu’Arnaud renchérit: «On gueule un bon coup et puis on passe à autre chose.»

Isabelle et François font état du même sentiment: «Quand on entre en conflit, on essaie de ne pas le laisser trop traîner. Dans la demi-heure ou l’heure qui suit, ça doit être terminé. Sinon il s’envenime et on ne trouve pas de solution car chacun plonge dans son idée et on perd du temps.» Pour François, l’amour, c’est aussi «ne pas trop s’étaler quand on s’énerve».

Tandis que chez Charlotte et Fabio, c’est pendant la dispute même qu’ils trouvent la façon d’en sortir: «Même quand on s’engueule très fort, il y a toujours quelque chose dans notre regard qui trahit ce que l’on pense tous les deux: se disputer est stupide. Ça nous donne envie de rigoler de la situation. Une heure plus tard, c’est réglé», raconte Fabio.

3. Remises en question

Se quitter, y ont-ils pensé? «J’ai l’impression qu’on s’illusionne en croyant que la situation s’améliorera en divorçant. Or on sera confrontés aux mêmes problèmes dans une future relation», estime Sabrina. C’est peu ou prou ce que déclare Marthe, de presque quarante ans son aînée. «Je ne pense pas qu’une autre vie aurait été meilleure, que nous aurions été plus heureux l’un sans l’autre. Pour moi, la question de la séparation s’est posée lors de longues maladies, de dépressions à répétition. Mais ce n’est pas Gilles que je pouvais haïr, c’est sa maladie. Et je ne voulais surtout pas faire du mal à l’homme que j’aimais.»

Chez Fabio, la petite séparation de quelques mois après deux ans de relation avec Charlotte a laissé une blessure profonde: «Quelque chose s’est brisé en moi lors de cette rupture. J’ai compris que je pouvais la perdre. Depuis, je suis un petit peu moins aveuglé par l’amour. Ça a peut-être rééquilibré nos rapports d’attachement réciproques.» Pourtant, lui aussi a mis le sujet de la rupture sur la table, pendant une période où Charlotte était accaparée par la maladie d’un proche, depuis des mois. «Le fait qu’il me parle de ses doutes m’a rappelé qu’il ne fallait pas que j’oublie mon couple ni ma vie, se souvient Charlotte. C’était un électrochoc qui m’a fait réfléchir.»

4. Leur botte secrète

Pour Charlotte et Fabio, l’humour est primordial, tout comme l’indépendance. «Je sais que chaque semaine, on aura un nouveau délire qui va nous faire rire pendant longtemps. Et puis on fait régulièrement des activités et des vacances l’un sans l’autre. Ça fait du bien», confient-ils.

Chez Isabelle et François, si la bonne ambiance est également de mise – «François tourne tout à la dérision, les disputes ne durent pas» – leur bonheur se situe au contraire de Fabio et Charlotte, dans une proximité quasi fusionnelle: «On s’appelle 30 fois par jour. Pour ne rien se dire, la plupart du temps. On est toujours ensemble. Une fois, on ne s’est pas vus pendant un jour et demi, mais c’était exceptionnel», confie Isabelle.

Chez Arnaud et Sabrina, la patience et le compromis sont les maîtres mots. «On sait bien qu’avec deux enfants en bas âge, on sera très occupés pendant quelques années, c’est comme ça. Mais on prend du temps une fois par mois juste tous les deux.» Marthe et Gilles ont fait de leurs différences une terre d’aventures: «Je suis celle qui a besoin de sortir et tenter de nouvelles expériences, tandis que mon mari préfère rester au calme. Parfois, je le tire un peu et il en est content; parfois, c’est lui qui me freine lorsque je pars dans toutes les directions. Ce qui nous guide, plus que la différence de nos caractères, c’est la similitude de nos valeurs», soutient Marthe. Gilles, quant à lui, garde un bon souvenir des années passées côte à côte au magasin: «On était complices. C’était de très beaux moments de ma vie.»

5. À bannir absolument

Les histoires passionnelles ne font pas rêver Sabrina: «J’ai des copines pour qui la relation est un jour merveilleuse, le lendemain infernale. Ce tout ou rien ne me conviendrait pas.» «L’amour, ce n’est en tout cas pas la possession», estiment Fabio et Arnaud. Le «mensonge» est aussi l’antagonisme de l’amour, pour la plupart des couples, au même titre que le «contrôle».

Créé: 14.02.2019, 06h59

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