Crash ou envol pour le Gripen?

Votation du 18 maiLes Suisses devront se prononcer sur la loi sur le fonds Gripen. La bataille est acharnée même si pour l’instant l’avion de combat semble avoir du plomb dans l’aile. Récapitulatif des enjeux.

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C’est un long feuilleton qui prendra fin au soir du 18 mai (voir texte dans la colonne de gauche). Les Suisses vont en effet se prononcer sur l’achat de 22 avions de combat Gripen destinés à remplacer 54 F-5 Tiger, en service depuis 30 ans. Ou plutôt, ils devront se prononcer sur la loi sur le fonds d’acquisition qui permettra leur achat estimé à 3,126 milliards de francs. Le texte prévoit d’alimenter le fonds via une ponction de 300 millions chaque année pendant 10 ans sur le budget de l’armée.

L'écart se ressert

Le dernier sondage de la SSR datant du 7 mai montre que l'opposition au Gripen reste forte, même si l'écart se ressert dans les intentions de vote. Quelque 51% des Suisses le rejetaient, alors que les partisans gagnaient 2 points en un mois pour atteindre 44%. Les indécis ont reculé d'un point à 5%.

Le camp des partisans au Gripen s'est renforcé dans le camp bourgeois. Les sympathisants de l'UDC continuaient de soutenir massivement l'achat, à 72%. Les électeurs du PLR le plébiscitaient aussi à 66%, contre 49% fin mars. Le clivage gauche-droite reste marqué. Autant les sympathisants du PS que des Verts refusent l'objet à plus de 80%.

La bataille fait donc rage et les Pro-Gripen gardent toutes leurs chances de l’emporter au finish. Car au-delà de l’avion proprement dit, le débat est d’ordre idéologique et tourne autour du rôle de l’armée. Du moins selon les partisans du Gripen qui estiment que sans le nouvel avion, notre armée ne serait pas à même de répondre à sa mission de sécurité du pays. Ils accusent donc les opposants de viser à terme la suppression de celle-ci.

Trop cher, trop risqué et inutile

Mais ceux-ci, soit le PS, les Verts, les Verts libéraux et le Groupement pour une Suisse sans armée (GSSA) réunis sous l’Alliance «Non aux milliards pour des avions de combat», rétorquent que ce n’est absolument pas leur but et qu’à leurs yeux l’avion est simplement trop cher, trop risqué et inutile.

Selon eux, la sécurité du pays peut parfaitement être assurée par les 32 F/A-18 actuels qui viennent en outre d’être modernisés pour 400 millions de francs et qui devraient voler jusqu’en 2030. Et de citer en exemple l’Autriche qui assure sa police du ciel avec 15 appareils seulement et l’Allemagne qui ne dispose que de 4 avions réservés à cet usage.

Une nécessité pour les partisans

Mais pour le conseiller fédéral Ueli Maurer, soutenu par l’UDC, le PLR, le PDC et par les milieux économiques, le Gripen n’est pas un luxe mais une nécessité. Sans l’avion, il ne sera plus possible de faire face à des situations extraordinaires du genre «11-Septembre» et d’assurer le ciel aérien à l’avenir 24 heures sur 24 contrairement à la situation d’aujourd’hui où les avions ne volent qu’aux heures de bureau. Au total, une cinquantaine d’appareils est un «minimum». En outre, affirme le ministre de la Défense, avec le Gripen, la Suisse participe solidairement à la sécurité du continent.

Les avions opérationnels uniquement pendant les heures de bureau ont certes défrayé la chronique, relèvent les opposants. Mais cet argument a été instrumentalisé par les partisans, selon eux. Ils affirment que la collaboration avec les pays voisins est suffisante pour assurer la sécurité aérienne de la Suisse, même si les forces aériennes suisses ne sont pas engagées 24h sur 24.

Le meilleur choix possible pour Ueli Maurer

Ueli Maurer estime en outre que le Gripen E est un bon choix, d’autant que d’autres pays comme le Brésil ont aussi opté pour cet avion qui répond aux exigences militaires suisses et qui représente la solution la plus avantageuse pour son achat comme pour son entretien, selon lui.

N’importe quoi, estiment les anti-Gripen. Pour eux, cet avion coûtera bien plus cher que les 3,1 milliards prévus. Ils estiment la facture à 10 milliards une fois les coûts d’exploitation et les mises à niveau pris en compte. «Face aux caisses vides de la Confédération, des cantons et des communes, la Suisse ne peut pas prendre un tel risque financier», affirment-ils. Argument contré par le conseiller fédéral qui estime le coût total à 6 milliards maximum répartis sur 35 ans.

En outre, pour les opposants, l’achat du Gripen est très risqué, puisque l'avion n’est pas encore développé et n’existe que sur le papier. L’acompte de 1 milliard, soit 40% du prix d’achat, que la Suisse doit verser à la Suède en cas de oui le 18 mai fait également grincer des dents. Si les jets ne sont pas livrés, ou trop tard, les contribuables suisses assumeraient, préviennent-ils.

Juteuses affaires compensatoires?

Du côté des milieux économiques, on rappelle aussi que le Gripen doit permettre de rapporter à la Suisse 2,5 milliards de francs en affaires compensatoires -soit l’équivalent de 10 ans de travail pour 1000 employés, ont-ils calculé - dont 30% promis à la Suisse romande.

Mais les anti-Gripen ne sont pas convaincus par ces arguments et pointent l’opacité de la campagne des partisans et le rôle un peu trop actif joué par Saab, qui avait d’abord versé 200'000 francs aux Pro-Gripen avant que ceux-ci ne lui rendent cette somme. Ils soulignent aussi l'insécurité provoquée par la dépendance que l'achat de ces jets induit face à la Suède, mais surtout face aux Etats-Unis. L'avion pourrait en effet être équipé d'un module de communication américain, susceptible d'être espionné, ont révélé plusieurs journaux dominicaux.

Bref, on le voit, la bataille est acharnée et les opposants espèrent que le non l'emporte afin que la discussion porte cette fois sur le remplacement non pas des vieux Tiger actuels mais sur celui des F/A-18 qui arriveront en bout de course eux en 2030...

Créé: 17.05.2014, 18h28

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Plus de 10 ans de préparatifs

4 appels d’offres - Les préparatifs à l’achat d’un nouvel avion de combat pour remplacer les F5-Tiger acquis il y a plus de 30 ans remontent à 2003 déjà. Armasuisse avait mené il y a plus de 10 ans les premiers entretiens avec les fabricants de 4 candidats: Eurofighter, F/A-18, Gripen et Rafale. Des entretiens suivis de 4 appels d’offres.

Crédit - Sur les trois offres restantes, le Conseil fédéral s’était prononcé le 30 novembre 2011 en faveur du Gripen E du fabricant suédois Saab. Le 14 novembre 2012, il soumettait au Parlement une demande pour un crédit d’engagement de 3,1 milliards.

Débats -Le National et le Conseil des Etats avaient longuement débattu le sujet. La Chambre du peuple avait approuvé le 27 septembre dernier par 119 oui contre 71 non le message relatif à la loi Gripen. La Chambre des cantons elle lui avait donné son accord par 25 oui contre 17 non.

Référendum - Dans la foulée, le PS, Les Verts, les Verts libéraux et le GSsA lançaient un référendum. Celui-ci, muni de près de 100'000 signatures, avait été déposé le 14 janvier, rendant ainsi possible la votation du 18 mai.

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