«Des crédits sont accordés à des gens insolvables»

ArgentLe surendettement des Suisses est plus élevé que jamais, selon une étude de Comparis.ch. La faute aux crédits contractés dans l’illégalité, dénonce Caritas.

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La barrière du demi-million de personnes surendettées en Suisse a été franchie. 561'000, soit 6,5% de la population. Avec une tendance plus marquée dans l’ensemble des cantons romands, ainsi qu’au Tessin: Neuchâtel serait en tête avec un taux de débiteurs de 10,9%, suivi de Genève (10,4%), Bâle et Vaud (8,4%).

Telle est la conclusion d’une étude menée par le comparateur en ligne Comparis et la société zurichoise CRIF (spécialisée dans le renseignement économique). Le surendettement a été calculé en comptabilisant aussi bien les personnes faisant l’objet de poursuites ou d’actes de défaut de biens que celles dont l’entreprise a dû être mise en faillite.

Cette augmentation ne surprend pas Me Rausan Noori, juriste au service Dettes conseils de Caritas Suisse. Interview.

Cette hausse inquiétante d’individus en situation de détresse financière se vérifie-t-elle sur le terrain?
Absolument: le travail des services de désendettement augmente. J’observe en outre une hausse des cas dans des domaines particuliers. De plus en plus de personnes sont endettées à cause d’un crédit, les montants des crédits octroyés augmentent chaque année, tout comme le montant moyen des dettes contractées, ou le nombre des poursuites.

Comment l’expliquer?
Il existe une loi fédérale sur le crédit à la consommation, qui est très stricte. Ce texte parle d’une obligation d’examiner la capacité de contracter un crédit à la consommation, un leasing ou une carte de crédit, précisément dans le but d’éviter le surendettement. Le problème est que les examens de solvabilité mis en œuvre par certains instituts ne correspondent pas à celui prévu par la loi. Si bien que de nombreux crédits sont accordés à des personnes qui n’auraient juridiquement aucun droit d’en obtenir, car elles ne sont tout simplement pas solvables. C’est le gros problème: la loi n’est pas appliquée. Pour preuve, la moitié des gens que nous conseillons sont au bénéfice d’une forme de crédit, alors que le revenu mensuel de leur ménage est inférieur à 6000 francs dans trois quarts des cas. Les chiffres de la centrale d’information de crédit ZEK vont aussi dans ce sens: le montant moyen des crédits octroyés dépasse les 30'000 francs, alors que la plupart de leurs bénéficiaires ne peuvent pas se le permettre…

Les banques ont-elles aussi leur part de responsabilité?
Oui, tout comme les sociétés qui proposent des cartes de crédit. Les règles sur le budget de ces dernières sont certes moins strictes, mais l’on constate qu’il n’y a quasi aucun contrôle, et les limites de crédit sont souvent dépassées, notamment à cause des intérêts et frais. Les banques ne procèdent en outre souvent à aucun examen sur les découverts des comptes courants: il y a bien une évaluation initiale de solvabilité par leurs systèmes informatiques, mais les personnes ont ensuite le droit de descendre en dessous du 0, sans être informées – en tout cas selon mon expérience. Il faut dire que lorsqu’un individu se trouve au bord du surendettement, il est aux abois et essaiera de payer ses factures par tous les moyens.

Constatez-vous également que les Romands et Tessinois sont davantage sujets au surendettement?
C’est le cas, mais je ne pense pas qu’ils soient moins bons payeurs que les Alémaniques. J’y vois d’abord un problème de revenu: inférieur dans ces cantons, où le nombre de working poor est plus élevé. Il est en tout cas clair que les jeunes restent à risque, en raison d’un problème de prévention dans les écoles. C’est à mon sens une responsabilité qui n’est pas toujours assumée par l’État.

Créé: 19.09.2019, 21h41

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