«La crise avec la Russie n'est pas une surprise»

DiplomatieInvité à Genève, Didier Burkhalter a rappelé le rôle de la Suisse dans les négociations de paix.

Le chef de la diplomatie suisse Didier Burkhalter a défendu l’engagement de la Suisse sur la scène mondiale.

Le chef de la diplomatie suisse Didier Burkhalter a défendu l’engagement de la Suisse sur la scène mondiale.

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Comment dénouer la crise entre la Russie et l’Europe? L’Université de Genève organisait hier un colloque de grande envergure, à l’occasion du lancement d’un nouveau programme d’études (lire ci-dessous). Une quinzaine d’experts, issus des mondes universitaire et politique, venant de France, de Suisse et de Russie, ont analysé les causes, les conséquences et les solutions de la rupture entre l’Union européenne et la Russie. La journée de débats a été marquée par l’allocution didactique du conseiller fédéral Didier Burkhalter.

Saluant l’engagement de la Suisse dans les efforts de paix, le chef de la diplomatie helvétique a souligné l’importance du dialogue, fait de partage, d’écoute et d’échange. «C’est un peu notre potion magique. Cette culture politique est infiniment plus importante que les idées. Peu importe les différences, il faut une culture permettant de dialoguer.» Il y a 40 ans, l’Est et l’Ouest amorçaient leur rapprochement dans les accords d’Helsinki, rappelle Didier Burkhalter, et les négociations préalables s’étaient déroulées pendant deux ans à Genève.

Cet engagement suisse reste important dans un monde instable, imprévisible et dangereux, marqué par la résurgence des conflits armés et du terrorisme. «Ces crises menacent nos valeurs et notre prospérité. Promouvoir la paix revient à défendre nos intérêts et notre économie, insiste le politique. Nous ne sommes pas une grande puissance, mais avons un rôle à jouer.»

Ce rôle, la Suisse l’a assumé en présidant l’OSCE en 2014 et le conserve comme membre de la troïka (aux côtés de la Serbie et de l’Allemagne). Elle s’est placée «en première ligne des efforts pour désamorcer la crise ukrainienne». Une crise qui n’a pas surgi de nulle part, note Didier Burkhalter. L’ordre de paix n’a cessé de s’éroder ces quinze dernières années. Alors que la chute du Mur inaugurait une décennie de coopération, la défiance et les malentendus se multiplient depuis le début du millénaire. La Russie s’attendait à nouer un partenariat avec l’Ouest sur des sujets stratégiques, mais l’Occident l’a perçu comme une tentative d’imposer sa puissance. Aucune vision commune n’a pu être trouvée sur l’ordre régional. Lorsque l’OTAN a proposé l’adhésion à l’Ukraine et la Géorgie, la Russie l’a ressenti comme une volonté d’encerclement.

Aujourd’hui, malgré les accords de Minsk, le potentiel d’escalade reste fort, «la culture russe se définissant de plus en plus par sa distanciation avec l’Ouest». Convaincu du rôle fondamental que l’OSCE doit continuer de jouer, persuadé que la volonté de tous les pays est nécessaire pour trouver une solution à la crise, Didier Burkhalter plaide pour des solutions réalistes et le renforcement de l’économie - comme plus tard dans la journée Micheline Calmy Rey, qui défendra l’idée d’accords bilatéraux assurant une coopération économique privilégiée. «On ne peut pas attendre la fin des conflits pour entamer la reconstruction du processus de paix. Il faut faire les deux en parallèle», conclut Didier Burkhalter.

Créé: 10.12.2015, 20h17

Le master

Placé sous le patronage des trois universités lémaniques – UNIGE, UNIL et EPFL – le programme «Geneva Global» a été lancé hier par le recteur Yves Flückiger, en présence du conseiller fédéral Didier Burkhalter et du président du Conseil d’Etat, mais en l’absence des deux responsables académiques vaudois. Signe d’un projet ambitieux et original, mais encore inabouti? Imaginé par l’ancien recteur Jean-Dominique Vassalli, dans l’idée de relancer les études régionales, le projet a été confié à Eric Hoesli. Fin connaisseur du monde russe, l’ancien rédacteur en chef du Temps, nommé professeur à l’EPFL et l’UNIGE, a conçu un projet hybride, mi-théorique, mi-pratique. A ce stade, il parle d’«expérience pilote». Dès 2016, tout étudiant de master pourra suivre une formation sur la Russie et l’impact du changement climatique dans le grand Nord: deux?semestres de cours, suivis d’une expérience de terrain dans le grand-nord russe. Après la Russie, la Chine et l’Afrique pourraient suivre le même modèle. «Ce n’est pas classique, admet René Schwok, directeur du Global Studies Institute, qui abrite le programme. On bouscule certaines habitudes. On doit convaincre les facultés d’accorder des «crédits» à cette formation. Mais il faut donner sa chance à Eric Hoesli, personnalité atypique, intelligente, tenace et capable d’organiser des choses hors des sentiers battus». Pourquoi ne pas coopérer avec l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)? «L’Institut ne privilégie pas les études régionales, répond René Schwok et nous visons l’interdisciplinarité.» Interrogé, Philippe Burrin, directeur de l’IHEID, indique «ne pas avoir été informé de ce programme» mais se dit «prêt à contribuer avec nos compétences et collaborer à des manifestations qui jettent des éclairages sur des régions du monde qui sont importantes pour nous tous.» S.D.

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