«Il est crucial pour l'économie de régler nos relations avec l'UE»

EconomieEurope, Economie verte, retraites: les préoccupations de Monika Rühl, directrice générale d'EconomieSuisse.

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Plus de 500 invités, dont des hôtes prestigieux, à l’image du président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, ou du secrétaire d’Etat Jacques de Watteville; la Journée de l’économie, vendredi, a été l’occasion d’empoigner la question des relations Suisse-UE. La directrice d’EconomieSuisse, Monika Rühl, ne cache pas ses inquiétudes. Elle appelle aussi à réformer les retraites et dénonce les risques induits par l’initiative «Economie verte».

L’Europe, c’est la première préoccupation des milieux économiques aujourd’hui?

Il y a plusieurs dossiers qui nous préoccupent. Mais régler nos relations avec l’Union européenne, c’est crucial. L’été n’a pas permis de trouver de solution consensuelle pour appliquer l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse». Le Brexit a même compliqué les choses. Si nous mettons l’Europe au cœur de cette journée, c’est aussi pour lancer un appel au parlement. Il faut trouver un compromis. On espère qu’une piste sera dégagée durant la session d’automne.

Les contingents chiffrés réclamés par l’UDC sont-ils acceptables?

Il va falloir être pragmatique dans ce dossier. L’article constitutionnel demande des contingents, des plafonds et la préférence nationale. Or ces trois éléments ne sont pas compatibles avec l’accord sur la libre circulation. Il faut à tout prix éviter de le dénoncer, car cela entraînerait la chute des Bilatérales, essentielles à l’économie. Nous proposons un mélange de ces différentes mesures: une clause de sauvegarde, avec une préférence indigène régionalisée et ciblée sur des professions.

En gros, le modèle défendu par les cantons…

Ce modèle est effectivement intéressant. Il va toutefois falloir analyser comment le mettre en œuvre concrètement. Peut être qu’on ne soutiendra pas certains détails, mais l’approche qui est proposée va dans le bon sens. Nous souhaitons collaborer avec tous les partis, et restons ouverts à toute discussion.

Ouverts aussi aux mesures d’accompagnement réclamées par la gauche?

Nous sommes opposés à tout renforcement de mesures d’accompagnement qui aurait trait au marché du travail. Mais nous souhaitons que les mesures existantes soient appliquées de manière stricte pour combattre les abus. Quant aux mesures d’accompagnement au sens large, nous sommes disposés à les soutenir. Je pense ici au projet de Johann Schneider-Ammann qui vise à favoriser le travail des aînés, des femmes, sans oublier les jeunes. Il faut les inciter à choisir des professions où il n’y a pas assez de main-d’œuvre.

Après l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse», il faudra combattre celle pour la primauté du droit suisse…

Très tôt, nous avons pris position contre ce texte. C’est une atteinte frontale aux droits humains. Les conséquences seraient aussi catastrophiques pour l’économie. Des centaines d’accords et de traités commerciaux tomberaient. Or les entreprises suisses ont besoin d’une sécurité du droit pour accéder aux marchés internationaux, pour protéger leurs intérêts à l’étranger, ou éviter la double taxation. La Suisse ne serait plus un partenaire fiable.

L’UDC ne vous facilite pas la tâche…

Sur de nombreux dossiers, l’UDC est une alliée fiable. Mais, lorsqu’il s’agit de politique européenne ou de droit international, nos positions sont divergentes.

Christoph Blocher a lancé la bataille contre l’accord institutionnel avec l’UE. Cela vous inquiète?

J’ai du mal à comprendre cette démarche. Nous sommes en pleine négociation, et personne ne sait ce que contiendra cet accord au final. Il est donc difficile de dire si nous le soutiendrons ou pas. Il faut prendre les choses les unes après les autres. D’abord régler l’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Ensuite, on pourra parler de l’accord institutionnel. Personnellement, je suis sceptique sur l’idée de faire intervenir la Cour européenne de justice en cas de litige. C’est un élément difficile à expliquer à la population.

Autre thème qui sera difficile à expliquer à la population, c’est la retraite à 67 ans!

L’âge de la retraite ne doit pas être un tabou. Toutefois, notre position est nuancée. Le mécanisme qui est proposé est comparable au modèle du frein à l’endettement. Il prévoit une hausse par étapes de l’âge de la retraite, et uniquement si les comptes sont dans le rouge et que rien n’est entrepris par les politiques. On suit ça de très près avec l’Union patronale.

De tellement près que c’est vous qui avez proposé ce modèle. Avec la majorité de droite, c’est EconomieSuisse qui dicte la politique?

La décision de la commission du Conseil national doit être considérée comme un rééquilibrage. Les Etats sont allés très loin avec la hausse de 70 francs de l’AVS. Le National doit se positionner pour avoir suffisamment de marge de manœuvre dans les négociations entre les Chambres. Reste à voir si ce mécanisme sera maintenu à la fin. L’important, c’est déjà que l’âge de la retraite des femmes soit harmonisé à 65 ans. Notre objectif reste de garantir les rentes. Il est ambitieux, mais nous sommes prêts à le soutenir.

Vous êtes à la tête d’une grande organisation économique. Accéder à une telle fonction, c’est encore compliqué pour une femme?

Pas du tout. D’ailleurs, au sein d’EconomieSuisse, l’équipe est composée pour moitié de femmes. Deux sont à la tête de nos bureaux romand et tessinois aussi. Il reste beaucoup à faire pour que davantage de femmes occupent des postes de direction. Mais je suis confiante. Le développement est en cours. On verra bientôt de plus en plus de femmes dans les conseils d’administration ou à la tête des entreprises.

Donc pas besoin de quotas?

Surtout pas!

Créé: 26.08.2016, 22h08

«Economie verte»? Une initiative «brutale»

Votre campagne contre l’initiative populaire «Economie verte» fait jaser. Des douches à l’eau froide
en cas d’acceptation? Franchement, vous exagérez…


Pas du tout. Cette initiative demande une diminution de 65% de nos ressources d’ici à 2050. Pour y arriver, nous devrions nous restreindre. Pas seulement les entreprises, mais aussi chaque citoyen. Deux tiers de moins, c’est brutal. Il faut que la population comprenne ce message d’ici à la votation du 25 septembre.

Et les entreprises qui défendent ce texte, elles sont inconscientes?

Elles sont largement minoritaires. Il ne faut pas non plus imaginer que l’économie reste les bras croisés. Aujourd’hui déjà, la durabilité est une réalité. Toute entreprise a intérêt à limiter l’utilisation des ressources, ne serait-ce que pour réduire ses coûts. L’orientation générale va déjà dans le sens de la durabilité.

Rêvez-vous d’un rejet massif, histoire d’affaiblir la Stratégie énergétique 2050?

Nous voulons gagner le 25 septembre. Plus le non est important, mieux c’est.

Pour adoucir la sortie du nucléaire?

D’abord, nous voulons combattre «Economie verte», ensuite
on verra. Nous ne sommes pas enthousiasmés par la Stratégie énergétique 2050. Ce n’est pas un secret. Mais il reste différents points à traiter au parlement. On va travailler avec les partis pour que les divergences qui restent aillent dans notre sens.

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