Curabilis teste le mélange des sexes: un pari risqué

DétentionL’expérience menée dans la prison de soins est unique en Suisse. Elle pose une multitude de questions.

Dans un pavillon, cinq femmes occupent un étage et dix hommes se trouvent sur deux autres étages.

Dans un pavillon, cinq femmes occupent un étage et dix hommes se trouvent sur deux autres étages. Image: Laurent Guiraud

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Avec Curabilis, on n’est pas au bout de nos surprises. Dans le nouvel établissement de détention et de soins accueillant des personnes condamnées à des mesures thérapeutiques pour avoir commis un crime ou un délit, en lien avec un trouble mental, des prisonniers et prisonnières se côtoient depuis peu, a appris la Tribune de Genève. Voilà qui suscite beaucoup d’interrogations.

Comment est organisée cette mixité? «Une unité de mesures partiellement mixte a été mise en place au printemps, nuance Philippe Bertschy, directeur général de l’Office cantonal de la détention (OCD), auquel est rattachée Curabilis. Dans l’un des pavillons, cinq femmes occupent un étage et dix hommes se trouvent sur deux autres étages. L’intégralité des repas et des transferts restent séparés. Seule une activité est conjointe: un groupe de parole. Celui-ci est placé sous la responsabilité du médical.»

Il s’agit de recréer les conditions de la vie extérieure, dans un but de resocialisation. La mixité pouvant aussi favoriser la réduction de l’agressivité des détenus. Mais Philippe Bertschy ne s’exprime pas sur les objectifs thérapeutiques et renvoie au responsable médical de Curabilis, le professeur Panteleimon Giannakopoulos, lequel ne peut s’exprimer à ce stade, répond le service communication des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), dont il dépend.

Groupe de travail créé

Quelles sont les règles mises en place par l’OCD pour éviter les risques en tous genres? «On ne tolère pas les comportements ou paroles indécents ou déplacés», indique Philippe Bertschy. En autorisant ces rencontres entre détenus des deux sexes, l’institution ne peut toutefois pas ignorer que des couples se créent. «Non! Les détenus sont encadrés. Quelqu’un ne peut quitter la salle sans surveillance.» En sanctionnant les écarts, on prend le risque de nourrir des frustrations. «Il faut rappeler qu’en détention, on vit en permanence la frustration.»

Dans l’établissement pavillonnaire, les détenus peuvent circuler librement à leur étage à certaines heures de la journée. Comment s’assurer alors qu’un duo ne profite pas de la situation pour s’isoler? «Les détenus ne peuvent pas passer d’un étage à l’autre et restent donc entre personnes de même sexe. Et de toute façon, les agents de détention sont présents», assure Philippe Bertschy.

Le concept actuel est amené à se développer. «Un groupe de travail a démarré, conduit par le professeur Giannakopoulos, regroupant, entre autres, une bioéthicienne, annonce Philippe Bertschy. Son mandat consiste à définir, notamment, la mixité dans cette unité de Curabilis, les comportements tolérés dans les lieux communs, les critères d’accès au futur parloir intime, les précautions relatives à la vie sexuelle.» Et de saluer cet aspect novateur: «Curabilis est trop souvent critiquée alors que cette institution est unique en Suisse. Donc, nous y testons des choses.»

Est-il raisonnable d’instaurer la mixité, avec les difficultés que cela engendre, dans une prison encore instable? «Le contexte n’est pas si difficile, estime Philippe Bertschy. Le mariage entre les familles de la santé et de la sécurité se déroule très bien depuis un certain nombre de mois.» C’est pourtant à la suite d’une crise à Curabilis que le professeur Panteleimon Giannakopoulos a réalisé une analyse, allant jusqu’à proposer de profonds changements dans l’organisation de la psychiatrie pénitentaire à Genève. Dans son rapport transmis au Conseil d’Etat (nos éditions précédentes), il est d’ailleurs question de la mixité, relèvent les HUG.

La mise en place de la cohabitation hommes-femmes surprend en dehors de l’institution. «Je m’étonne d’apprendre l’existence d’une unité mixte à Curabilis…» réagit le président de la Commission des visiteurs officiels (CVO), Christian Zaugg. Le député d’Ensemble à Gauche compte en savoir plus demain, lors d’une visite de la CVO sur place.

Unique en Suisse

La situation rend dubitatif Marc Baudat, président de l’Union du personnel du corps de police, syndicat des gardiens: «Je laisse le soin à la CVO et aux multiples experts de se pencher sur la pertinence du concept. Aurons-nous ces prochains temps un heureux événement à célébrer à Curabilis?» ironise-t-il.

«Il n’existe pas d’autres établissements de détention en Suisse accueillant des hommes et des femmes dans une seule unité de mesures thérapeutique, observe pour sa part Benjamin Brägger, spécialiste du domaine carcéral. C’est une première pour la filière pénitentiaire. Seules des cliniques psychiatriques le font actuellement.» Un cadre solide est nécessaire, insiste-t-il: «Il faut être très prudent avec la mixité et bien la préparer avec des professionnels très expérimentés.»

Créé: 29.06.2016, 08h06

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