Les cyberdealers détournent des tests de drogues étatiques pour leur publicité

TraficLes vendeurs actifs sur le Darknet ont recours aux tests gratuits de «drug checking» proposés par de grandes villes suisses.

Image: Raisa Durandi

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Sur la plate-forme Dream Market, le vendeur Swiss Flakes propose de la cocaïne. Les clients paient en bitcoins et reçoivent leur marchandise par la poste en quelques jours. Swiss Flakes met en avant la prétendue haute qualité de sa poudre blanche: «Cocaïne colombienne premium! Pas coupée, près de 82% de pureté», peut-on lire sur la petite annonce.

Pour ceux qui en douteraient, Swiss Flakes ajoute: «Testée par le DIZ». Ces initiales sont celles du centre d’information sur la drogue mis sur pied par la Ville de Zurich, le Drogeninformationzentrum. Un endroit où les consommateurs peuvent venir faire tester gratuitement des stupéfiants, notamment pour connaître le taux de pureté. Cette mesure de prévention officielle est détournée en argument de vente par plusieurs vendeurs dealers du Darknet. Un autre vendeur, qui se fait appeler Samichlaus, vante ainsi «sa» cocaïne: «La qualité est excellente et a été mesurée à 88,8% par le DIZ». Un taux de pureté particulièrement élevé. En moyenne, la cocaïne testée par le DIZ en 2016 affichait 77%.


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Swiss Flakes va encore plus loin. Il cherche des personnes qui seraient prêtes à aller faire tester sa drogue, en échange d’un gramme de cocaïne: «Nous cherchons toujours des testeurs qui puissent aller au DIZ apporter des échantillons, dit-il. Nous envoyons un gramme en échange du PDF du test.»

Anonymat garanti

Les responsables du DIZ savent que leurs tests sont parfois détournés de la sorte. «Ce n’est évidemment pas une bonne chose», réagit le directeur Christian Kobel. Ces tests ont pour but l’information et la prévention. Avant chaque test, des spécialistes s’entretiennent avec les consommateurs. Ils évoquent notamment la dangerosité des produits et les risques liés à l’addiction.

Difficile d’empêcher le détournement des tests, selon Christian Kobel. L’anonymat qui est garanti est l’une des clés du concept. Y renoncer effrayerait la population cible. «Mais si nous avons des raisons de penser qu’une personne qui se présente chez nous est un dealer, nous refusons de faire le test. Cela arrive parfois.»

À Berne aussi il existe une offre de «drug testing». Et elle aussi apparaît comme un gage de qualité sur le Darknet. Mais cette fois, sans les tests à l’appui: «Nous nous gardons bien de donner des résultats par écrit», souligne Roman Brunner, travailleur social. Les spécialistes bernois préfèrent téléphoner aux consommateurs. Ils veulent pouvoir discuter une nouvelle fois avec eux après les résultats et répondre à leurs questions. «Notre offre sert à protéger les consommateurs. Nous n’avons aucune envie qu’elle soit détournée pour devenir une sorte de label de qualité pour dealers.»

Bientôt à Genève

À Zurich, les résultats sont transmis par écrit pour des raisons de temps et de simplicité, explique Christian Kobel. En 2016, son service a analysé 2052 échantillons – contre 616 à Berne. Pour le directeur du DIZ, aucun doute: le besoin d’information des consommateurs est plus important que l’éventuel détournement des résultats. «À cela s’ajoute le fait que les prétendus tests publiés sur le Darknet peuvent avoir été falsifiés», poursuit-il. En clair: les informations fournies par les cyberdealers ne sont pas plus fiables que celles du vendeur de rue – avec ou sans résultat de test.

Pour l’heure, la Suisse romande ne connaît pas d’offre de «drug testing». Mais cela va changer puisque le projet Nuit blanche à Genève s’apprête à mettre sur pied un service de ce type à partir de cet été.

Créé: 03.05.2018, 06h37

Sur la plate-forme en ligne Dream Market, un vendeur propose de la cocaine. Son annonce est accompagnée d’un extrait de l’analyse de la drogue par un service proposé par la ville de Zurich. Résultat: la poudre blanche affiche une preté de 81,1%.

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