«Il y a un danger à multiplier les votes»

Initiatives populaires L’Association pour une Suisse indépendante et neutre (Asin) veut que le peuple arbitre tous les accords internationaux signés par la Suisse. Le Conseil fédéral s'y oppose. Aanalyse du politicien Georg Lutz.

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«Plus de démocratie ne signifie pas une démocratie meilleure», estime le politologue Georg Lutz, de l'Université de Lausanne, à propos de l'initiative de l'Asin. Le peuple est déjà convoqué quatre fois par année pour des votations. Or, «dans la situation actuelle on voit que tout le monde ne comprend pas forcément les sujets et les enjeux. En les multipliant à propos de n’importe quoi, le risque d’un manque d’intérêt me semble réel.»

L’autre danger en cas de pléthore de scrutins, estime le politologue, serait de voir des enjeux importants passer quasiment inaperçus : «On peut imaginer que les moyens pour soutenir ou combattre des textes resteront globalement identiques. L’argent serait alors investi dans les objets qui représentent quelque chose pour les partis ou les lobbies, et donc certains objets n’auraient plus de visibilité.»

Un minimum de délégation

Cette initiative qui vise à conférer tous les pouvoirs au peuple en matière de politique étrangère aura-t-elle les faveurs de la cote ? «Je n’en suis pas certain, pressent Georg Lutz. Les Suisses sont très attachés au principe de démocratie directe. Mais je crois que même les plus chauds partisans de la consultation populaire conçoivent un minimum de délégation à leurs élus, sachant que le référendum facultatif reste un outil de recours utilisé.»

Votes en augmentation

Reste que la consultation populaire est en constante augmentation. 103 initiatives ont été lancées depuis 1981 (contre 38 durant les trente années précédentes ). Douze ont été acceptées (contre zéro durant la période précédente), dont certains textes jugés «populistes» par leurs détracteurs, telle l’initiative antiminarets (2009) ou pour l’expulsion des criminels étrangers (2010). «Les votations qui ont passé la rampe touchaient à des sujets fortement symboliques, ou à l’espace commun comme l’initiative de Franz Weber le 11 mars », fit remarquer Georg Lutz.

Et supposer qu’avec le texte de l’Asin le référendum obligatoire sur des sujets de politique étrangère puisse systématiquement trouver une majorité des blocages grâce aux cantons ruraux est un pari risqué : «Après tout ces cantons-là ont accepté les bilatérales. »

En revanche l’initiative a d’une certaine façon déjà atteint son but, dit l’enseignant à l’Université de Lausanne : «Elle permet de faire parler de l’Asin, qui a besoin de sujets mobilisateurs pour ne pas tomber dans l’oubli.»

Créé: 20.03.2012, 18h04

Le Conseil fédéral dit non

Non Le Conseil fédéral a lancé cet après-midi sa campagne contre l'initiative "Pour le renforcement des droits populaires dans la politique étrangère".

UDC. Ce texte lancé par l'Asin (Association pour une Suisse indépendante et neutre), proche de l'UDC, sera soumis au vote le 17 juin. S'il passe, tous les traités et accords internationaux "d'importance" devraient désormais faire l'objet d'un référendum obligatoire.

Double majorité. Contrairement au référendum facultatif, celui-ci réclame la double majorité, celle du peuple et des cantons, pour qu'un sujet passe la rampe.

Hausse. Le Conseil fédéral rejette un texte qui pourrait selon lui entraîner une hausse de 30% du nombre des objets mis au vote. Selon l'Asin, le passeport biométrique et les règles de Schengen auraient été refusées, en 2009, s'ils avaient fait l'objet d'un référendum obligatoire.

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