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Vers davantage de femmes à la tête des entreprises

Cinq jours après la grève féministe, le Conseil des États invite les grandes entreprises à respecter des objectifs de genre.

Quel est le point commun entre Caran d’Ache et Ikea Suisse? Les cheffes. La première a une présidente, la seconde une directrice. Mais ces entreprises font encore figure d’exceptions en Suisse. Pour encourager une représentation plus équilibrée des sexes dans l’économie, un projet de loi se propose ainsi de fixer des valeurs cibles: au moins 30% de femmes (ou d’hommes) dans les conseils d’administration, et 20% dans les directions. Seules les grandes sociétés cotées en Bourse devront en tenir compte. Cette idée a donné lieu à un véritable thriller l’an dernier au Conseil national (95 voix pour, 94 contre, 3 abstentions). Mercredi, c’était au Conseil des États d’en débattre. Cinq jours après la grève des femmes, les sénateurs ont fini par suivre, par 27 voix contre 13.

9% dans les directions

À la manœuvre, Anne Seydoux-Christe (PDC/JU). La Jurassienne était déjà de celles qui ont ferraillé pour introduire des contrôles de l’égalité salariale dans les entreprises. Mercredi, elle défendait la fixation de valeurs cibles de genre aussi bien pour les conseils d’administration que pour les directions. Dans les travaux préparatoires, une majorité voulait en effet s’en tenir aux seuls administrateurs. Avec peut-être une explication: les chiffres. C’est en effet dans les directions que les femmes sont les moins représentées. «Selon le rapport Schilling de 2019, les femmes siègent à la direction de moins d’une entreprise sur deux. Après avoir reculé à 7% en 2018, la proportion de femmes dans les directions est passée à 9%, et la proportion de femmes au sein des conseils d’administration a évolué de 19% à 21%», a expliqué Anne Seydoux-Christe. Avec à ses yeux une conclusion: «À ce rythme, il faudra des dizaines d’années pour atteindre la parité! C’est trop lent!»

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Edito:500 000 femmes face à 13 sénateurs

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Andrea Caroni (PLR/AR) lui donne la réplique en poésie: «Les femmes dans l’économie sont importantes, mais c’est une question privée. Plutôt la qualité que des quotas d’État», déclame en vers et en allemand l’Appenzellois.

Des rimes qui lui valent les foudres de nombreux collègues. «Ça me fait penser à ces hommes qui offrent des fleurs à leurs femmes lorsqu’ils ont mauvaise conscience», tance Anita Fetz (PS/BS), provoquant un petit rire dans la salle. Nerveux le rire. Cinq jours après la grève des femmes, la mobilisation pèse sur les débats. Géraldine Savary (PS/VD), tout en rappelant que l’on ne parle pas ici de quotas contraignants, ni de sanctions, questionne: «Pouvons-nous penser une seconde que seules 9% des femmes sont capables ou compétentes pour diriger des fleurons de notre économie?»

«Tous concernés»

C’est finalement le président du Parti socialiste, Christian Levrat, qui se met à tonner: «Nous avions il y a quelques jours un demi-million de femmes dans la rue: nos filles, vos épouses. Le moindre que nous puissions faire, c’est de donner le signal que nous les avons entendues!» Il va même plus loin: «C’est quelque chose qui nous concerne tous, hommes ou femmes, qui est décisif pour le vivre-ensemble et la paix sociale dans notre société.»

Beat Rieder (PDC/VS) goûte peu à l’argument: «On n’a pas attendu pour se réveiller. Ce matin, nous avons élu une juge fédérale. Dans la sélection des dossiers, nous nous sommes concentrés uniquement sur la compétence. Qu’est-ce que la commission juridique aurait fait si nous avions eu des valeurs cibles à atteindre? Quel message?» interroge-t-il. Mais une bonne partie des hommes PDC, déterminants dans ce vote comme ils le seront jeudi sur le congé paternité, ont choisi leur camp.

À l’entrée en vigueur de la loi, les conseils d’administration auront cinq ans et les directions dix ans pour atteindre les valeurs cibles, sans quoi les entreprises concernées devront s’expliquer dans leur rapport de rémunération. Actares, qui soutenait fortement cette révision, a une recette pour y parvenir: «Nous pensons qu’il faudrait que les candidatures féminines soient surreprésentées lorsque l’élection d’un nouvel administrateur arrive. Aujourd’hui, les candidatures des femmes et des hommes sont équilibrées. Cela ne suffit pas pour une progression concrète de la représentativité», souligne Roger Said, porte-parole de l’association.

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