Une maison pour vivre, vieillir et travailler ensemble

Demain la SuisseA Ernen, dans le Haut-Valais, la GenerationenHaus Berglandhof perpétue l’idéal de vie en communauté de trois familles, arrivées dans le village il y a près de 30 ans pour cultiver la terre.

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«Une maison de retraite qui n’en est pas une.» Voilà comment les habitants de la GenerationenHaus Berglandhof aiment décrire leur tout nouveau chez-soi. Bien connu pour son festival, Ernen, dans le Haut-Valais, est sans doute l’un des plus jolis villages de montagne du pays, avec ses chalets et ses mazots anciens qui somnolent dans un dédale de petites ruelles. Et depuis ce printemps, une nouvelle construction s’élève juste en dehors de la bourgade, à flanc de coteau, au milieu des champs de fleurs. C’est la «maison intergénérationnelle», imaginée et bâtie par trois familles locales.

Avec ses murs couverts de tavillons, elle lance un subtil clin d’œil aux antiques maisons d’Ernen. Mais pour le reste, la bâtisse a les deux pieds dans le XXIe siècle. Durabilité oblige, le bois règne en maître, les toitures parées de panneaux solaires assurent l’autonomie énergétique et les murs à angle droit sont une espèce rare. «Nous voulions une architecture qui s’intègre à la nature», explique Ingrid Schmid Birri, véritable chef d’orchestre de ce projet, dont l’ambition est de créer une nouvelle manière de vivre, de vieillir et de travailler ensemble.

Dans cet écrin à la fois moderne et naturel, une petite communauté en mouvement perpétuel est en train de se créer grâce à un concept associant des appartements, des logements de vacances, des chambres d’hôte, des espaces communs, un restaurant et les locaux d’une exploitation agricole. Objectif: faire en sorte que personne ne reste isolé, et surtout pas les aînés. Quelques semaines après son inauguration, la GenerationenHaus est déjà habitée par deux personnes âgées et un couple prêt à y passer sa retraite. Quant aux vacanciers, ils commencent à remplir le carnet de réservation du bed & breakfast, et à goûter la délicieuse carte proposée par le cuisinier du ErnenGarten.

«Organiser notre vieillesse»
Pour Ingrid Schmid Birri, l’idée de créer un tel lieu est le fruit d’une prise de conscience. «En 2005, mon père est tombé très malade, raconte-t-elle. Puis suite à sa convalescence, on nous a dit que nous devions le prendre chez nous.» Problème, la famille manque de place pour l’accueillir dans de bonnes conditions. En quête d’une autre solution, elle découvre alors la vie qui pourrait attendre le patriarche dans un EMS de la région. «En voyant cela, nous nous sommes dit: «Jamais de la vie!», se souvient Ingrid. Le destin finira par entrer en jeu. Très affaibli, le vieil homme décède en effet peu de temps après. Mais l’épisode laisse bien des questions sans réponse. «Cette expérience nous a poussés à nous demander de quelle manière nous voulions vieillir, et comment, concrètement, nous pouvions organiser cette vieillesse.»

Pour créer la GenerationenHaus, cette enfant d’Ernen décide de faire équipe avec son mari et deux autres couples qui non seulement partagent les mêmes valeurs, mais se connaissent on ne peut mieux. Et pour cause. Il y a près de trente ans, ils ont créé ensemble une exploitation agricole, Bergland Produkte, tout d’abord biologique avant de devenir biodynamique. A l’époque, cultiver la terre dans le respect de l’environnement tenait déjà de l’excentricité. Mais ce n’était pas la seule, car en plus d’être écolos, les six jeunes gens ont aussi fait le choix de la vie en communauté. Durant plusieurs années, leurs trois familles ont partagé la même maison, au beau milieu du village.

Suzy*, l’une des habitantes de Berglandhof, connaît cette triple tribu familiale depuis longtemps et se dit séduite par son état d’esprit: «Je suis de la génération 68. Un peu comme eux, j’ai fait l’expérience de vivre dans une maison collective, avant de fonder une famille de mon côté.» A 72 ans, s’installer dans un appartement de la GenerationenHaus est une sorte de retour aux sources pour cette psychothérapeute zurichoise, même s’il ne s’agit plus strictement de vivre en communauté. «On ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière! s’amuse-t-elle. Mais tous ceux qui vivent ici sont sur la même longueur d’onde.»

Grâce à la solidarité qu’elle trouve à la GenerationenHaus, Suzy envisage surtout sa vie plus sereinement que lorsqu’elle habitait à Zurich. Même si elle n’en laisse presque rien paraître, elle est atteinte depuis plusieurs années d’une maladie dégénérative. «Je sais que j’aurai progressivement besoin d’aide, explique-t-elle. Mais je ne veux pas être réduite à mon handicap. Je veux aussi pouvoir donner aux autres. Ici, quoi que je fasse, si je prépare un gâteau par exemple, et que je manque de force, il y a toujours quelqu’un pour aider. Et ensuite, on partage!»

Retraite active
Un étage au-dessus de l’appartement de Suzy, on rencontre Martha, la maman d’Ingrid. Elle aussi a décidé de vieillir dans le tranquille bourdonnement qui remplit la GenerationenHaus, quittant son grand appartement du centre d’Ernen. Comme Suzy, ce nouveau cadre lui permet de se sentir à la fois moins isolée et plus active: «Plutôt que rester sur mon balcon, j’ai la possibilité d’aider sur l’exploitation, quand je veux et autant que je veux!», relève-t-elle.

La GenerationenHaus est en effet entourée par les jardins potagers et les champs exploités par les trois familles fondatrices de Berglandhof. Leur entreprise agricole utilise d’ailleurs une partie des locaux, entre autres pour y entreposer et sécher sa production d’herbes aromatiques. Les stagiaires passant l’été à la ferme se mêlent aux pensionnaires, de même que les employés de l’exploitation, le tout dans un va-et-vient rythmé par les déjeuners pris ensemble autour d’une grande tablée dans le restaurant. «Tous les jours, c’est une nouvelle constellation», se réjouit Suzy.

* Prénom d’emprunt (24 heures)

Créé: 15.07.2017, 08h17

Depuis 44 ans, Ernen est un village musical

Même si, au cours de son histoire, Ernen peut se targuer d’avoir vu passer, en touristes précurseurs, d’illustres artistes, comme l’écrivain Johann Wolfgang von Goethe et le pianiste compositeur Franz Liszt, le petit village de la vallée de Conches ne serait pas devenu un haut lieu de culture et de musique. Il a fallu que le pianiste et pédagogue hongrois György Sebök y pose ses valises et décide, dès 1974, d’y organiser une master class puis un petit festival classique en 1987.

Après le décès du fondateur en 1999, Francesco Walter reprend le flambeau et développe le concept de Village musical (Musikdorf). Le directeur artistique haut-valaisan est convaincu que ce «label» et le positionnement du festival comme un rendez-vous unique autour de la musique de chambre, la pédagogie et la littérature (Donna Leon y donne un cours chaque été) peut devenir un facteur de développement économique, même dans cette région très rurale. Et ça marche!



Ouverte le 30 juin, la 44e saison estivale d’Ernen se déroule presque en continu jusqu’à fin août, mais elle est rythmée par des semaines thématiques. Du 16 au 27 juillet, l’ensemble baroque d’Ernen anime la semaine de musique ancienne avec un concert surprise le 23 donné par la soprano Rachel Harnisch et le trio de jazz de Charl du Plessis, dans des arrangements jazzy de Bach et de Haendel. La série Kammermusik Plus, du 30 juillet au 12 août, est la plus panachée: musique de chambre, orchestrale, musique du monde, soirée de lieder. Le festival se termine par la 2e partie du cycle Beethoven entamé l’an dernier par le pianiste coréen Dasol Kim (25-27 août).

(Matthieu Chenal)

Renseignements: 027 971 10 00

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