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Des agriculteurs au chevet de leur cours d’eau pollué

Mené depuis 2005 dans la région morgienne, le Projet Boiron vise à lutter contre les résidus de produits phytosanitaires dans les rivières.

Le tunnel de la station Epuwash permet aux agriculteurs de laver leur matériel sans risquer de polluer le cours d'eau.
Le tunnel de la station Epuwash permet aux agriculteurs de laver leur matériel sans risquer de polluer le cours d'eau.
VANESSA CARDOSO
Vincent Chabloz, viticulteur à Lully, nettoie son matériel dans un tunnel. L'eau passe dans une grille, est filtrée puis est stockée dans une cuve.
Vincent Chabloz, viticulteur à Lully, nettoie son matériel dans un tunnel. L'eau passe dans une grille, est filtrée puis est stockée dans une cuve.
VANESSA CARDOSO
Le site Epuwash permet aux agriculteurs de laver leur matériel sans risquer de polluer le Boiron.
Le site Epuwash permet aux agriculteurs de laver leur matériel sans risquer de polluer le Boiron.
VANESSA CARDOSO
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Des myriades de larves d’éphémères, de plécoptères et de trichoptères se prélassent dans le lit du Boiron, ruisseau sillonnant la région morgienne sur 14 kilomètres avant de se jeter dans le Léman. Insignifiant? Loin de là. La prolifération de ces petits invertébrés aquatiques témoigne d’une belle réussite environnementale: les eaux du Boiron offrent un milieu propice à l’épanouissement de ces espèces particulièrement sensibles à la pollution.

Pourtant, rien n’était joué d’avance. Dans les années 1990, la rivière était tristement connue pour son taux élevé de résidus de produits phytosanitaires. Un cocktail puissant et nocif qui a conduit l’Etat de Vaud à tirer la sonnette d’alarme. Lancé en 2005, le Projet Boiron, démarche pilote aux niveaux cantonal et national, a permis d’améliorer sensiblement la qualité chimique et biologique du cours d’eau.

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Le secret de ce succès? Un travail main dans la main entre acteurs de la protection de l’environnement et agriculteurs. «L’attrait de ce programme, c’est qu’il est souple. On ne nous dit pas ce qu’on doit faire, on peut choisir les mesures que l’on souhaite appliquer.» Déambulant dans son vaste verger planté de pruneautiers, Philippe Pernet, exploitant de grandes cultures, de vignes et d’arbres fruitiers à Denens, nous dresse la liste des pratiques qu’il a modifiées: suppression des herbicides dans les cultures d’orge et des matières actives pour le désherbage des vignes, semis croisés pour bloquer l’eau de ruissellement, champ transformé en prairie… Sans oublier la formation continue: «Dans une vie, on ne peut pas se nourrir d’un papier qu’on a eu à 20 ans. C’est à nous de nous enrichir, de réapprendre», résume l’agriculteur.

Outre le changement des pratiques, la mesure emblématique du Projet Boiron réside dans la construction d’une station de lavage des pulvérisateurs. A deux pas de l’exploitation de Philippe Pernet, le site Epuwash permet aux agriculteurs de six communes (Bussy-Chardonney, Chigny, Denens, Lully, Lussy et Vufflens-le-Château) de nettoyer leur matériel sans risquer de déverser de l’eau contaminée dans le ruisseau. Le liquide est alors stocké dans une cuve en forme de ballon avant d’être déversé dans un biobac, dont le principe est le même que celui du compost (voir infographie).

Souci de l’environnement

L’écologie, c’est bien joli, mais qu’est-ce que cela coûte concrètement aux exploitants? «Les agriculteurs reçoivent des subventions incitatives dans le cadre du Projet Boiron», explique Stéphane Laurent, responsable du dossier à la Direction générale de l’environnement (DGE). Mais il apporte une petite nuance: ces subventions ne couvrent pas tous les frais. «Ces exploitants sont prêts à prendre des risques, on ne peut que leur tirer notre chapeau», affirme Florence Dapples, cheffe de la Division protection des eaux à la DGE.

De leur côté, les principaux intéressés révèlent un véritable souci de l’environnement. Dégustant son café sur sa terrasse surplombant le vignoble de Vufflens-le-Château, le viticulteur Michel Perey confie: «Les effets de tous nos efforts sont visibles. C’est la preuve qu’on peut agir. C’est très positif pour nous, surtout à une époque où l’agriculture est pointée du doigt par différents milieux.»

Les motivations de Gabriel de La Harpe vont même plus loin. Cet exploitant de 23 hectares de grandes cultures et de vignes à Yens voue un véritable amour au cours d’eau de sa région. «Il y a quelques années, j’ai participé à une pêche électrique dans le Boiron. J’ai découvert qu’il était très poissonneux et qu’on y trouvait même des écrevisses vaudoises. J’ai eu envie de préserver cela. J’aime ce ruisseau, c’est normal de vouloir le polluer le moins possible.»

Si les efforts des agriculteurs ont permis au Boiron de se refaire une santé, celle-ci reste fragile. «La concentration moyenne de pesticides est très basse. Désormais, l’idée n’est pas d’atteindre le niveau zéro, ce qui ne sera sans doute pas possible. Il faut capitaliser sur les habitudes prises ces dernières années pour maintenir ces bons résultats», indique Florence Dapples.

Ce sera la mission de la troisième et dernière phase du programme, qui s’achèvera en 2022. Pas moins de 69 producteurs ont signé pour cette nouvelle étape. «Le monde agricole commence à en parler, des groupements d’agriculteurs viennent visiter le projet», se réjouit la responsable. A Dardagny (GE), une station de lavage semblable à celle de Denens a été construite dans le cadre d’une démarche similaire (lire ci-contre).

Plan d’action national

A plus long terme, le Projet Boiron servira de modèle au niveau national. Le principe de la station de lavage «est désormais poussé dans toute la Suisse. Par ailleurs, d’autres mesures prises dans le projet sont évaluées afin d’établir si elles sont transposables au reste de la Suisse», indique Florie Marion, chargée de communication au sein de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). La problématique des résidus de produits phytosanitaires dans les cours d’eau est d’ailleurs dans le pipeline du Conseil fédéral, qui se prononcera sur un plan d’action national dans le courant de l’automne.

Un plan d’action qui résidera dans les changements d’habitudes, de perception, de techniques. Acquis à la cause dès les prémices du Projet Boiron, Philippe Pernet conclut: «Ce n’est pas une contrainte, c’est une chance.»

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