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Agroécologues, les Zollinger cultivent la biodiversité

Une famille a créé un mini-Amazon à la campagne avec ses 400 variétés de semences bio. Et participe à des programmes nationaux de conservation des espèces

Til, Tulipan et Tizian Zollinger (de g. à d.). Manque sur la photo Falc, le benjamin de la fratrie semencière.
Til, Tulipan et Tizian Zollinger (de g. à d.). Manque sur la photo Falc, le benjamin de la fratrie semencière.
Chantal Dervey

Nous sommes aux Evouettes, en Valais, à quelques encablures de la frontière vaudoise, dans la ferme de la famille Zollinger. Dans ses champs à perte de vue, des petits pois poussent sur plus de 2000 m2. Cette variété ne sera pas consommée, pas conditionnée, même pas récoltée. Seule la quantité de graines conséquente qu’elle génère intéresse la fratrie, forte de quatre frères. Les fils Zollinger sont des sélectionneurs de semences biologiques. Leurs parents en sont les pionniers suisses.

La famille est leader national sur ce marché. A l’origine, elle s’est engagée notamment en réaction à la «révolution verte». Ce mouvement, actif dans le monde entier depuis la moitié de XXe siècle et porté par des conglomérats de l’agrochimie, a failli détruire la biodiversité. A coups de pesticides et de DDT notamment. De petites fermes agricoles ont commencé à disparaître au profit des multinationales. Des variétés hybrides sont apparues. Puis, les premiers OGM ont été testés.

«Dès les années 80, beaucoup de variétés ont disparu. On peut redouter aujourd’hui l’extinction d’espèces entières. La production agricole actuelle n’a pas de futur. On utilise plus d’énergie que l’on retire d’avantages», détaille Tulipan Zollinger. Depuis trente ans, sa famille – dont la composition va de l’ingénieur agronome au biologiste, en passant par le généticien et le sélectionneur de graines – poursuit jour après jour son travail de bénédictin, affirmant que l’atteinte à la biodiversité agricole n’est pas irréversible.

Leur catalogue de vente référence 400 variétés de légumes, plantes aromatiques, fleurs qui s’épanouissent sur 34 hectares répartis dans la très fertile plaine du Rhône, aux Evouettes et à Roche. «Un des meilleurs climats de Suisse, doux et sec, idéal pour l’agriculture», poursuit le biologiste. Beaucoup de leurs graines sont anciennes, voire médiévales. Certaines étaient cultivées dans les monastères. Chaque échantillon est conservé à la Banque de gènes nationale d’Agroscope, qui détient actuellement la semence de plus de 10 000 variétés de différentes espèces végétales.

Près des pois, une vaste parcelle est couverte de carottes qui ne seront pas déterrées. Seules les ombelles riches en graines seront récoltées… au sécateur: deux semaines de travail! «Forcément, l’agriculture biologique c’est exigeant, reconnaît Tulipan Zollinger. Ce n’est pas une voie facile. Il faut beaucoup de savoir-faire, encore plus d’engagement. D’abord pour protéger la terre des maladies, la désherber sans pesticide, la laisser reposer, la nourrir avec des engrais verts.»

Parasites: contrôler sans exterminer

Tous les deux jours, un frère inspecte méthodiquement chaque culture et compte les pucerons ou autres ravageurs présents sur chaque feuille. «Deux ou trois, c’est le seuil de tolérance. Il faut contrôler, pas exterminer. Rien de plus dangereux qu’un désert biologique. On traite avec du savon noir. On dépose des œufs de guêpes parasites ou des larves de coccinelles. Tout un chacun peut traiter son potager de la sorte, ça se trouve dans les commerces spécialisés», conseille l’Evouettou.

Les Zollinger créent de nouvelles variétés pour le futur, souvent plus résistantes et adaptées au climat ambiant. Ou en réactivent. Comme le haricot d’Isérables, à l’époque grand pourvoyeur de protéines en Valais, puis tombé en désuétude. Ils sèment des graines sur des parcelles d’essai, analysent la première récolte, sélectionnent méticuleusement les meilleures graines, les replantent. Et ainsi de suite. «Il faut sept ans pour créer une nouvelle variété. Pour les choux ou les carottes, ce peut être douze. Après, on décide de les vendre ou pas. Nos clients ont leur mot à dire: ils peuvent voter chaque année sur notre site Internet pour savoir si un produit reste ou pas au catalogue», informe le grainier. Tous les jours, des centaines de paquets de graines quittent Les Evouettes pour essaimer partout en Suisse. «On a créé un mini-Amazon à la campagne.»

Collections nationales

Les Zollinger œuvrent avec Agroscope, qui leur a demandé notamment de cultiver et d’évaluer 42 variétés de mâche. Les plus précieuses sont conservées. Dans le même ordre d’idées, des travaux sont menés sur les aubergines, pour lesquelles l’Agroscope possède peu de graines différenciées. Les Zollinger collaborent très étroitement avec l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

Notamment au sein du Plan d’action national pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Ils ont obtenu le mandat de créer la collection de toutes les variétés d’asperges connues en Suisse. Idem pour l’échalote et la ciboulette. Des échantillons ont déjà été plantés à l’entrée du domaine. Avec l’OFAG encore, ils ont développé des potagers urbains dans 13 villes. Des panneaux didactiques vantent la biodiversité: «Les citadins s’y intéressent de plus en plus. Un balcon abritant quelques gros pots peut suffire pour planter des graines rares et résistantes. On peut y faire pousser de belles tomates grimpantes», assure le semencier.

Depuis la reprise de l’exploitation, les quatre frères organisent régulièrement des rencontres in situ pour le public. Comme ce 22 août, à l’occasion de la Journée de l’aubergine. «C’est l’occasion pour nous d’établir un contact avec des gens, de plus en plus nombreux préoccupés par la biodiversité.» Via leur site et le calendrier annuel des semis, Tulipan et ses frères livrent leurs conseils pour organiser un potager et obtenir la terre qui lui permettra de s’épanouir. «On espère que cet élan ne va pas s’arrêter. Et que de plus en plus de personnes vont adhérer au principe de la défense de la biodiversité», conclut Tulipan Zollinger.

www.zollinger.bio

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