La «Cité interdite» cède la place à un quartier durable

Demain la SuisseUn «Site 2000 watts» pousse sur les cendres de l’ancien centre de fabrication de confitures Hero, à Lenzbourg (AG).

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les admirateurs de constructions médiévales connaissent bien Lenzbourg pour son château fort, l’un des plus anciens du pays. Au cœur de l’Argovie, cette bourgade de 9000 âmes est aussi connue pour être la terre de naissance de Hero. Il y a plus d’un siècle, le groupe a commencé à produire ici ses confitures. Le site de fabrication originel a fermé ses portes en 2011. Mais le nouveau quartier qui lui succède compte bien, lui aussi, faire clignoter loin à la ronde le nom de la commune. La couleur choisie: le vert.

Sur les cendres de l’ancienne fabrique, une vision d’avenir de l’urbanisme est à bout touchant, selon l’entreprise Losinger Marazzi, responsable du projet. «Im Lenz», c’est, à terme, 540 logements comprenant un centre pour personnes âgées et des appartements médicalisés, auxquels s’ajoutent des surfaces commerciales pour plus de 800 places de travail. Cet ensemble moderne, qui s’étale sur l’équivalent de près de neuf terrains de foot, a été conçu dans le respect des principes du développement durable, ce qui lui a permis d’être certifié «Site 2000 watts en cours de développement» (lire ci-dessous). Il reste quatre bâtiments en phase de finition, puis ce morceau de village, qui doit faire bondir de 10% la population lenzbourgeoise, sera entièrement sorti de terre, en début d’année prochaine selon le calendrier. Près de 560 habitants et plusieurs entreprises l’ont déjà investi depuis l’inauguration des premières constructions il y a deux ans.

A la sortie de la gare, on longe les rails cinq minutes avant de fouler le sol du nouveau quartier. Jadis, seuls les employés de Hero avaient ce privilège; la fabrique était alors surnommée la «Cité interdite». Un bâtiment avec une toiture en dents de scie est un vestige de cette période. A l’intérieur, un grand chandelier couronne ce qui est devenu un restaurant à la décoration soignée. A l’étage, un espace de coworking a ouvert ses portes tandis que des petites chambres d’hôtel sont disponibles dans l’aile adjacente. L’ancienne halle d’entreposage a bien changé.

«C’est l’un des trois bâtiments que nous avons préservés, expose Frans Rammaert, directeur Développement immobilier chez Losinger Marazzi. Nous avons souhaité, avec les autorités communales, garder une trace de l’Histoire.» La conserverie a elle aussi été maintenue, mais seulement son ossature. «Les bâtiments datent du XIXe siècle, ils étaient en mauvais état. Cela aurait certainement été plus simple de les démolir, mais c’était important de conserver un témoignage du passé», enchaîne Philippe Mallez, responsable Travaux.

A la place de la décharge, un parc

Les efforts déployés pour assainir ces édifices sont à l’image de ceux investis pour le reste du quartier. Amiante, goudron… l’ancienne activité industrielle avait laissé des séquelles. «Nous avons creusé jusqu’à 12 m de profondeur pour nous assurer que tout le site était dépollué. C’était un vrai défi», poursuit Philippe Mallez. Clin d’œil à la «Cité interdite», la petite installation qui décore l’une des places d’Im Lenz a été, elle, plus simple à mettre en place. Une centaine de fraisiers garnissent des boîtes de conserve Hero.

Ce n’est pas le seul coin de verdure au sein du quartier, qui se targue d’offrir de vastes espaces de rencontre et de détente à ses habitants. Cet après-midi de semaine, des employés de bureau pique-niquent en toute quiétude dans le parc aménagé à l’extrémité du complexe. Ils ne sont visiblement pas le moins du monde importunés par le fait que, sous leurs pieds, se trouvait auparavant… la décharge. «L’endroit était passablement pollué. Mais nous avons confiné tout cela, explique Philippe Mallez. Et nous avons veillé à ne pas installer de logements à cet endroit.» Longé par une rivière, entouré d’essences locales, l’endroit accueille aujourd’hui une place de jeux pour enfants, des barbecues, des bancs, des tables. Traversée par deux passerelles, l’ancienne station d’épuration est méconnaissable. «C’est un nouveau lieu de rencontre, symbole la mutation de ce site industriel en un véritable quartier durable», commente Frans Rammaert.

Une app pour se surveiller

L’autre caractéristique du lieu, c’est son caractère durable. Les exemples sont nombreux. La plupart des immeubles répondent au standard Minergie. Les logements sont alimentés à 95% par un chauffage à copeaux de bois. Dans l’un des bâtiments, un système permet aussi de réduire de moitié la consommation d’énergie et de réutiliser le surplus pour le chauffage.

Pour inciter à une utilisation responsable des ressources, l’application Im Lenz App a notamment été développée. Celle-ci dispense des conseils et permet aux locataires de visualiser leur consommation de chauffage et d’eau chaude et de la comparer à la moyenne du quartier. «Cet outil sert aussi en quelque sorte de réseau social et permet ainsi de créer du lien. Pour nous, c’est essentiel qu’une vie de quartier émerge», explique Frans Rammaert.

Côté trafic, la présence de véhicules est limitée dans les ruelles du quartier: le stationnement y est interdit. Un parking souterrain a été construit pour chacun des immeubles. Enfin, environ 1150 places de stationnement pour vélos ont été installées. Tout cela a contribué à l’obtention du certificat «Site 2000 watts en cours de développement».

Les logements s’arrachent

La proximité de la gare, l’emplacement, à vingt minutes en train de Zurich, et des loyers «contenus» – en comparaison notamment avec ceux pratiqués en ville de Zurich – ont aussi fait effet. Près de 95% des logements sont déjà loués. «Nous avons répondu à un besoin. En évitant les surfaces inutiles, comme les couloirs, nous avons optimisé les mètres carrés et donc le loyer», dit Frans Rammaert.

Croisée au pied de son immeuble, Ruth Rohr, une retraitée argovienne, vante pour sa part la quiétude du coin. Enfant, elle habitait un village voisin, où l’on évoquait souvent cette fameuse «Cité interdite» de Lenzbourg. «Une fois, nous y sommes même entrés avec des amis pour voir comment c’était. C’était un vrai village», se rappelle-t-elle. Elle ne se doutait pas qu’un jour, elle finirait par y habiter. (24 heures)

Créé: 25.07.2017, 11h04

Un label pour l’habitat futur

Promouvoir les énergies renouvelables, une mobilité respectueuse de l’environnement ainsi qu’une exploitation efficace des ressources. Voilà l’objectif que poursuit le projet «Site 2000 watts», piloté par l’Office fédéral de l’énergie. Ce label récompense les quartiers qui adoptent un comportement conforme aux principes du développement durable en matière de ressources et d’émissions polluantes «pour la construction et l’exploitation des bâtiments, ainsi que pour la mobilité engendrée par l’exploitation de cette zone construite».

Le label, qui doit être renouvelé, est délivré lors de la phase de développement, puis, si les conditions sont respectées, lors de la phase d’exploitation. En Suisse, une vingtaine de projets sont certifiés, surtout outre-Sarine. Le premier à avoir obtenu la distinction est, en 2012, celui de Greencity à Zurich. En Suisse romande, il existe quatre sites 2000 watts en développement. Deux se trouvent dans le canton de Genève, deux autres dans celui de Vaud – soit le futur quartier Malley-Gare ainsi que le projet «Places Reller», à Vevey.

Articles en relation

Quarante-deux projets durables qui font avancer la société suisse

Demain la Suisse Cet été, «24 heures» sillonne le pays pour présenter ces initiatives bien réelles qui modifient les habitudes de notre quotidien Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

La drague au parlement fédéral (paru le 16 décembre 2017)
(Image: Valott) Plus...