Construire soi-même l’immeuble où l’on va vivre

Demain la SuisseLa coopérative Doma Habitare de Sainte-Croix ne demande pas que des fonds propres aux futurs locataires, elle leur fait mettre huile de coude et bonne volonté pour créer une habitation écologique.

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«J’adore l’idée de construire ma propre maison! J’ai pu décider de la couleur des murs, du type de salle de bains et de cuisine. Je cumule les avantages d’un propriétaire et ceux d’un locataire. Tout cela pour une somme de départ dérisoire. Dans deux mois, je pourrai emménager dans un bel appartement de 100 m2 que je partagerai avec un ami.»

Enthousiaste, l’Urbigène Sylvain Meyer n’a pas hésité longtemps à faire partie de l’aventure Doma Habitare. Cette coopérative est sur le point de terminer un immeuble de neuf appartements à Sainte-Croix. Construit avec des matériaux locaux et écologiques, le bâtiment est le résultat de l’engagement de trois passionnés. Jacqueline Menth fait partie de ce trio, elle explique: «Mon compagnon et moi souhaitions d’abord rénover une vieille usine de Sainte-Croix, mais le projet est tombé à l’eau. Finalement, nous avons eu l’occasion d’acheter ce terrain et avons alors décidé de bâtir un immeuble écologique où chaque coopérateur a son mot à dire et s’implique concrètement.»

Les membres de Doma Habitare ont ainsi fabriqué eux-mêmes 23'000 briques en utilisant une partie de la terre sortie pour creuser le trou des fondations. Un travail herculéen lorsqu’on sait que chaque brique pèse environ 7 kg et qu’une palette atteint presque la tonne! Les murs de séparation à l’intérieur des différents appartements ont donc été montés par les coopérateurs, entre autres tâches nécessitant du temps et de la volonté. «J’ai pris des vacances pour venir travailler sur le chantier, j’y passe également mes week-ends et je viens ici dès que j’ai un peu de temps libre», confirme Sylvain Meyer.

Une des particularités du projet, c’est que chaque futur locataire a pu choisir la disposition des cloisons de séparation qu’il veut avoir dans son logis. Certains ont opté pour une version épurée façon loft. D’autres pour plusieurs petites chambres à coucher. Sylvain et son colocataire ont préféré avoir chacun un grand espace personnel et des lieux communs moins volumineux. «Nous aurions pu décider d’emblée le nombre de deux, trois ou quatre pièces à créer dans le bâtiment, mais nous avons préféré laisser les habitants choisir eux-mêmes la répartition des pièces dans l’espace alloué», précise Jacqueline Menth. Comme les murs de séparation ne sont pas porteurs, les logements peuvent évoluer en fonction des besoins des habitants.

Chauffer dix jours par an
L’imposante bâtisse, située tout près de la gare de Sainte-Croix, a de quoi susciter l’admiration. La vue depuis son toit est époustouflante, l’escalier à voûtes sarrasines (ndlr: une technique qui consiste à empiler et coller entre elles des briques de terre cuite sans avoir recours à des piliers) est magnifique et donne un air de palais à cette construction hors normes.

Ses murs porteurs sont en bois, les sols sont en béton, les poutres en bois, les cloisons en briques de terre crue. Enfin, les murs de la façade nord sont constitués d’éléments de paille compressée assurant une bonne isolation.

Côté sud, tous les appartements profitent d’une belle véranda, de telle sorte que l’immeuble semble recouvert par une grande serre. «Il n’y a pas de chauffage central, explique Jacqueline Menth. Nous avons donc choisi des matériaux qui assurent une bonne masse thermique et chaque appartement est doté d’un poêle à bois. Selon nos calculs, nous ne devrions guère chauffer plus de dix jours par année grâce aux matériaux choisis et grâce également à ce système de serre extérieure.» Des panneaux photovoltaïques assureront l’alimentation en électricité des habitations et chaufferont l’eau.

Ecologie oblige, les logements sont alimentés en eau de pluie (grâce aux deux citernes de 20'000 litres qui la récupèrent). Un robinet d’eau de ville est également présent dans chaque cuisine. Les commodités sont des toilettes sèches. Au sous-sol, une fosse à compostage se charge de transformer cette matière ingrate en humus forestier.

L’immeuble dispose d’un atelier commun et d’une grande salle dotée d’une cuisine. «Nous voulions avoir un espace commun pour pouvoir réunir tous les habitants lors de fêtes ou d’occasions spéciales, confirme Jacqueline Menth. Mais chaque habitant a son propre appartement. L’idée n’est pas de créer une communauté postsoixante-huitarde où tout le monde vit ensemble, mais de proposer un lieu où chacun met la main à la pâte.»

Sans concierge ni jardinier, les coopérateurs s’acquitteront des tâches incontournables. Le potager de 300 m2 sous serre devrait permettre aux habitants de faire de belles récoltes.

Mise de départ dès 30'000 francs
Pour faire partie de l’aventure Doma Habitare, les coopérateurs ont dû acheter des parts. Il faut sortir 30'000 francs pour un des plus petits appartements, dont le loyer est de 1200 francs mensuels. A titre de comparaison, Sylvain Meyer et son colocataire ont dû débourser 50'000 francs en tout et leur loyer sera de 1800 francs. «Cela peut paraître cher pour Sainte-Croix, mais cette somme comprend l’appartement, le jardin d’hiver attenant, l’usufruit de l’atelier, du potager et du jardin.» Sans oublier les économies de charges réalisées grâce aux panneaux solaires et à l’isolation.

Pour l’heure, un seul des neufs logements n’a pas trouvé preneur. Les futurs locataires devraient pouvoir dormir à Sainte-Croix dans deux mois. Sachant que le chantier a débuté en mars 2016, les choses sont allées relativement vite pour un projet de cette envergure. La construction de l’immeuble aura coûté 3,8 millions de francs et le projet global (achat du terrain, mises à l’enquête et frais divers) avoisine les 4,2 millions.

La carte des sujets de notre série Demain la Suisse

Créé: 13.07.2017, 06h56

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