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Le festival Origen transforme une région rurale en pôle culturel

Né à Savognin, Giovanni Netzer fait dialoguer l’ancien et le moderne, la nature et le théâtre.

Riom, village d’à peine 200 habitants et son château médiéval, est devenu une petite capitale culturelle des Grisons.
Riom, village d’à peine 200 habitants et son château médiéval, est devenu une petite capitale culturelle des Grisons.
Patrick Martin

De la fenêtre de sa chambre, quand il était petit, Giovanni Netzer pouvait voir la masse noire du Burg Riom. Le château médiéval du village voisin a ainsi peuplé l’imaginaire du garçon né à Savognin, au cœur des Grisons. Et à quelques pas au-dessus de chez lui, la sublime église Son Martegn (saint Martin) déployait sur son plafond la plus grande fresque baroque du XVIIe siècle en Suisse, La Gloria del Paradiso, avec ses cercles concentriques aspirant les âmes vers le ciel. «Dans cette région pauvre et rurale, il n’y avait pas d’institutions culturelles, pas d’artistes professionnels, explique le metteur en scène. Le premier théâtre que l’on expérimente, ce sont les églises qui l’offrent, avec leurs décors grandioses et leurs rituels.»

Pas étonnant dès lors que Giovanni Netzer parte étudier la théologie et le théâtre à Munich. Mais chaque été, il revenait aux Grisons pour monter avec ses amis des pièces de théâtre amateur, souvent en plein air, toujours inspirées de l’histoire locale. «Au début, il y avait l’envie de travailler là où je suis né, sans réfléchir. Mais nous avons compris que, pour que ça devienne durable, il fallait tout installer ici, avec les habitants. Et surtout commencer par avoir un toit contre les intempéries.» En 2001, le souvenir d’un spectacle sur l’empereur Frédéric II (qui avait passé par le col du Julier pour se faire couronner à Nuremberg) terni par un été diluvien le pousse à entrer dans le château de Riom, dont on avait refait le toit pour le protéger. «Ma première impression a été la déception, car il était vide. Et trop froid pour imaginer faire des spectacles hors de l’été.» C’est cependant autour de ce projet que le festival Origen va naître. En 2005, première édition, le château n’est pas encore prêt, mais Giovanni Netzer investit l’église Son Martegn avec un opéra en création sur un livret de sa plume, en romanche, latin et allemand, et une musique de Gion Antoni Derungs. Son titre: Grosse Apocalypse. Le Burg Riom, premier théâtre rhéto-roman, avec sa scène et ses gradins en bois, sera inauguré l’année suivante.

Approchez, le spectacle va commencer

Chaque année, Giovanni Netzer multiplie les spectacles pour tester de nouveaux lieux, toujours en racontant des histoires antiques, issues de l’Ancien Testament, du Moyen Age ou des familles légendaires de la vallée, comme les Carisch de Riom, qui firent fortune dans la gastronomie à Paris. Rachetées par le festival et rénovées, la villa Carisch et sa ferme transformée en salle de danse sont aujourd’hui le centre palpitant du festival. Les éditions se suivent et ne se ressemblent pas. Car chaque projet (danse, comédie, opéra, concert) pousse l’homme de théâtre à voir plus grand, plus loin, plus fou. Jusqu’à cette prouesse en 2010 de concevoir un théâtre, abrité mais ouvert aux quatre vents, au col du Julier. Avec l’histoire de la reine de Saba. Rebelote cette année au même endroit, avec une reprise d’Apocalypse dans une véritable tour de Babel en bois (lire en page 32). «Les environnements différents provoquent d’autres formats artistiques, prétend Giovanni Netzer. C’est la réponse des Alpes au colonialisme des grandes villes. Il faut du courage pour créer dans une situation extraordinaire, se laisser inspirer par les lieux. D’un autre côté, cela nous donne une liberté. Avoir une petite institution et jouer dans la montagne est un nouveau luxe, c’est le luxe du rien.»

Pour le fondateur d’Origen, les grandes maisons d’opéra, de théâtre ou de danse ont un stress permanent pour remplir leurs salles et répètent ce qui fonctionne. Elles n’offrent plus de véritable carte blanche aux créateurs. «Cet été, les chorégraphes Eno Peçi et Yuka Oishi ont la possibilité de se concentrer sur plusieurs créations. Tous leurs danseurs viennent des grandes villes. Au village, avec ses habitants vieillissants, face à la grande nature et à ses dangers, ils se posent d’autres questions, peut-être plus fondamentales. Ils font complètement autre chose qu’à Vienne ou à Hambourg, et c’est ici que leur langue véritable s’exprime.»

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