Laboratoire vivant, le NEST façonne l’habitat de demain

A Dübendorf, une plate-forme de recherche aspire à accélérer le virage écologique dans le domaine de la construction. Des cobayes travaillent et vivent dans cette «maison du futur».

Le centre de recherche et d’innovation NEST.

Le centre de recherche et d’innovation NEST. Image: Marius Affolter

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Un drôle de bâtiment trône dans la zone industrielle de Dübendorf (ZH). Un coin de l’immeuble de quatre niveaux est entièrement boisé, un autre recouvert de larges baies vitrées agrémentées de cellules solaires qui contrastent avec les reflets anthracite du reste de l’édifice. L’ensemble évoque un patchwork de matériaux et de pièces imbriqués aléatoirement entre de larges plateaux de béton. Difficile de rater le NEST.

Objectif durable

NEST? C’est l’acronyme de «Next Evolution in Sustainable Building Technologies». Autrement dit, un centre de recherche où sont testés des produits soucieux d’un avenir durable. Dans la banlieue de Zurich, entre les murs dépareillés de ce laboratoire d’un autre genre, on façonne le visage des bâtiments de demain. Comment construire plus léger et favoriser ainsi l’économie des ressources? Comment démocratiser les formes d’habitat respectueux de l’environnement grâce à du low-cost? Comment optimiser l’utilisation de l’eau? Voilà quelques-uns des défis relevés par les têtes pensantes de ce nid d’innovation.

Développée par le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA) et l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (EAWAG), la «maison du futur» fait grand bruit depuis qu’elle a ouvert ses portes l’été dernier. Directeur adjoint de l’EMPA, Peter Richner en est le père fondateur. L’idée de ce projet à 20 millions de francs s’est imposée face à ce constat: «Le domaine de la construction va au-devant d’énormes défis, que ce soit la politique énergétique, le changement climatique, la croissance démographique… Pour les empoigner, il faut impérativement trouver des solutions.»

Aversion pour le risque

Problème: les technologies novatrices ne sortent que rarement de l’enceinte d’un laboratoire pour servir dans le monde réel, ou alors seulement au terme de longues années de recherches, détaille le scientifique. Généralement, il faut attendre une dizaine d’années avant qu’une innovation ne gagne le marché. Dans le secteur de la construction, très réticent à prendre des risques, cela peut durer encore plus longtemps. NEST a pour mission d’accélérer le processus. Comment? En réunissant sous un même toit le monde académique, l’entrepreneuriat et des représentants des pouvoirs publics.

NEST, c’est d’abord une structure centrale équipée d’accès aux services habituels (électricité, eau, ventilation, etc.). Cette «colonne vertébrale» est entourée de trois larges plates-formes; chacune peut accueillir 4 à 6 modules réservés au développement d’un produit. Spécificité de ces «living labs», des personnes y travaillent ou y vivent, mettant à l’épreuve les innovations dans des conditions réelles. Ces unités ne peuvent pas être occupées plus de cinq ou six ans. Une fois un produit conçu et approuvé, les modules sont détruits pour laisser la place à un nouveau locataire et à une nouvelle invention. Le visage de NEST sera en perpétuelle métamorphose. «Cette dynamique et cette modularité sont uniques au monde», commente Peter Richner.

Logement en bois

Actuellement, les trois quarts de l’espace sont déjà réservés, mais seuls deux modules sont déjà opérationnels. Conçu par des chercheurs de l'EMPA et de l'EPFZ, le premier s’appelle Vision Wood. Son ambition: élargir la palette d’applications du bois pour accroître le recours à ce matériau écologique. Avant de découvrir les lieux, les visiteurs sont tenus d’enfiler une paire de pantoufles pour ne pas salir ce laboratoire en forme d’appartement. Deux locataires vivent ici. Une planche à repasser dans un coin du salon ou de la vaisselle dans l’évier le rappelle. Mais ce qui attire l’œil, c’est que presque tout est en bois, des murs jusqu’au balcon, en passant par le lavabo. Ce dernier a été traité pour être étanche. Une porte a été, elle, conçue pour résister aux flammes tandis que la poignée, elle aussi en bois, est antibactérienne. Quant aux parois de la chambre à coucher, elles sont en hêtre, essence abondante dans nos forêts mais absente de l’habitat moderne. «Ce bois a tendance à se rétrécir à cause de l’humidité, ce qui n’est pas esthétique. Le traitement testé ici consiste à empêcher ce processus», explique Enrico Marchesi, responsable de l’innovation chez NEST.

Le bureau idéal

Dans un autre module, c’est le bureau du futur qui a pris ses quartiers (Image ci-dessous). C’est ici que travaillent les employés de NEST. Initié par l’Université de Lucerne, l’unité Meet2Create examine comment l’environnement professionnel peut s’adapter «au monde constamment changeant du travail». Dans la salle de réunion, la table sert sa fonction initiale mais peut aussi aisément être détachée et utilisée comme tableau pour une présentation. Un balcon pivotant permet de choisir si l’on veut travailler à l’extérieur ou l’intérieur. Dans la pièce suivante, les bureaux sont modulables. La climatisation ou l’éclairage idéaux sont aussi testés, tout comme le mobilier le plus à même d’apaiser les conflits dans un environnement open space.

(Photo: Marius Affolter)

Comment évaluer le succès du projet NEST? «Ce sera une réussite quand des technologies développées ici seront mises sur le marché, répond Peter Richner. C’est déjà en bonne voie pour du mobilier de bureau.» Après une année, l’homme partage des motifs de satisfaction. NEST compte 100 partenaires et accueille chaque mois près de 1000 visiteurs curieux de découvrir les recherches en cours. «Cela prouve que l’innovation devient un thème dans le secteur de la construction. Voilà un premier succès.» (24 heures)

Créé: 03.07.2017, 00h09

Le fitness solaire et les robots architectes


(Photo Marius Affolter)

NEST va continuer de changer d’apparence au fur et à mesure que des modules s’intègrent à la plate-forme. Le prochain, à bout touchant, sera un fitness avec sauna et hammam ovoïdes suspendus au plafond (image ci-dessus). Ce genre de centre consomme en général 120'000 kWh d’électricité par an. Ici, on ne veut utiliser que 17% de ce volume grâce à une gestion novatrice de l'énergie basée sur une pompe à chaleur. En suant sur leur tapis de course, les sportifs contribueront aussi à produire de l’énergie. Dans l’unité SolAce, des chercheurs de l’EPFL testeront comment les façades d’un bâtiment peuvent être exploitées pour produire de l’énergie et en réduire la consommation.

Dans le module Urban Mining, c’est le thème du recyclage qui sera au cœur de la recherche. But: que toutes les ressources utilisées pour construire un immeuble soient réutilisables, recyclables ou compostables. Le penthouse futuriste Hilo sera, lui, fait de béton ultraléger (image ci-dessous) et devrait produire 50% d’électricité de plus que ce dont il a besoin.


(photo DR)

Quant à la DFAB House, ce devrait être la première maison au monde édifiée numériquement. Des robots sont en train de construire ses murs; une imprimante 3D s’occupera des plafonds.

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