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Matériuum, ou l’art de réutiliser les déchets de la culture

L’automne dernier, l’association genevoise a ouvert une ressourcerie. Son objectif? Collecter et valoriser des matériaux usagés issus du milieu culturel.

L'association Matériuum gère une ressourcerie qui a pour but de récolter et valoriser des matériaux usagés issus du milieu culturel.
L'association Matériuum gère une ressourcerie qui a pour but de récolter et valoriser des matériaux usagés issus du milieu culturel.
Olivier Vogelsang
En plus de se rendre régulièrement dans les écoles du canton pour expliquer leur projet, ils sont également présents en marge de manifestations culturelles...
En plus de se rendre régulièrement dans les écoles du canton pour expliquer leur projet, ils sont également présents en marge de manifestations culturelles...
Olivier Vogelsang
Ou ces sacs en toile fabriqués avec des étoffes et des cordes dénichées à la ressourcerie Matériuum.
Ou ces sacs en toile fabriqués avec des étoffes et des cordes dénichées à la ressourcerie Matériuum.
www.materiuum.ch
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Des dizaines et des dizaines de mains en résine. Deux mannequins démembrés. Des étoffes de toutes sortes. Des cordes. Des panneaux de bois. Des projecteurs. Des rouleaux de moquette. Et une énorme cage dont on se demande quel monstre elle a bien pu renfermer. «Bienvenue chez Matériuum!» lance Audrey Lecomte, l’une des maîtresses de maison, en nous ouvrant la porte de cette véritable petite caverne d’Ali Baba située en plein cœur du quartier genevois de la Jonction.

Cette pimpante jeune architecte d’intérieur et designer indépendante fait partie des cinq membres fondateurs de cette ressourcerie inaugurée l’automne dernier. Son objectif? Collecter et valoriser des matériaux réutilisables voués à être jetés. Des objets provenant pour la plupart de lieux culturels, de vitrines de magasins et d’autres entreprises du canton de Genève. «Les faire disparaître serait une aberration, car beaucoup de ces matériaux sont neufs ou en très bon état, explique-t-elle. Ils n’ont souvent été utilisés qu’une seule fois. Dans le cadre par exemple d’une exposition, d’une pièce de théâtre ou dans le décor de la devanture d’un magasin de luxe de la place.»

Après avoir été triés, pesés, photographiés et estimés, ces trésors sont destinés à être vendus à des artistes, des designers, des décorateurs, des muséographes ou des entrepreneurs de l’événementiel. Mais pas seulement: «Nous avons aussi de petits bricoleurs du dimanche qui viennent nous voir, ou des profs d’école à la recherche de matières premières pour un projet qu’ils mènent avec leurs élèves», ajoute, assis derrière son comptoir, Romain de Diesbach, en charge de la gestion et de la vente des stocks. «Notre ambition est d’encourager une nouvelle forme de créativité à partir de ces matériaux de seconde main, et, par conséquent, de prolonger leur cycle de vie.»

A noter que c’est du côté de la France que l’idée a été empruntée. «Toutes proportions gardées, notre ressourcerie s’inspire de la Réserve des arts à Paris, qui récupère et revend depuis 2010 des objets et matériaux issus du milieu de la culture.»

Un catalogue en ligne

Alors, besoin de planches de bois pour refaire la jardinière du balcon? Ou de tissus vintage pour mener à bien une idée déco? Avant d’aller sur place, le client peut se rendre sur le site Internet de Matériuum pour consulter son catalogue en ligne, riche de plus d’une centaine d’objets en tout genre triés par nouveautés, par prix ou par popularité. «Il s’agit de matériel de bonne qualité disponible entre le tiers et le quart du prix du marché», précise Romain de Diesbach.

Architecte d’intérieur à Genève, Jonathan Martinez se rend très régulièrement à la ressourcerie de Matériuum pour dégoter des bons plans. C’est moins cher et c’est surtout plus écologique, mais pas que. «C’est surtout très stimulant de nourrir ses projets de la matière que l’on a à disposition, plutôt que d’aller acheter à tout prix du neuf dans un magasin, témoigne-t-il. Ça nourrit la créativité.» Quant aux acteurs culturels recourant à Matériuum pour se délester de leurs «déchets», les avantages sont également nombreux. «En augmentant le cycle de vie des matériaux, ils réduisent leur empreinte écologique, confirme Audrey Lecomte. Un comportement responsable qui peut ensuite être utilisé comme «critère de référence» dans leurs activités.» Sans compter que les acteurs habituellement soumis à la taxe des déchets peuvent en faire l'économie en faisant don de matière directement à Matériuum.

En marge de ses activités de récupération et de revente, l’association genevoise s’occupe aussi de sensibilisation à la notion de réemploi (lire ci-dessous). Régulièrement, elle organise des visites de sa ressourcerie ainsi que des ateliers dans les écoles du canton, comme lors de la Semaine européenne du développement durable en mai dernier. «Peut-être pourrons-nous faire en sorte que les gens changent leurs réflexes? C’est en tout cas en commençant par ce genre de petites actions que l’on pourra y parvenir», indique la Genevoise.

Et pas question de faire de l’ombre aux autres structures de récupération ou de revente comme Emmaüs, Caritas ou les petits brocanteurs de la place. «Matériuum se limite au domaine de la création et à la petite construction», insiste Romain de Diesbach. C’est pour cela que nous récupérons avant tout des éléments bruts, des éléments un peu plus insolites ou en série comme les mains en résine ou les mannequins, par exemple.» Quoi qu’il en soit, la ressourcerie genevoise refuse tout ce qui est de l’ordre du mobilier ou de l’électroménager.

Victime de son succès

La ressourcerie n’a pas encore un an d’existence qu’elle est déjà victime de son succès. Installée dans le local numéro 411 du Vélodrome à Genève, un espace autogéré semi-souterrain où se trouvent les ateliers d’une centaine d’artistes et d’artisans, Matériuum se sent à l’étroit. Avec seulement 100 m2 de surface, la place pour y stocker son matériel manque cruellement. A tel point que des dons sont régulièrement refusés. «C’est très frustrant, même si au moment de nous lancer, nous savions qu’il nous faudrait très vite plus de place pour nous développer», déplore Audrey Lecomte. Soit une surface au moins cinq fois plus grande, facilement accessible pour les camions, de plain-pied et idéalement en centre-ville», détaille-t-elle. Mais comme elle le sait, à Genève, les espaces de ce genre sont rares et vite chers. Et la jeune architecte d’intérieur de conclure: «Pour l’heure, si des nouveaux venus étoffent notre équipe, nous travaillons en majorité tous bénévolement, en plus de nos jobs respectifs. Mais notre objectif serait de déménager rapidement pour que la ressourcerie prenne son envol et génère assez de revenus pour tourner seule, et, à terme, payer tout le volet sensibilisation, aujourd’hui financé par les subventions.»

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Demain: Battre la monnaie et changer de rythme.

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