Les ordinateurs why! sont programmés pour durer

Demain la SuissePour contrer l’obsolescence programmée, la société basée à Prilly mise sur des produits faciles à réparer et prône le recours aux logiciels libres.

A la tête de Why!, l'ancien conseiller d'Etat vaudois François Marthaler démonte l'un de ses ordinateurs pour prouver que chaque pièce peut être remplacée en 15 minutes, à l'aide d'un simple tournevis.

A la tête de Why!, l'ancien conseiller d'Etat vaudois François Marthaler démonte l'un de ses ordinateurs pour prouver que chaque pièce peut être remplacée en 15 minutes, à l'aide d'un simple tournevis. Image: Dominic Favre

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L’intitulé en dit déjà beaucoup. Plus qu’un nom, c’est une interpellation. Avec ses ordinateurs durables, why! open computing SA entend remettre en cause notre manière de consommer l’informatique. Au centre du projet, une question essentielle: pourquoi mettons-nous tant d’argent et de fierté à collectionner des produits conçus pour s’essouffler? Créé par François Marthaler, éco-entrepreneur et ancien conseiller d’Etat vaudois, why! dénonce ainsi «l’obsolescence programmée», soit l’ensemble des techniques et des stratégies qui visent à réduire la durée de vie de nos objets. «Nous prenons le contre-pied de cette tendance et mettons tout en place pour que nos ordinateurs puissent durer le plus longtemps possible», résume l’ancien élu.

Alors que les grandes marques mettent tout en œuvre pour imposer le rythme et la durée de vie de leurs produits, why! prône donc la totale liberté de l’usager. «D’habitude, tout est fait pour nous pousser à racheter un matériel neuf, déplore François Marthaler. Les systèmes d’exploitation doivent être mis à jour fréquemment jusqu’à ce que le vieil appareil ne les supporte plus. De nouveaux logiciels ou de nouveaux périphériques apparaissent et sont incompatibles avec les anciens produits. Quant aux pièces, elles sont conçues pour qu’on ne puisse pas les réparer facilement.» Sur tous ces points, why! défend une stratégie opposée et orientée vers la durabilité.

«Aucune raison de payer»
Basée à Prilly, la société œuvre à la fois sur le contenant, à savoir l’ordinateur, et sur le contenu, soit le système d’exploitation et les logiciels. why! vante ainsi des machines conçues pour être facilement réparables. N’importe lequel des composants (hors carte mère) doit pouvoir être remplacé en moins de 15 minutes à l’aide d’un tournevis ordinaire. Et pour ce faire, l’entreprise publie des guides de réparation sur la plate-forme Ifixit, dédiée à ce genre de services. «C’est la première fois qu’un fabricant met tout en œuvre pour faire durer ses produits. D’ailleurs nous sommes la première marque à publier des modes d’emploi, les autres étant proposés par des bricoleurs et des passionnés», vante François Marthaler. Quant aux pièces de rechange, why! «s’engage à les fournir durant dix ans et au-delà».

Mais c’est avec le cœur de ses ordinateurs que la structure entend vraiment se démarquer. Son créneau, ce sont les «logiciels libres». Comprenez, des logiciels que le public peut utiliser, modifier ou recopier à sa guise. L’inverse des logiciels propriétaires, comme Word ou Excel chez Microsoft par exemple, où la liberté de l’utilisateur est restreinte par le droit d’auteur. «Il existe des équivalents à pratiquement tous les logiciels les plus répandus, de la messagerie électronique au navigateur Internet en passant par la mise en page et le traitement de texte, listent les employés de why!. Et c’est l’usager qui décide s’il souhaite ou non mettre à jour sa version. C’est vraiment à la portée de tout le monde!» Il est en effet aisé de trouver le logiciel de son choix via une logithèque particulièrement complète.

Pour héberger tous ces programmes, les ordinateurs why! fonctionnent avec le système d’exploitation Ubuntu, une alternative gratuite aux mastodontes Windows et Mac. «Nous constatons qu’il n’y a donc plus aucune raison de payer des centaines de francs alors que tout est gratuit sur la Toile, défend François Marthaler. Il est possible de faire durer un ordinateur, il faut simplement refuser d’être dépendant des éditeurs et avoir envie de reprendre la main.»

Garantis dix ans
Un besoin d’indépendance doublé de visées écologiques puisque why! se veut aussi respectueux de l’environnement. A travers une plate-forme d’échange, l’entreprise souhaite ainsi favoriser le recyclage des pièces détachées. «Une sorte de don d’organes, pour que des appareils irréparables puissent servir à en faire fonctionner d’autres», souligne la société. «Dans plus de 90% des cas, les ordinateurs sont jetés à la poubelle alors qu’ils marchent encore, simplement parce que l’évolution technologique trop rapide les rend obsolètes. Offrir une seconde vie à certaines pièces est une solution», appuie l’ancien conseiller d’Etat.

Globalement, why! promet que ses machines, fabriquées par le Taïwanais Clevo, peuvent durer une dizaine d’années. Au niveau des tarifs, l’entreprise estime que ses ordinateurs sont «compétitifs par rapport au marché, en particulier car leur durée de vie est double». Surtout, elle défend un état d’esprit et une prise de conscience. Un «pourquoi?» au goût de rébellion. (24 heures)

Créé: 15.08.2017, 07h05

Le modèle inédit mais contrarié du Fairphone

Au-delà de ses propres produits, why! fait volontiers la publicité de tous ceux qui empruntent le chemin antigaspillage. Ainsi, sur le site Internet de la marque, figure en très bonne place le fameux Fairphone, un smartphone écologique et durable venu des Pays-Bas. La visée est simple: plutôt que d’acheter un modèle neuf à chaque problème, l’utilisateur peut réparer lui-même son téléphone en se procurant des pièces de remplacement. Le concept va même plus loin puisque ce smartphone éthique est composé de matériaux provenant de zones sans conflit puis assemblés dans des conditions de travail respectueuses. «L’état d’esprit est le même que pour why!, simplement nous n’évoluons pas dans la même catégorie», indique François Marthaler. Et pour cause, la première version du Fairphone, lancée en 2013, s’est écoulée à 60'000 exemplaires. Un Fairphone 2, d’une valeur de 595 francs, a suivi en 2015.



Seul problème, l’entreprise néerlandaise vient d’annoncer la mort du Fairphone 1. En effet, après avoir rompu les relations avec son principal fournisseur chinois, elle n’est plus en mesure de fournir les pièces détachées nécessaires. Impossible donc de se procurer écran, module photo, ou encore batterie en cas de défaillance. En parallèle, la société a précisé que le système d’exploitation ne serait plus mis à jour. Un coup dur pour un produit qui misait justement sur la durabilité et qui devient donc obsolète quatre petites années après son lancement. La société annonce néanmoins avoir tiré des leçons de ce problème d’approvisionnement et se veut rassurante pour son Fairphone 2. Elle annonce ainsi avoir acquis plus de pièces détachées et avoir retouché sa politique de gestion des stocks.

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