On roule tout autour du pays sans laisser de trace

Demain la SuisseUnique dans son genre, le E-Grand Tour de Suisse invite le touriste à visiter le pays en voiture électrique. Silencieux, lisse, mais aussi stressant: on regarde plus le compteur que le paysage.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Aéroport de Kloten. Concentré de technologie et carrefour de tous les moyens de transports existants ou presque. Dans le brouhaha ambiant, on prend les clés du véhicule qui enthousiasme tous les employés d’Europcar présents: la toute nouvelle e-Golf. Soit la voiture préférée des Suisses depuis toujours, mais dans sa version la plus futuriste. Noire, sobre, elle reste discrète sur sa vraie nature. Le représentant de la compagnie de location malheureusement aussi. C’est donc sans explication préalable qu’on appuie sur le bouton «start» et qu’une multitude de chiffres inondent le tableau de bord. A ce stade, on sait que la voiture a une autonomie de 300 kilomètres. On entre dans le GPS – qui affiche de manière hilarante les stations-service du parcours! – la destination de ce premier jour de notre test entre Zurich et Lugano: l’Hôtel Bären de Gonten (AI) et sa borne de recharge.

Zurich - Appenzell

La prise en main est bluffante. Totalement silencieuse, d’une douceur incroyable, mais avec une vraie pêche sous l’accélérateur. La vérité sort-elle de la bouche des enfants – qui conduiront sans doute tous ce type de véhicule une fois le permis en mains? «C’est si lisse, on se croirait sur un tapis volant!» Les pneus pourtant bien collés à l’asphalte, on rejoint le vrombissement des 700 000 litres d’eau à la seconde qui dévalent les chutes du Rhin. La nature, splendide en ce haut lieu du tourisme suisse, nous rappelle sa force, alors qu’ailleurs elle est troublante de fragilité. L’un des buts du E-Grand Tour n’est-il pas justement de nous emmener voir ce que nous contribuons à conserver?

C’est en toute discrétion que nous roulons sur les collines appenzelloises. On s’aperçoit, en toute logique, que la descente et le freinage contribuent à recharger notre batterie de manière naturelle. On se surprend à essayer de le faire au maximum, à regarder un peu trop le tableau de bord et la technologie futuriste, plutôt que de nous intéresser aux traditions locales. A Gonten, on poursuit dans la douceur en laissant la voiture au profit d’un sentier pieds nus. Une fois maîtrisées les subtilités de verrouillage et les différents câbles, la première recharge se fera sans encombre durant la nuit.

Appenzell - Saint-Moritz

Indéniablement, la conduite de la e-Golf est un réel plaisir… si on fait abstraction du stress suscité par l’évolution non linéaire de l’autonomie de sa batterie. Avant de se remettre en route, on compare carte, application et GPS pour essayer de savoir si nous avons assez de jus pour rejoindre Davos. On décide de tenter le coup et on s’échauffe sur les jolies rondeurs du Toggenburg avant les futurs cols du parcours. La route est agréable et on vise le bord du lac de Davos pour un pique-nique de produits du terroir avec vue sur les wakeboarders et véliplanchistes. Le ventre plein, on pense à remplir celui de notre voiture. Mais trouver la borne ABB officielle du Grand Tour au cœur de Davos est tout sauf évident. On regarde l’adresse, on cherche, on tourne en rond et… on panique. Du coup, on se rabat sur la borne moins puissante de l’Hôtel Ameron. Après avoir obtenu l’autorisation de profiter de leur installation, on s’aperçoit qu’il n’y existe que des prises «femelles». Rageant. On respire un bon coup et on appelle la helpline qui nous guide vers un parking en contrebas de la rue Centrale où la borne nous attend. Heureusement, le scan du QR Code et le paiement via carte de crédit fonctionnent. Ouf. On termine la journée à Saint-Moritz (à l’Hôtel San Gian, avec sa borne avide de… pièces de 50 centimes!) après avoir manqué de justesse de heurter un chevreuil qui ne nous avait pas entendus arriver.

Saint-Moritz - Lugano

Les cols du Julier puis de la Maloja nous donnent l’occasion de vraiment nous amuser. Au niveau de la conduite, mais aussi au niveau de la batterie, que l’on recharge allègrement dans les descentes. Les petites cascades qui ruissellent entre les pierres font plus de bruit que nous et cette discrétion nous permet d’apercevoir une marmotte sans la déranger. Echaudés, on décide de faire le plein avant d’arriver au Tessin. A Lugano, pendant que la voiture charge dans le parking automatisé de l’Hôtel Dante, on troque le volant pour celui d’un pédalo et l’électricité pour la force du mollet. Ce qui ferait une très belle image de fin si on ne devait pas ramener la voiture à Zurich le lendemain et stresser à l’entrée du Gothard (on ne sait pas encore qu’il ne nous fera consommer en fait que 4 km d’autonomie) en voyant la réserve réduite à 74 km. On s’arrête au dernier restauroute pour réfléchir et… découvrir une borne qui ne fait pas partie de celles répertoriées par le Grand Tour. Sauvés!


Demain: La vallée où le gneiss est roi.

Créé: 21.07.2017, 06h42

«Elle consomme autant qu’un appartement»

Parmi tous les acteurs du secteur, l’association Grand Tour de Suisse a choisi Alpiq E-Mobility pour électrifier son offre. «Notre entreprise existe depuis 2012, ce qui est donc gage d’une expérience précieuse au niveau national, explique Nathalie Blumenau, du Service de vente de produits spécialisés. Nous ne vendons pas d’électricité sur le domaine public. Nous sommes des intermédiaires qui informent les acteurs locaux des diverses possibilités s’ils désirent intégrer une borne existante ou acquérir une borne publique (entre 6000 fr. et 30 000 fr.). Nous nous occupons également de la facturation, que ce soit à un niveau privé ou sur le Grand Tour. Notre secteur est en plein boom et notre but est de proposer à nos clients et partenaires des outils de qualité afin que la mobilité électrique puisse se développer rapidement. Une voiture électrique consomme autant qu’un appartement, une installation professionnelle est donc primordiale et le bricolage maison n’est pas conseillé.» Mais d’où vient le courant qui a alimenté notre voiture? «Chaque fournisseur est libre de décider quel genre d’électricité il vend, reprend la jeune femme. Aujourd’hui, je pense que les bornes de nos clients et partenaires sont à 90% alimentés avec du courant vert.» Dans un marché très concurrentiel, chacun ne signale que ses propres bornes en ignorant les autres. Et il existe autant de moyens de paiement différents que d’acteurs. Avec l’application ChargeMap, on y voit un peu plus clair grâce aux retours avisés des utilisateurs et cela en attendant une harmonisation totale du secteur, sans doute utopique.

Articles en relation

La boîte aubergine pour un repas sur le pouce écolo

Demain la Suisse Une entreprise propose aux restaurants take-away de remplacer les couverts en plastique par une boîte recyclable. Plus...

On a testé pour vous une semaine sans déchets

Demain la Suisse Un Vaudois produit un peu moins d’une demi-tonne de déchets (incinérables et recyclables) par an. Durant une semaine, j’ai tenté de réduire mon quota à zéro. Ou presque. Plus...

Une maison pour vivre, vieillir et travailler ensemble

Demain la Suisse A Ernen, dans le Haut-Valais, la GenerationenHaus Berglandhof perpétue l’idéal de vie en communauté de trois familles, arrivées dans le village il y a près de 30 ans pour cultiver la terre. Plus...

Les colocs 2.0 habitent des manoirs et des châteaux

Demain la Suisse Ils se réunissent en grands groupes pour pouvoir occuper des bâtisses parfois trop chères pour de simples locataires. Des communautés qui demandent une tout autre organisation. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.