Passer au contenu principal

«La Suisse a un immense rôle à jouer»

Notre pays peut se placer à la pointe de la transition écologique, dit l’économiste Samuel Bendahan.

Conseiller national PS, Samuel Bendahan est maître d’enseignement à la HEC Lausanne ainsi qu’à l’EPFL, spécialisé dans l’économie comportementale.
Conseiller national PS, Samuel Bendahan est maître d’enseignement à la HEC Lausanne ainsi qu’à l’EPFL, spécialisé dans l’économie comportementale.
PATRICK MARTIN

La transition écologique, ça parle à vos étudiants en économie?

Toujours plus. Mais il y a dix ans déjà, l’intérêt était présent. Je me souviens qu’à l’époque un groupe d’étudiants qui devait monter un projet avait spontanément choisi d’organiser un Salon de l’écologie. De manière générale, les étudiants sont très conscients des enjeux globaux, à la fois écologiques et sociaux, puisque les deux sont liés. Ils savent bien que Donald Trump sera mort quand eux et leurs enfants subiront les conséquences de sa politique. Bien sûr, une partie des étudiants a un côté plus opportuniste et voit avant tout dans l’écologie un secteur d’avenir sur le plan économique. Je ne le critique pas.

Quels paradigmes économiques ont changé ces dernières années?

J’en retiens un parmi de nombreux: aujourd’hui, on réalise que l’économie ne peut pas être dissociée de l’humain, et qu’on ne peut pas prédire le comportement de celui-ci avec des modèles simples. La psychologie des organisations, les neurosciences, l’économie comportementale, etc. ont pris de l’importance et se conçoivent de manière interdépendante. Il y a dix ou vingt ans, on considérait encore l’économie comme une sorte de science exacte, prédictible. Ceux qui l’étudiaient sortaient de l’Université en étant un peu trop sûrs d’eux. Maintenant, on se rend compte qu’on ne sait pas tout. Et c’est positif pour avoir une approche scientifique de notre monde.

Quels sont les risques que vous voyez pour l’avenir?

Il est très difficile de prévenir l’avenir. Mon inquiétude, c’est de voir les multinationales et les grands groupes financiers concentrer les richesses et devenir très puissants. Au bout du compte, les intérêts financiers dépasseront alors les peuples et les Etats organisés, ils affaibliront les pouvoirs politiques et la démocratie. Car le problème, c’est que les entreprises se mondialisent très bien et très vite, les Etats beaucoup moins, il n’y a qu’à voir la construction européenne.

On parle de plus en plus d’un retour à des circuits d’économie locale. Cela peut-il annoncer la fin de la mondialisation?

Non. La mondialisation veut dire tant de choses à la fois. Elle va changer, en revanche. Il faut espérer que les cercles d’économie locale permettent d’affaiblir la mondialisation dont on ne veut plus, c’est-à-dire celle des transports à travers la planète de matériaux ou d’aliments qu’on peut produire localement, ou l’exportation de conditions de travail effroyables pour fabriquer ailleurs les biens de consommation que l’on achète ici. Mais la mondialisation des moyens de télécommunication qui nous permet d’échanger gratuitement des informations et des savoirs à travers le monde, celle-là doit perdurer. C’est souhaitable.

N’y a-t-il pas une schizophrénie de la société actuelle, de plus en plus «conscientisée» mais qui reste très consumériste?

Je ne parlerais pas de schizophrénie. En réalité, je ne crois pas beaucoup en l’action individualiste pour résoudre les problèmes globaux. Je ne critique pas ceux qui font des efforts – j’en fais aussi – mais aucun Suisse, même le plus militant, n’arrivera à compenser la surconsommation excessive de la société. En plus c’est décourageant d’agir tout seul. Les gens doivent se mettre ensemble. Il faut coordonner ses actions plutôt que se disperser. Il vaut mieux faire moins d’efforts, mais en commun, plutôt que certains fassent beaucoup d’efforts pour rien…

Plus facile à dire qu’à faire…

La création de mouvements sociaux forts peut se mettre en place. De toute manière un humain au même titre qu’un pays ne peut rien faire seul. L’espoir de notre planète réside dans notre capacité de créer des mouvements qui dépassent les frontières des villes, des cantons, des pays, pour mettre les politiques sous pression et les amener à changer les choses. C’est bien par là qu’on peut changer le monde, qu’il faut chercher la solution. Et non pas en espérant un sursaut des grandes entreprises et des hedge funds qui restent pilotés par un souci de rentabilité à court terme bien souvent contradictoire avec la notion de durabilité. Les actionnaires ne sont pas des philanthropes. La grande majorité des capitaux sont investis dans une logique de rentabilisation.

Vous restez optimiste?

Plutôt, oui. On a notre destin entre les mains, mais il faut qu’assez de personnes se battent pour un monde meilleur. L’avenir se jouera pour beaucoup au travers des médias au sens large, médias traditionnels, médias sociaux… C’est sur ce terrain de jeu-là qu’émergera la réponse à la question: «Est-ce que les gens qui veulent créer des mouvements pour le bien commun convaincront les autres?» Je crois en la capacité des médias de transmettre une information objective et en la capacité de l’humain de se rendre compte, grâce à celle-ci, de l’importance d’agir.

Quel rôle peut jouer la Suisse dans la transition écologique?

La Suisse peut avoir un immense rôle à jouer. Nous avons une démocratie modèle, nous savons travailler ensemble, nous avons la richesse, un tissu économique très diversifié et des filières de formations – apprentissage, Hautes Ecoles, Universités – performantes. Tout ce qu’il faut donc pour la recherche de technologies innovantes garantissant que le progrès humain profite à tous. La Suisse peut regrouper un certain nombre de centres de compétence extrêmement qualifiés dans ces domaines et faire référence à travers le monde. Au politique d’investir, de développer la formation, de faire émerger les compétences de recherche et de développement, de promouvoir l’économie du futur et créer les conditions-cadres pour y arriver.

----------

Le crowdfunding, cette finance qui se veut sociale et participative

Pour l’organisme humain, la Golden ChlorellaTM est une micro-algue très riche en ressources nutritionnelles. Cet ingrédient est surtout à l’origine d’Alver, une start-up vaudoise spécialisée dans l’agroalimentaire. Fondée par Mine Uran et Majbritt Byskov-Bridges, cette jeune pousse vient de s’illustrer en bouclant une importante levée de fonds sur Raizers, l’une des plates-formes de référence dans le domaine du crowdfunding. «L’avantage de passer par un tel modèle de financement est double, explique Majbritt Byskov-Bridges. D’un côté, il permet d’offrir aux potentiels investisseurs une information très complète sur votre entreprise. De l’autre, il vous pousse à redéfinir votre modèle d’affaires et à réfléchir une nouvelle fois à la manière dont vous voulez développer votre société.» En tout, seize investisseurs ont répondu à l’appel des deux femmes et sont devenus actionnaires de la société en passant par ce système de financement participatif.

Aujourd’hui, les deux fondatrices d’Alver ne sont de loin plus les seules à emprunter une telle voie pour financer un projet ou développer une société. Ce que les spécialistes appellent le crowdfunding (littéralement «financement par la foule») est en effet clairement entré dans les mœurs, tant en Suisse que dans le reste du monde. Les statistiques les plus récentes en prouvent l’essor, puisque d’année en année les records s’enchaînent.

En 2016, d’après une étude de l’école de Lucerne, quelque 128 millions de francs de fonds ont été levés à travers la cinquantaine de plates-formes présentes dans notre pays, soit bien au-dessus des quelque 28 millions de l’année précédente. En termes de croissance, la hausse est impressionnante puisqu’elle s’établit à 362%. Et rien ne semble tarir cette source d’argent, puisque les spécialistes estiment qu’environ 400 millions de francs devraient être levés par ce biais cette année, et 1 milliard à la fin de 2018. De quoi permettre à la Suisse de combler en partie son retard en comparaison à d’autres pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Longtemps limité à des dons sans ou avec une petite contrepartie (le plus souvent symbolique), le financement participatif a énormément évolué au cours des dernières années, à l’instar du modèle d’Alver, basé sur du «crowdinvesting», également appelé crowdequity. Selon Vincent Pignon, président de la Swiss Crowdfunding Association, «cette diversification a contribué à son essor actuel». Ce dernier cite notamment les deux déclinaisons qui cartonnent. Au «crowdinvesting», il rajoute le «crowdlending», un modèle qui consiste en un prêt à une entreprise ou à des privés. Sa forme est d’ailleurs relativement classique, puisqu’elle comprend le versement d’intérêts en retour.

Seul désavantage à ces nouvelles formes de campagne: la législation de ce marché. Comme il n’en existe pas de spécifique, c’est celle de la FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) qui est actuellement appliquée. «Elle n’est pas du tout adaptée au crowdfunding», explique Vincent Pignon en citant par exemple la limite des 20 prêteurs, au-delà de laquelle l’emprunteur doit avoir une licence bancaire. La Swiss Crowdfunding Association attend avec impatience l’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance sur les fintechs, dont de nombreux points concernent directement les activités de crowdfunding. Espérée pour la fin de l’année, elle pourrait d’ailleurs accélérer encore plus le déploiement du financement participatif en Suisse. Olivier Wurlod

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.