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Une tour de Babel pousse au sommet du col du Julier

Le festival Origen construit un théâtre en bois à 2284 mètres d’altitude. Une folie éphémère pour saisir la force d’un lieu et chercher la transcendance.

Visite du chantier de la tour Origen situé dans un pittoresque paysage montagnard.

«On réalise les images que l’on a dans la tête. La tour de Babel en est une, qui parle à chacun de nous. La tour peut être un lieu frontière, de pouvoir, une prison ou un escalier vers l’au-delà.» Passionné par l’Ancien Testament, Giovanni Netzer est à coup sûr un artiste qui puise ses idées dans le passé pour revivifier une culture sclérosée. Rien de plus vivifiant dès lors que de se donner comme défi insensé de construire un théâtre dans la nature extrême, au col du Julier, à 2284 mètres d’altitude. Car le fondateur du festival Origen à Savognin (lire pages 30-31) est un rêveur réaliste, un bâtisseur de chimères qu’on pourrait juger inutiles, mais qui, au final, fédèrent une région, un canton, une identité. «Au col du Julier, qui sépare et relie les grands espaces linguistiques, le mythe babylonien se reflète dans la réalité culturelle des Grisons», affirme le directeur artistique.

Giovanni Netzer voit grand, et fort, et beau. C’est ce qui fait sens: «Si on construit ici, il ne faut pas être modeste. Le projet doit convaincre par sa qualité.» Alors il dessine une tour de 30 mètres, certes éphémère, mais à l’épreuve des saisons. La couleur rouge tirant sur l’ocre rappelle celle utilisée par Brueghel l’Ancien peignant la tour de Babel; la forme – dix colonnes pentagonales formant un cercle – s’inspire des octogones du Castel del Monte dans les Pouilles, construit par l’empereur Frédéric II. A bâtir, sa tour coûte 2,8 millions de francs, mais pour la financer, il en demande 6, avec un programme culturel sur 4 ans, hiver comme été, qui débute en août par l’opéra Apocalypse! Comme à son habitude, l’intendant d’Origen multiplie les sources de financement, obtient le soutien de fondations privées et d’entreprises locales. Comme le Canton rechignait dans un premier temps à mettre la main au porte-monnaie, il arrive même à mobiliser dans une démarche concertée les communes de sa vallée, des vallées voisines et même de la riche Engadine.

Construire est la clé du succès pour Giovanni Netzer. «Ici, nous avons de bons chanteurs amateurs, mais pas d’acteurs, pas de danseurs, et on ne va pas intégrer les habitants en les faisant monter sur scène. Alors on construit. En 13 ans, nous avons consacré 8 à 9 millions pour la construction de structures pérennes ou éphémères, réalisées par les entreprises locales.» Avec les années, le développement de la région est même devenu le thème central du festival. «On ne peut plus se contenter de programmer seulement des spectacles le soir, argumente l’homme de théâtre. Il faut penser à l’accueil du public, aux hébergements, à la restauration, au transport, à l’implication des habitants. Le festival est désormais un moteur économique. Nous avons une responsabilité pour dessiner l’avenir de ces régions pauvres, vieillissantes et dépeuplées. Nous avons besoin de villages vivants et nous devons les soutenir.»

Quarante mille vis

La construction a été confiée à l’entreprise Uffer AG à Savognin (voir notre édition de vendredi) que Giovanni Netzer connaît bien: Enrico Uffer est son cousin. «Nous avons grandi ensemble, confie l’entrepreneur. Même avant le festival, nous avions soutenu ses spectacles, pour construire les scènes, sans compter nos heures. Mais sur ce projet, nous ne pouvions plus être bénévoles!» C’est évidemment un tour de force: «Avec les conditions météo, nous avons dû renforcer la solidité des panneaux en utilisant 40 000 vis, détaille Urs Hefti, chef du projet chez Uffer, rencontré sur le chantier. Mais le défi plus important encore est la logistique pour réunir tous les matériaux par nos fournisseurs suisses et étrangers (900 m³ de bois), gérer les transports et monter en deux mois les 40 colonnes de 7,5 mètres pesant entre 6 et 10 tonnes chacune.» Au-delà de la prouesse technique, la tour fascine par sa richesse symbolique. Le conseiller fédéral Alain Berset, qui l’inaugurera le 31 juillet, s’en fera certainement l’écho. Giovanni Netzer y voit une «machine à transcendance» et une sortie de secours: «Ici, on a peur de tout, on n’ose plus rien: c’est cela, l’apocalypse qui nous menace.»

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