«Je demande à être jugé sur pièces»

Conseil fédéralParmelin quitte la Défense pour l’Économie. Ce changement a suscité une pluie de critiques. L'UDC vaudois contre-attaque.

L'UDC Guy Parmelin dirigera le département de l'Economie, de la Formation et de la Recherche dès l'an prochain.

L'UDC Guy Parmelin dirigera le département de l'Economie, de la Formation et de la Recherche dès l'an prochain. Image: Nicole Philipp

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Guy Parmelin remet les clés de la Défense à la PDC Viola Amherd. Lui reprend le Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Cette répartition a fait couler beaucoup d’encre. Le conseiller fédéral vaudois s’explique. Interview.


L'essentiel

Changement
Pour Guy Parmelin, Viola Amherd sera parfaite à la Défense

Agriculture
Le Vaudois prévient déjà qu’il fera des déçus parmi les paysans

Europe
Le futur ministre de l’Économie refuse de se mouiller sur l’accord-cadre avec Bruxelles


Qu’on vous traite de déserteur, ça vous fait mal?
La dureté des propos m’a surpris. Ce reproche est faux. J’ai fait trois ans à la Défense. D’autres conseillers fédéraux, comme Didier Burkhalter, ont changé de département plus tôt.

Étiez-vous malheureux à la Défense?
Non. J’y ai pris beaucoup de plaisir. J’ai un œil qui pleure et l’autre qui rit. Dans d’autres pays, les ministres vont et viennent sans que toute une dramaturgie se mette en place.

Pourquoi partez-vous? C’est l’UDC qui vous force?
J’ai fait une appréciation politique de la situation. Ce qui a pesé, c’est que l’UDC est chargée de la Défense depuis 23 ans. Et si je ne changeais pas maintenant, la situation se prolongerait de plusieurs années. Ce n'est sain ni pour le parti ni pour le département. Il y a plusieurs défis en matière de cybersécurité, d’espionnage ou de protection de la population. Et pour les relever, il vaut mieux qu’un autre parti les reprenne. Ce changement renforce le département.

C’était donc une réflexion plus partisane que personnelle?
Oui, mais toutes deux se recoupent. J’étais aussi intéressé par les deux départements disponibles.

Votre plus gros dossier, c’est la défense aérienne. Vous la laissez en plan après une consultation catastrophique.
C’est faux. La consultation n’a pas été catastrophique. Vingt-cinq Cantons ont soutenu mon projet et presque tous les milieux économiques.

Mais vous n’avez pas de majorité politique. Il faut tout recommencer de zéro.
Au contraire. Mon départ permet à ce projet de prendre un nouvel envol. Le montant n’est pas contesté, ni le fait de renouveler les avions et la défense sol-air. Ce qui coince, c’est le chemin pour y arriver. Avec un conseiller fédéral d’un autre parti, ce sera plus facile de trouver une majorité. Le parlement vient d’ailleurs de donner un signal encourageant en faveur de notre solution. La seule question qui reste, c’est de savoir si on veut un vote populaire uniquement sur les avions ou sur l’ensemble. Pour moi, la deuxième solution est meilleure, car les deux aspects sont liés.

Le projet de loi sera-t-il présenté cette année encore?
Le calendrier est serré. Le Conseil fédéral devra se pencher sur le dossier d’ici à fin janvier.

Vous mettez Viola Amherd devant le fait accompli?
Pas du tout, elle a toutes les cartes en main. Si j’étais allé devant le Conseil fédéral maintenant, alors là oui, je lui aurais lié les mains. En procédant ainsi, je laisse la possibilité aux deux nouvelles membres du collège de se faire une idée.

Ça vous fait quoi de léguer l’armée à une femme?
C'est une chance pour le département. Plusieurs pays ont déjà fait l’expérience. J’ai côtoyé les ministres française et allemande de la Défense. Bien qu’elles ne venaient pas du milieu militaire, elles sont respectées. Viola Amherd sera parfaite dans la fonction.

Ça peut changer l’image d’un département mal-aimé?
Je regrette cette image, si je pense au grand travail fourni par mes 12'000 collaborateurs. La presse a toujours présenté la Défense comme le vilain petit canard. Or la question sécuritaire est de plus en plus importante, partout dans le monde. Le DDPS est plus que jamais un département stratégique.

Pourquoi ne pas avoir demandé Justice et Police? La migration, c’est un thème phare pour l’UDC.
Le dossier de l’asile a déjà fait l’objet de plusieurs révisions. On est dans une phase de mise en œuvre. Il y a plus d’enjeux au DEFR.

Que l’agriculture en fasse partie, ça a été déterminant?
C’est un domaine que je connais bien, mais ce facteur n’a pas été décisif. Certains milieux agricoles devront du reste se rendre compte que je fais de la politique avec un collège. Il me faudra chercher des solutions dans l’intérêt du pays, non pour un seul secteur.

Vous prévenez les paysans que vous allez les décevoir?
Je ne pourrai pas répondre à toutes les attentes. À l’Économie, mon but sera de donner les meilleures impulsions. Je n’y arriverai pas en jouant les branches économiques les unes contre les autres. Ce que veulent surtout les agriculteurs, c’est de la stabilité. Il ne faut pas changer de cap tous les quatre ans. Ils doivent pouvoir investir dans un cadre défini. Ils veulent aussi moins de bureaucratie.

Allez-vous poursuivre une politique de libre-échange?
Avec le Mercosur (ndlr: Marché commun du Sud) pourquoi pas. Les agriculteurs ne sont pas contre le libre-échange, mais ils veulent savoir à quelle sauce ils seront mangés. On ne peut pas seulement baisser leurs revenus, ouvrir les frontières et penser que tout va bien aller. Dans le traité que nous avons négocié avec la Chine, les agriculteurs ont été associés dès le départ. Mais il n’y a pas que l’agriculture qui bloque, il y a aussi les consommateurs avec les OGM. Le chemin existe, mais il est étroit.

Johann Schneider-Ammann avait l’expérience d’une entreprise internationale. Et vous, qu’apportez-vous?
Il avait un réseau important, et m’a déjà dit qu’il me transmettrait ses contacts. Mais je constate que dans les négociations avec les partenaires sociaux ou les agriculteurs, ce n’est pas ce réseau qui a empêché les blocages. De mon côté, j’ai été à la tête d’une petite PME agricole. Et les PME, c’est 90% du tissu économique. Je veux être jugé sur pièces.

Quelle est votre vision pour l’économie?
L’important, c’est que chacun puisse avoir un travail. Il faut des conditions-cadres favorables pour les entreprises, et anticiper l’arrivée de nouveaux métiers.

Et pour la recherche et la formation?
Nous devons nous positionner sur la digitalisation et l’intelligence artificielle. Il faut mieux investir les milliards que nous allouons à la recherche. Je veux être certain que pour les grands projets, il y ait une coordination entre les Hautes Écoles. Je veux aussi promouvoir l'apprentissage. Là, la qualité de l'enseignement est déterminante.

Y a-t-il trop d’étudiants?
Il y a proportionnellement plus de jeunes en Suisse romande qu’en Suisse alémanique qui choisissent la voie académique. On a peut-être dévalorisé l’apprentissage. Je ne mettrai pas les deux en concurrence. Le problème, c’est que lorsqu’un jeune annonce qu’il veut devenir plâtrier, on lui dit encore trop souvent: «Tu as des capacités, fais l’uni.» Moi, j’ai fait une maturité latin-anglais puis un apprentissage. On critique votre niveau d’anglais. Ça va le faire quand vous serez au WEF de Davos? J’ai déjà mené des discussions à un niveau ministériel. À part pour les questions techniques, où je fais appel à un traducteur, j’arrive à communiquer sans problème, et je vais m’améliorer.

Vous voulez nous dire quelque chose en anglais?
Je ne vais pas commencer à vous parler en anglais. À moins de vous dire: Thank you, good-bye and see you later.

Créé: 14.12.2018, 21h08

Une prudence de Sioux sur l’Europe

En tant que ministre de l’Économie, Guy Parmelin fera partie de la task force du Conseil fédéral sur le dossier européen. Estime-t-il qu’il y a une marge de manœuvre sur les mesures d’accompagnement, principal point de friction dans l’accord-cadre avec l’UE? Le Vaudois botte en touche. «C’est au Conseil fédéral de décider de ce qu’il fait de cette situation.» Le fait que Pierre-Yves Maillard, Vaudois lui aussi, devienne le patron des syndicats peut-il faciliter les discussions? «Je le connais bien, car nous avons déjà croisé le fer. J’ai toujours pu parler avec lui. Nous verrons s’il y a des points de convergence.»

Est-il prêt à s’engager pour un accord-cadre, sachant que son parti, l’UDC, est contre? «Avant de dire ce que je vais faire et comment, attendons d’en savoir plus sur la stratégie», explique Guy Parmelin tout en rappelant qu’une consultation est en cours. Reste que sans accord-cadre, la Suisse pourrait être exclue de la recherche. Le nouveau ministre chargé du dossier est-il prêt à l’assumer? «Il peut y avoir des conséquences, reconnaît le Vaudois. Mais si l’UE traite différemment la Suisse, ce ne sera ni de ma faute ni de celle du collège. Johann Schneider-Ammann s’est déjà retrouvé dans cette situation. Il faudra voir avec les milieux de la recherche quelle est la marge de manœuvre et trouver les solutions qui seront les moins défavorables.»

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