Le départ du numéro trois révèle un malaise à l’UDC

PolitiqueLe parti perd son secrétaire général à un an des élections. Erreur de casting ou conflit personnel? Enquête sur une démission surprise.

Albert Rösti doit déjà trouver un nouveau secrétaire général. Dominique Steiner a démissionné trois jours après son entrée en fonction.

Albert Rösti doit déjà trouver un nouveau secrétaire général. Dominique Steiner a démissionné trois jours après son entrée en fonction. Image: Keystone

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Dominique Steiner. Si ce nom ne vous dit rien, c’est normal. Ce Bâlois de 47 ans n’aura tenu que trois jours au poste de secrétaire général de l’UDC. Sa démission, aussi rapide que surprenante, a été confirmée dimanche. «Il part pour des raisons personnelles», assure le président de l’UDC Albert Rösti. Une explication qui ne convainc guère. Sous couvert d’anonymat, plusieurs élus l’affirment: le problème, c’est Silvia Bär.

«Au secrétariat de l’UDC, c’est elle qui fait la loi. Vous suivez ou vous partez»

Silvia Bär? Cette femme de 49 ans est depuis douze ans au quartier général de l’UDC. Bien que l’offre lui ait déjà été faite, elle refuse de devenir secrétaire générale, et préfère rester adjointe. «Elle peut ainsi mieux tirer les ficelles par-derrière», tacle un élu. «Quand j’ai appris cette démission, je me suis dit que Dominique Steiner n’avait même pas réussi à la supporter une semaine», glisse un ancien collaborateur du parti. Silvia Bär n’est pas en odeur de sainteté auprès de plusieurs élus. «Au secrétariat de l’UDC, c’est elle qui fait la loi. Vous suivez ou vous partez», dit un conseiller national romand.

Et cette façon de faire énerve. «Elle a sans doute une immense expérience, mais à un moment donné, il faut savoir qui est le chef et le respecter», s’emporte un conseiller national. Cet élu alémanique résume la situation en une boutade. «On ne doit pas chercher un secrétaire général, mais un assistant pour Silvia Bär.»

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle est sous le feu des critiques. En mars, le «Blick» révélait une ambiance pesante au sein du QG de l’UDC, sur fond de départs en cascade. Dans une lettre, un démissionnaire accusait clairement les méthodes et la personnalité de Silvia Bär. Il évoquait un manque de respect, et un environnement de travail qui n’était plus viable dans ces conditions. Des critiques que confirme un élu. «Oui, c’est difficile de travailler au secrétariat général.» Silvia Bär est-elle indéboulonnable? «Il ne faut pas oublier qu’elle a été collaboratrice de Christoph Blocher lorsqu’il était au Conseil fédéral», glisse un parlementaire.

Tourner la page

Ces critiques, la direction du parti les balaie d’un revers de main. «C’est facile de faire porter le chapeau à Silvia Bär, juge Marco Chiesa (TI), vice-président du parti. Mais après une semaine à peine, parler de problème de management, ce n’est pas sérieux.»

Albert Rösti appuie ces propos. «Je peux vous assurer que ce départ n’a rien à voir avec Silvia Bär. Dominique Steiner me l’a lui-même confirmé.» Comment expliquer ces accusations? «Silvia Bär a une personnalité forte, elle est exigeante avec ses collaborateurs, comme elle l’est avec elle-même. Elle ose dire les choses franchement aux parlementaires, ce qui peut vexer. Silvia Bär est une grande force pour le parti, et elle le sera encore à l’avenir.» La preuve: la direction vient de la nommer à l’unanimité comme secrétaire générale ad interim.

«Il y avait déjà des voix critiques, mais devant une assemblée des délégués, vous n’allez pas remettre en cause les choix de la direction.»

La direction veut désormais tourner la page, mais surtout éviter une nouvelle erreur de casting. Car c’est la deuxième piste évoquée pour expliquer cette démission. «Travailler sous les ordres de Silvia Bär, c’est compliqué, mais là on cherchait quelqu’un pour être son chef, confie un parlementaire alémanique. Et pour cela, Dominique Steiner était nul.» Alors que plusieurs UDC disent avoir été séduits par ce juriste à la carrière internationale, cet élu affirme avoir vu très vite clair dans son jeu. «Un beau parleur qui ne voulait pas travailler.» L’homme n’a-t-il pas été acclamé lors de son élection le 22 juin dernier? «Il y avait déjà des voix critiques, mais devant une assemblée des délégués, vous n’allez pas remettre en cause les choix de la direction.»

De son côté, la présidence se réfugie derrière les critères de sélection qui parlaient d’un poste exigeant. Il est possible que Dominique Steiner ait sous-estimé l’écart entre cette fonction politique et les postes qu’il a assumés dans l’économie privée. À noter que ce dernier, tout comme Silvia Bär, n’a pu être atteint lundi.

«Des mauvais résultats»

Reste que cette débâcle passe mal alors que le parti est à la peine dans les élections. Pour cet élu, cette affaire est même révélatrice d’un manque de professionnalisme. Il raconte avoir voulu obtenir les coordonnées de Dominique Steiner. «Le secrétariat m’a dit qu’il ne les avait pas. Nom d’une pipe, c’est comme ça que fonctionne notre parti?, s’énerve-t-il. Si c’est le cas, il ne faut pas s’étonner de nos mauvais résultats à Genève ou Neuchâtel.»

À une année des prochaines élections fédérales, l’UDC n’a toujours pas de secrétaire général. «Évidemment, la situation serait meilleure si nous avions quelqu’un, reconnaît Albert Rösti. Mais cette vacance ne devrait pas nous poser trop de problèmes. Nous avons les ressources nécessaires pour la surmonter.» Son objectif est de dégoter une nouvelle perle rare d’ici à la fin de l’année. (24 heures)

Créé: 09.07.2018, 19h08



Dominique Steiner partirait pour des rasions personnelles.

Photo : KEYSTONE



L’indéboulonnable Silvia Baer.

Photo : Patrick Hurlimann/KEYSTONE

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