Le départ raté d’Amherd met le PDC dans la panade

Succession Doris LeuthardLe président Pfister peut-il surgir dans la course? À Berne, c’est plutôt la côte du chancelier Thurnherr qui remonte en flèche.

En attendant la décision de Viola Amherd (au centre), les noms de Gerhard Pfister (à g.) et Walter Turnherr (à dr.) sont évoqués.

En attendant la décision de Viola Amherd (au centre), les noms de Gerhard Pfister (à g.) et Walter Turnherr (à dr.) sont évoqués.

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Karin Keller-Sutter en archifavorite et deux outsiders sans chances réelles. À défaut de laisser planer beaucoup de suspense, la course au Conseil fédéral du PLR à le mérite de la clarté. Quelle différence avec le PDC! On attend toujours la décision de Viola Amherd (VS). Quant aux deux personnalités déjà sorties du bois – le sénateur Peter Hegglin (ZG) et la conseillère d’État Heidi Z’Graggen (UR) – leurs candidatures, bien que valables sur le papier, laissent un peu songeur. Et ce au sein même du parti.

«Je suis surpris de voir les candidats les plus capables se défiler en cascade»

«La succession de Doris Leuthard ressemble de plus en plus à du petchi», s’énerve un conseiller national, qui à l’image de nombreux autres démocrates-chrétiens, requiert l’anonymat pour s’exprimer sur ce sujet devenu sensible. «L’eau est trouble, confesse un confrère de parti. Je suis surpris de voir les candidats les plus capables se défiler en cascade. Cette situation monte à la tête de certains seconds couteaux qui mesurent leurs chances avec suffisance.»

«Ce n’est pas chaotique»

Alors que le parti sait depuis un an que son unique conseillère fédérale va s’en aller, comment en est-on arrivé là? «C’est la faute au départ raté de Viola Amherd, tranche un de ses soutiens. C’est elle qui bloque le tout. On lui a dit de se lancer rapidement dans la course. Une candidature aussi forte aurait freiné la concurrence.» Mais le destin a rattrapé à deux reprises la Haut-Valaisanne. Il y a eu l’affaire des loyers trop élevés qu’elle aurait prélevés à une société du groupe Alpiq. Condamnée à rembourser 250 000 francs, Viola Amherd a fait appel. Puis il y a eu son hospitalisation pour des calculs rénaux. Elle devrait se prononcer la semaine prochaine. «Elle ne doit plus tarder, d’autres attendent», prévient un PDC.

En attendant, le parti semble naviguer à vue. «Pas du tout, rétorque Martin Candinas (GR). Je suis même optimiste. Nous avons les moyens de présenter un bon ticket à l’Assemblée fédérale. Il y a déjà deux candidatures au profil différent: un conseiller aux États et une ministre cantonale; une représentante des régions de montagne et un représentant des cantons riches. Et le délai pour s’annoncer n’est pas terminé. Nous offrirons un véritable choix.» Et d’adresser un tacle au PLR. «Chez nous, ce ne sera pas une simple élection de confirmation.»

Présidente des Femmes PDC, Babette Sigg partage cette analyse. «Nous ne sommes pas dans une situation chaotique. Il y a déjà un homme et une femme sur les rangs. Et d’autres pourraient suivre. J’espère que Viola Amherd le fasse. On ne peut quand même pas lui reprocher ses soucis de santé.» Quant à l’histoire des loyers, une élue parle d’une «non-affaire», exagérée par les médias.

Et pourtant, pour plusieurs élus démocrates-chrétiens, la candidature de Viola Amherd a bel et bien du plomb dans l’aile. Et cette fragilité alimente les intrigues. L’idée que Gerhard Pfister (ZG), président du PDC, puisse se lancer in extremis est à nouveau évoquée. Et ce, quand bien même ce dernier a réaffirmé ce jeudi encore qu’il n’était pas candidat. «Il aurait l’étoffe et les compétences pour être conseiller fédéral, reconnaît un élu, qui ne le porte pourtant pas dans son cœur. Il n’est pas exclu qu’il surgisse dans la course comme le sauveur.»

Un scénario que Babette Sigg rejette. «J’ai du mal à croire qu’il change d’avis après avoir répété qu’il n’était pas intéressé.» Pour cet autre conseiller national il perdrait toute crédibilité. «D’autant plus que son parti cantonal vient de désigner un candidat en la personne du Zougois Peter Hegglin. Vous imaginez l’affront? Les membres du groupe PDC ne le retiendront jamais sur le ticket.»

Vers un candidat sauvage?

Le très libéral Gerhard Pfister peut-il dès lors devenir le candidat sauvage, dont certains rêvent à droite? «Les PLR qui joueraient à ce jeu-là risqueraient de menacer Karin Keller-Sutter, puisqu’on choisira d’abord le conseiller fédéral PDC, prévient un stratège démocrate-chrétien. Quant à l’UDC, il serait étonnant de la voir élire quelqu’un qui n’est pas sur le ticket officiel du groupe, alors qu’elle menace d’expulsion ceux qui – dans le parti – accepteraient une telle élection.» Cette piste abandonnée, il en est une autre avancée par plusieurs élus influents du PDC, mais aussi d’autres partis: Walter Thurnherr, l’actuel chancelier de la Confédération. On lui prête la même envergure et le même sens politique que Gerhard Pfister, mais avec un profil plus centriste. De quoi en faire le candidat idéal.

«La meilleure solution»

D’autant plus qu’il dispose d’un autre avantage indéniable: on ne pourrait pas vraiment le considérer comme un candidat sauvage. Sa fonction fait en effet qu’il ne peut pas se présenter sur le ticket officiel du groupe PDC – cela impliquerait qu’il démissionne séance tenante de sa fonction – il n’a donc pas besoin non plus d’être lancé par la section de son canton. Il y a d’ailleurs des signes qui ne trompent pas. Silencieux depuis quelques jours, ceux qui le mettent en avant retrouvent de la voix ces derniers jours sous la Coupole.

Le coup est-il jouable? «Si Viola Amherd n’y va pas, je voterai pour lui», confirme un PDC romand. «Il serait la meilleure des solutions pour le parti», affirme carrément un collègue. Ce conseiller national alémanique résume ainsi la situation. «Si le jour de l’élection le nom de Walter Thurnherr sort au premier tour avec suffisamment de voix, alors il y a de réelles chances qu’il devienne notre prochain conseiller fédéral.» (24 heures)

Créé: 18.10.2018, 17h19

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