Désormais, la grande muette ne parle plus que l’allemand

ArméeLes Romands sont absents des écoles militaires. Un phénomène qui illustre un repli sur la langue d’Ueli Maurer.

Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers, confie que la sous-représentation des Latins parmi les cadres de l’armée l’inquiète beaucoup. Selon lui, des raisons économiques et d’organisation, notamment, expliquent cet état de fait.

Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers, confie que la sous-représentation des Latins parmi les cadres de l’armée l’inquiète beaucoup. Selon lui, des raisons économiques et d’organisation, notamment, expliquent cet état de fait. Image: PHILIPPE MAEDER

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L’Académie militaire de l’Ecole polytechnique de Zurich (ACAMIL) a promu seize lauréats pour son cycle d’études 2009-2012. Parmi ces nouveaux officiers de carrière ne figure aucun Romand. «Un concours de circonstances, commente le brigadier de milice Denis Froidevaux, qui préside la Société suisse des officiers (SSO). Normalement, on en compte un ou deux par session.»

Mais le président de la SSO ne cache pas son inquiétude: «La sous-représentation des Latins est une immense préoccupation pour nous. Avec 20% de la population, ils devraient être cinq à sept dans chaque volée.» La porte-parole de la formation des cadres de l’armée n’a pas donné suite à nos demandes.

Denis Froidevaux explique cette absence des Romands de plusieurs manières. La restriction des effectifs et des budgets aboutit à une concentration sur la langue majoritaire. «Le plurilinguisme coûte cher, en argent et en temps, explique le brigadier. Il faut traduire la documentation, former des instructeurs francophones, organiser des cours en français…»

Armée XXI

L’introduction d’Armée XXI au début des années 2000 a aussi joué un rôle. «Il a été décidé que l’allemand serait désormais la langue de commandement», rappelle le président de la SSO. En outre, les structures régionales ont été démantelées pour être centralisées à Berne. D’où une germanisation grandissante des services.

Langue et déplacements

Enfin, les institutions de formation se trouvent en Suisse alémanique. L’ACAMIL, qui délivre un «Bachelor of arts EPF en sciences politiques» reconnu internationalement, est basée à Zurich. Le HKA (centre de compétences pour la formation au commandement), qui dispense des formations s’inscrivant dans le système de Bologne, a tissé des liens avec les hautes écoles de Lucerne et de Saint-Gall. «A ce stade, il n’y a rien de similaire en Suisse romande», regrette Denis Froidevaux.

«Comme Romand, il faut bien accepter cet état de fait et faire un effort supplémentaire, soupire le président de la SSO, car l’armée joue et doit continuer à jouer un rôle clé dans le mélange des cultures, des couches sociales et des langues. Personne ne le fera à sa place et il en va de l’avenir d’une Suisse une et indivisible.»

Comme le reste de la société, l’armée n’est pas épargnée par les difficultés du plurilinguisme. «La formation de la troupe est aussi touchée. Le principe selon lequel le soldat doit pouvoir faire son service dans sa langue est désormais remis en cause.»

Et de citer des armes techniques, où le français n’a plus sa place. «Les effectifs sont trop faibles pour que l’on organise encore des écoles de recrues à double, en allemand et en français», explique Denis Froidevaux. Les rares Romands qui s’y risquent sont soit de parfaits bilingues ou des éléments motivés, prêts à surmonter les obstacles culturels et à effectuer de longs déplacements.

Ce dernier facteur est sous-estimé. «Le Valais présente un des taux d’aptitude les plus bas alors que la population est en bonne santé et encore assez favorable à une armée crédible, relève Denis Froidevaux. Cela peut s’expliquer par le fait que le canton n’accueille plus d’école de recrues sur son territoire.»

Créé: 12.11.2012, 07h14

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