Le destin maudit des candidates PLR au Conseil fédéral

Succession BurkhalterAvant Isabelle Moret, plusieurs femmes PLR ont brigué un fauteuil de ministre. Mais depuis la démission d’E. Kopp, aucune n’a réussi. Retour historique.

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Isabelle Moret vaincra-t-elle le signe indien? Entre les femmes PLR et le Conseil fédéral, l’histoire est compliquée. Elle est surtout marquée par un traumatisme: l’affaire Elisabeth Kopp. Première femme à accéder aux fonctions suprêmes, la PLR zurichoise a été obligée de démissionner à la suite d’un scandale de délit d’initié. C’était en 1989. Depuis, il n’y a plus eu aucune ministre PLR.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Plusieurs libérales-radicales ont tenté leur chance, mais elles ont toutes trébuché. Parfois sur l’écueil de leur groupe, à l’image de Martine Brunschwig Graf; parfois sur celui de l’Assemblée fédérale, comme Christiane Langenberger, Christine Beerli, ou plus récemment Karin Keller-Sutter.

Le PLR a-t-il un problème avec ses femmes? «A l’exception du duel Burkhalter - Lüscher, le PLR a essayé à chaque fois ces dernières années de présenter un ticket avec une femme, rétorque Christa Markwalder (PLR/BE). On ne peut pas tirer de conclusions sur les derniers échecs. Ils résultent tous de circonstances particulières.» Et de citer par exemple l’attitude «hypocrite» du PS, qui se gausse d’être le défenseur de la parité mais qui n’a pas hésité à sacrifier Karin Keller-Sutter face à Johann Schneider-Ammann. «Il y a des agendas cachés et des calculs politiques qui entrent en ligne de compte», reconnaît Martine Brunschwig Graf. Mais pour celle qui fût la première conseillère d’Etat libérale du canton de Genève, le fait d’être une femme n’a jamais été un problème au sein de son parti.

Hors micro, d’autres sont moins tendres avec le PLR. «Lorsqu’il s’agit d’élire une femme, on trouve toujours une excuse pour dire que ce n’était pas le bon moment.» Certains élus profiteraient de l’idéologie libérale pour faire passer leurs idées machistes.

Parcours du combattant

Etre femme et faire carrière au PLR relève-t-il du parcours du combattant? «Les femmes bourgeoises doivent davantage se battre que les femmes de gauche pour faire reconnaître leurs compétences en politique, répond la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro. Elles doivent faire preuve de ténacité et de persévérance.» Et l’ancienne présidente des Femmes PLR d’ajouter: «N’oublions pas que les hommes sont largement majoritaires au parlement. Ils sont solidaires entre eux.»

Une autre élue témoigne: «Qu’on parle de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle ou d’égalité salariale, défendre les droits des femmes est systématiquement associé à un combat de gauchistes.» Cette expérience, Jacqueline de Quattro l’a vécue. «En tant que ministre en charge de l’égalité, je constate que ces problèmes sont considérés comme étant ceux des femmes et non pas ceux de la société. Certaines mentalités doivent encore évoluer.»

Cette situation pousserait même les femmes PLR – à l’image d’Isabelle Moret – à refuser de faire campagne sur leur sexe. «C’est un non-sens. Pourquoi le fait d’être Tessinois devrait être mieux accepté que le fait d’être une femme?, s’emporte une élue. Que ce soit la région ou le sexe, ce sont tous deux des quotas.»

Coller une étiquette

Quota, un mot honni au PLR, et qui explique cette retenue du parti à «favoriser» les femmes. Certaines sont pourtant prêtes à franchir le pas. «Si une femme n’est pas élue cette fois, nous pourrions imaginer un ticket uniquement féminin pour la prochaine vacance, explique Christa Markwalder. Nous en avons déjà discuté au sein du comité directeur des Femmes PLR.» Comment cela est-il accepté au sein du parti? «Ça rend nerveux, sourit-elle. Il y a des hommes ambitieux au PLR.»

Un ticket féminin pour assurer l’élection d’une femme, Martine Brunschwig Graf n’y croit pas. Ce n’est pas vraiment le genre de la maison, qui veut mettre en avant les meilleurs, indépendamment du sexe. Elle met aussi en garde ceux qui alimentent le débat sur la nécessité d’avoir des femmes au Conseil fédéral. «Ça dessert les principales intéressées, car ça revient à leur coller une étiquette. Ça les expose, en bien ou en mal.» Le parti doit mieux encourager les femmes à s’engager, en leur donnant des signaux positifs.

Mais d’aucuns rappellent que l’étiquette est déjà là. «Si Isabelle Moret échoue, on dira que ce sont les femmes qui ont à nouveau perdu. Ce discours, on ne le tiendrait jamais pour un homme.»


La défaite attendue

Christiane Langenberger

Elue conseillère nationale en 1995, la Vaudoise entre véritablement sur la scène nationale en 1998 avec sa candidature pour la succession du conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz. Elle fait une bonne campagne, est retenue sur le ticket du groupe, mais elle échoue devant l’Assemblée fédérale. Le siège reviendra finalement à Pascal Couchepin. Il faut dire que le Valaisan était le grandissime favori. Cette candidature dope sa carrière. L’année suivante, Christiane Langenberger est élue au Conseil des Etats. Et en 2003, elle est la première femme présidente du Parti radical suisse (la fusion entre radicaux et libéraux n’était pas encore effective).


La défaite surprise

Christine Beerli

Charismatique et talentueuse, pendant des années, la Biennoise Christine Beerli fait figure de favorite à la succession de Kaspar Villiger. Conseillère aux Etats du canton de Berne, elle est même présidente du groupe PLR au moment de sa candidature. Elle est logiquement retenue sur le ticket, mais échoue devant l’Assemblée. Lors d’un scrutin à haute tension, la majorité décide de porter l’Appenzellois Hans-Rudolf Merz au pouvoir. Pour certains, il s’agissait de calmer la colère de la Suisse orientale qui venait de perdre Ruth Metzler, déboulonnée par l’élection de Christoph Blocher. Christine Beerli est devenue vice-présidente du CICR.


La défaite tactique

Martine Brunschwig Graf

En 2009, lorsque Pascal Couchepin décide de quitter le Conseil fédéral, un nom revient régulièrement dans la salle des pas perdus: celui de Martine Brunschwig Graf. Elue sous les couleurs libérales, la conseillère nationale genevoise peut se targuer d’avoir siégé dans un Exécutif. Brillante et parfaitement bilingue, elle semble avoir toutes les cartes en main. Pourtant, elle est écartée du ticket officiel du parti. Son profil trop humaniste la rendait infréquentable aux yeux de l’UDC, allié indispensable du PLR pour faire barrage à la candidature du PDC Urs Schwaller. C’est Christian Lüscher qui est retenu, aux côtés de Didier Burkhalter. Martine Brunschwig Graf est aujourd’hui présidente de la Commission fédérale contre le racisme.


La défaite rageante

Karin Keller-Sutter

Avec Karin Keller-Sutter, les Femmes PLR avaient toutes les raisons d’y croire. Qui d’autre que la conseillère d’Etat saint-galloise pouvait prétendre à la succession de Hans-Rudolf Merz en 2013? La presse est enthousiaste: celle qui fut la très respectée présidente de la Conférence des directeurs de justice et police survole tous ses adversaires. Une main de fer dans un gant de velours. Mais la gauche décide de se ranger derrière Johann Schneider-Ammann. Le Bernois est élu. Pour beaucoup, les socialistes ne voulaient pas faire un «tel cadeau» au PLR. Karin Keller-Sutter a été élue depuis au Conseil des Etats. Son nom est à nouveau cité en tête de liste pour le Conseil fédéral lors de la succession de Johann Schneider-Ammann.

Créé: 25.08.2017, 07h00

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