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Les deux premiers Suisses morts sous les balles des djihadistes

Le Valais et la Confédération sont sous le choc après le décès de Jean-Noël Rey et de Georgie Lamon dans la prise d’otages de Ouagadougou.

La terrasse du Cappuccino, à Ouagadougou, où Jean-Noël Rey (en haut) et Georgie Lamon sont morts vendredi soir.
La terrasse du Cappuccino, à Ouagadougou, où Jean-Noël Rey (en haut) et Georgie Lamon sont morts vendredi soir.
EPA /Laurent Crottet

Il y a eu les deux attentats de Paris l’an dernier. Plus récemment, les attaques à Istanbul, à Bamako, à Jakarta. Des assauts visant les intérêts occidentaux, avec chaque fois des dizaines de morts, dont beaucoup d’Européens. Mais cette escalade macabre avait épargné la Suisse. Le deuil a cette fois rattrapé notre pays. Vendredi soir à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les Valaisans Jean-Noël Rey et Georgie Lamon sont tombés sous les balles d’une cellule terroriste d’AQMI, le groupe Al-Qaida au Maghreb islamique, lors d’une prise d’otages qui a coûté la vie à au moins 29 personnes. La notoriété des deux victimes a décuplé l’onde de choc dès samedi soir, quand leur identité a été dévoilée. Le président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, et le patron de la diplomatie, Didier Burkhalter, ont condamné l’acte terroriste «avec la plus grande fermeté». Dans la capitale, les drapeaux ont été mis en berne.

Nombreux hommages

Hier, les hommages aux deux victimes se sont multipliés. Christophe Darbellay, président du PDC suisse, a dit son incompréhension. Le socialiste Stéphane Rossini, président du National en 2015, sa compassion. Hubert Bonvin, ancien conseiller national PLR, sa colère. L’émotion est immense dans tout le Valais, qui perd deux anciens élus socialistes connus pour leur engagement au service de la communauté.

Jean-Noël Rey, 66 ans, directeur de La Poste de 1990 à 1998, a été un enfant terrible du PS valaisan. Le caractère trempé, manœuvrier, opportuniste, provocateur et dur en affaires, il s’était fait pas mal d’ennemis dans son camp, surtout dans le Valais romand. Il avait échoué en 2007 à se faire réélire pour un deuxième mandat de conseiller national, mais cette amère défaite ne l’avait pas abattu. Il avait rebondi en conduisant divers projets sociaux et culturels. Actif dans plusieurs associations, il présidait, parmi d’autres mandats, les Editions Les Arts. Cette tâche, assumée avec enthousiasme, le rendait heureux: il redécouvrait son canton d’une nouvelle manière et avait du bonheur à le valoriser par l’édition. Cette maison fondée à Sierre il y a vingt ans publie avec un succès croissant une foison de livres racontant des facettes inédites du Valais – sa culture, son patrimoine, sa poésie ou son patois.

Georgie Lamon, 81 ans, ancien député, a été la figure charismatique de l’intégration professionnelle des handicapés en Valais et aussi en Suisse romande. Diplômé en pédagogie curative, le Valaisan de Lens avait été le complice du Vaudois Claude Pahud, le fondateur de l’Ecole Pahud, qui a formé des centaines de travailleurs sociaux romands. «Georgie était la bonté et la générosité», témoigne Jean-Pierre Fragnière. Le professeur de politique sociale a été l’ami des deux victimes: «On a tué des bons au service des plus humbles. La colère et la peur s’expriment avec force en Valais.»

Georgie Lamon avait connu le Burkina Faso par le mariage de sa fille avec un Burkinabé. Il a alors fondé Yelen, une ONG pour laquelle il récoltait des fonds destinés à des projets éducatifs au Burkina Faso. Amis de longue date, Jean-Noël Rey et Georgie Lamon s’étaient rendus sur place dans un but humanitaire. Peu avant de périr sous les balles des terroristes sur la terrasse d’un restaurant de Ouagadougou, ils avaient inauguré la cantine d’une école ouverte par Yelen.

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Ouagadougou, entre le choc et les interrogations

«La situation que nous vivons est inédite», a déclaré le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré. De fait, le Burkina Faso était encore sous le choc hier après l’attaque de vendredi soir contre un hôtel et un restaurant de la capitale. Les forces de sécurité menaient des opérations de ratissage et les contrôles devant les hôtels ont été renforcés.

Les corps de trois terroristes – «deux à la peau blanche et un à la peau noire» – ont été identifiés, tous des hommes, selon le ministre de la Sécurité, précisant que les membres du commando étaient «très jeunes». Les enquêteurs cherchaient à vérifier les témoignages faisant état d’autres assaillants.

L’attaque a été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) au nom d’Al Mourabitoune, le groupe du djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar. Ce groupe a mené en novembre une attaque contre un hôtel de Bamako, au Mali, qui avait fait 20 morts.

Sur place, militaires et gendarmes tenaient à distance des badauds venus pour «pleurer nos morts et comprendre ce qui s’est passé», selon un chrétien de Ouagadougou, venu en compagnie d’un ami musulman. «Au Burkina, nous n’avons pas de problème religieux. On vit ensemble. Les djihadistes viennent d’ailleurs», a-t-il ajouté.

Plus loin, d’autres critiquent les forces de l’ordre. «Ils ont tardé à arriver», dit un homme. Selon des témoignages concordants, les militaires burkinabés ont mis plusieurs heures pour s’organiser. Les premiers hommes arrivés sur place – souvent de leur propre initiative – n’avaient pas d’armes ou seulement des pistolets. Selon des survivants, les assaillants étaient armés de fusils d’assaut AK-47. Les tirs ont duré «longtemps», a déclaré une Slovène. «Ils n’arrêtaient pas d’aller et venir. On pensait que c’était fini, et alors ils revenaient pour voir si les Blancs bougeaient et tiraient à nouveau sur eux.» Il a fallu une douzaine d’heures aux forces de sécurité, appuyées par les troupes françaises et américaines, pour venir à bout des assaillants samedi matin. L.AU./ATS

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