«Deux tiers des Suisses ne veulent pas d'OGM»

AgricultureLa coprésidente des Verts Adèle Thorens répond aux académies des sciences. Les scientifiques reprochent au parlement leur manque de confiance.

Adèle Thorens: «L'Académie des Sciences ne nous fait pas un peu plus confiance»

Adèle Thorens: «L'Académie des Sciences ne nous fait pas un peu plus confiance»

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Les Académies suisses des sciences ont adressé une lettre aux deux Chambres du parlement. Elles reprochent aux parlementaires de ne pas avoir pris suffisamment en considération les résultats du PNR59. Soit l’étude du programme national de recherche consacré à la modification génétique des plantes.

Pour mémoire, les deux chambres ont prolongé le moratoire sur les OGM jusqu’en 2017. Mais ensuite, le Conseil fédéral propose d’assouplir le régime lors de la révision de la loi. Les Verts brandissent d'ores et déjà la menace du référendum. Musique d’avenir… Actualité? La coprésidente des Verts Adèle Thorens, avec d’autres parlementaires, répond par une lettre ouverte aux Académies suisses des sciences.

24 heures - En quoi est-ce choquant que l’Académie des Sciences donne son avis?

Adèle Thorens - Ce n'est pas choquant. Ce que je regrette, c'est que l'Académie des Sciences ne nous fasse pas un peu plus confiance. Nous avons pris la décision de prolonger le moratoire sur la culture de plantes génétiquement modifiées en toute connaissance de cause et en tenant compte des résultats du PNR 59. Nous avons pris notre décision de manière fondée et démocratique, en fonction des données scientifiques et factuelles à notre disposition, mais aussi d'une série de choix de société qui nous ont menés jusqu'ici, conformément à la volonté des consommateurs et des citoyens de ce pays, à favoriser une production agricole de haute qualité, saine, transparente et durable.

Le système politique de milice permet cette participation de la société civile dans le débat politique. Non?

Oui, complètement d'accord mais, une fois encore, personne ne reproche à l'Académie des Sciences d'avoir une position.

Vous évoquez un manque de confiance des scientifiques envers la classe politique. Ne peut-on pas vous retourner la critique. Avec le moratoire, le politique dit clairement qu’il n’a pas confiance dans les milieux scientifiques?

Pas du tout. Le PNR 59 ne dit pas qu'il faut ouvrir les cultures suisses aux OGM. Il y a les résultats des études scientifiques, puis l'interprétation que l'on en fait et les conséquences que l'on en tire. L'Académie des sciences dit par exemple que le PNR 59 prouve que la culture de plantes génétiquement modifiées en Suisse serait rentable. Or ce n'est pas si simple.

En plus d’être un débouché pour les paysans, la production d’OGM n’interdit pas de rester en production traditionnelle!

Le scénario de coexistence le plus sûr, parmi ceux qui ont été testés, n'est justement pas rentable. Le PNR 59 le montre. Or seul un haut niveau de sécurité est acceptable aux yeux des consommateurs, des agriculteurs, mais aussi de la loi. De plus, les coûts pour les paysans souhaitant rester dans la filière traditionnelle ou bio n'ont pas été considérés, c'est un comble! Le PNR 59 montre enfin que deux tiers des Suisses continuent à ne pas vouloir consommer d'OGM. C'est pour veiller à ce que cette liberté soit encore possible à l'avenir, et pour respecter la stratégie de qualité actuellement mise en place pour assurer la compétitivité de notre agriculture, que nous avons décidé de prolonger le moratoire.

N’est-ce pas problématique et potentiellement très handicapant pour les milieux scientifiques suisses de devoir interdire certaines technologies?

La recherche est toujours autorisée dans le domaine génétique: le moratoire ne porte que sur la culture de plantes génétiquement modifiées vouées à la commercialisation. Il existe par ailleurs de nombreux autres domaines de la recherche où nous avons besoin de nous positionner scientifiquement. Demandez au FIBL (L'institut de recherche sur l'agriculture biologique) s'ils manquent de travail!

Le prolongement du moratoire ne préserve pas la population suisse de manger des OGM via des très nombreux produits importés. N’y a-t-il pas une espèce de malentendu qui permet à l’opinion publique de croire que les OGM n’entrent pas en Suisse?

C'est juste, il est actuellement possible de commercialiser en Suisse des produits contenant des OGM. L'information des consommateurs est vitale dans ce domaine. C'est pourquoi nous nous battons pour un étiquetage clair: la consommation de ce type de produits doit rester un choix. Quand on voit la difficulté de séparer les différentes filières, ainsi que les cas de fraudes qui ont éclaté récemment dans le domaine alimentaire, on est en droit de s'inquiéter. La meilleure solution reste d'acheter, au plus près des producteurs, des produits frais et locaux, dont la traçabilité est assurée. (nxp)

Créé: 19.03.2013, 10h23

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