Deux UDC en délicatesse avec la norme antiraciste

JusticeJean-Luc Addor a été condamné pour discrimination raciale. Erich Hess, lui, devrait éviter les tribunaux.

Les deux conseillers nationaux UDC Jean-Luc Addor (à g.) et Erich Hess ne sont pas jugés à la même enseigne puisque le second pourrait bien profiter d'une immunité.

Les deux conseillers nationaux UDC Jean-Luc Addor (à g.) et Erich Hess ne sont pas jugés à la même enseigne puisque le second pourrait bien profiter d'une immunité. Image: Keystone

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L’UDC n’aime pas la norme pénale antiraciste, et ces derniers jours, elle lui donne du fil à retordre. Deux de ses conseillers nationaux en savent quelque chose.

Ce jeudi, c’est le Valaisan Jean-Luc Addor qui a été reconnu coupable de discrimination raciale. Son tort? Après une fusillade dans une mosquée saint-galloise, il a écrit «On en redemande!» sur Twitter et Facebook. Une façon ironique, selon lui, de dénoncer l’inaction du monde politique et du système judiciaire face à la criminalité liée à l’immigration. Ecartant cette explication, le Tribunal du district de Sion lui a infligé une peine de 60 jours-amendes avec sursis, ainsi qu’une amende de 3000 francs.

Jean-Luc Addor fera-t-il recours auprès du Tribunal cantonal? Marc Bonnant, son avocat, ne l’exclut pas. Le Genevois a déjà fustigé le verdict des juges de Sion, les accusant «d’appliquer la charia sans le vouloir, car ils interdisent la critique de l’islam».

«Erich Hess pourra faire valoir son immunité, en expliquant que ses propos ont été tenus dans le cadre de sa fonction politique»

Les faits remontent à août 2014, soit un an avant l’élection de Jean-Luc Addor au Conseil national. Une précision importante. Si le Valaisan avait siégé sous la Coupole, il aurait pu profiter d’une immunité. C’est cet élément qui permettra sans doute à Erich Hess de se tirer d’affaire. L’UDC a aussi une plainte sur le dos. Lors d’un débat au parlement de la ville de Berne sur la Reitschule, le conseiller national a parlé de «nègres qui dealent». Les jeunes Verts et la Jeunesse socialiste l’accusent de racisme. L’intéressé réfute toute connotation offensante.

«Est-ce qu’il devra répondre à la justice? Je ne pense pas», réagit Yves Nidegger (UDC/GE). «Erich Hess pourra faire valoir son immunité, en expliquant que ses propos ont été tenus dans le cadre de sa fonction politique. Je ne pense pas qu’il y ait une majorité pour lever cette immunité, puisqu’elle vise justement à assurer la liberté d’expression des élus.» Et de s’interroger. «L’Allemagne ayant eu une histoire coloniale réduite. Le terme en allemand est-il autant associé à un discours de haine qu’en français?»

Voilà qui fait bondir Lisa Mazzone (Verts/GE). «Le message d’Eric Hess est d’associer une couleur de peau à la délinquance. C’est inacceptable. Il y a une limite à la liberté d’expression, celle du respect de la dignité. Il existe des droits fondamentaux, dont le principe de non-discrimination, qui sont inscrits dans la Constitution.» Favorable à une levée de l’immunité, elle estime qu’on ne doit pas transiger avec le racisme. «D’autant plus vis-à-vis d’un élu du peuple dont les propos sont diffusés.»

«Ce n’est pas le mot qui pose problème, mais l’intention et le contexte»

Reste une question de fond: quand l’utilisation du mot «nègre» est-elle condamnable? Durant l’entre-deux-guerres, des écrivains francophones noirs ont développé un courant intitulé «négritude». Le terme a été créé par le poète et homme politique français Aimé Césaire. Il souhaitait ainsi se placer du côté du ressenti des personnes de couleur noire. Un mouvement lié à l’anticolonialisme. On peut également citer L’Amour nègre, roman de l’auteur vaudois Jean-Michel Olivier. Deux exemples, où le terme nègre n’est connoté de façon raciste.

Y a-t-il deux poids, deux mesures? «Ce n’est pas le mot qui pose problème, mais l’intention et le contexte», répond Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme. L’utilisation du mot nègre ne peut être assimilée à une violation de la norme pénale sur le racisme que si elle est formulée pour attiser les émotions ou la haine. S’il est adjoint à un autre qualificatif, il peut s’agir d’une atteinte à la dignité humaine.

Condamnation ou pas, cette affaire fait penser à une déclaration d’Ueli Maurer lorsqu’il était président de l’UDC. «Tant que j’utilise le mot nègre, les cameras restent sur moi.» (24 heures)

Créé: 17.08.2017, 19h50

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