«La disparition des Verts? C’est une plaisanterie!»

PolitiqueA la tête des Verts, Adèle Thorens reste zen dans la mauvaise passe de son parti. Elle mise sur les valeurs qui ont fait son succès.

«Mobilisons-nous pour nos valeurs», dit la coprésidente des Verts suisses Adèle Thorens.

«Mobilisons-nous pour nos valeurs», dit la coprésidente des Verts suisses Adèle Thorens. Image: ODILE MEYLAN

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Le soir des élections zurichoises, qui ont vu les Verts perdre six sièges au Grand Conseil, un journaliste a demandé: «Les Verts vont-ils mourir?» La coprésidente du parti suisse Adèle Thorens n’en perd pas son sourire. A ce scénario «farfelu» et à ceux qui rangent déjà les Verts en enfer, la Lausannoise réplique par le sarcasme: «Les radicaux n’ont-ils pas reculé pendant vingt ans sans disparaître?»

A la veille du congrès que les Verts suisses tiennent samedi à Renens, Adèle Thorens souligne que son parti conserve huit conseillers d’Etat et, dans tous les cantons, plus de députés que les Vert’libéraux et le PBD réunis.

Pas question, pourtant, d’enfouir la tête sous le sable. «La conjoncture nous est défavorable», analyse Adèle Thorens. Le vent a brusquement tourné. Le double oui à la Lex Weber, puis à la loi sur l’aménagement du territoire avait témoigné d’un alizé favorable aux Verts. Leurs critiques de la croissance à tous crins trouvaient un certain écho dans une Suisse prospère, sûre d’elle et attachée à son patrimoine. L’irruption d’une sournoise incertitude économique a tout balayé. Le franc fort, la crise en Europe et les nuages accumulés sur la libre circulation des personnes marginalisent le petit parti. «Le moment est à la sauvegarde des acquis alors que les écologistes, confiants dans les technologies propres et les comportements responsables, prônent l’innovation pour changer la société», explique la coprésidente romande.

Ce coup de froid se paie cash. En 2015, les Verts ont reculé à Bâle-Campagne, à Lucerne et à Zurich. Leurs espoirs de progresser au Tessin, avec leur campagne sociale agressive contre le dumping salarial, ont été douchés. Leurs performances contrastées dans les communes genevoises ne rassurent pas: des succès dans les Exécutifs contrebalancent un léger recul dans les parlements locaux. Insuffisant pour prétendre inverser la tendance en octobre lors des élections fédérales. Les sondages, moroses, leur prédisent un recul d’un point. Le poids des Verts baisserait à 7,3%, contre 8,5% en 2011. Trois à six sièges sont menacés, calculent leurs stratèges.

L’esprit pionnier

Que faire? Adèle Thorens reste zen – «surtout ne pas paniquer» – mais combative. «Notre force, c’est notre crédibilité sur les thèmes de l’environnement et la durabilité. Mobilisons-nous et vendons mieux nos idées.» L’étude GfS du politologue Claude Longchamp montre que les citoyens attribuent aux Verts un maximum de compétences quand des crises écologiques sont à l’ordre du jour. Le parti serait-il condamné à profiter des convulsions de la Terre? Surtout pas, dit Adèle Thorens: «Comme au siècle passé, nous devons être des pionniers. C’est notre responsabilité de lancer de nouveaux thèmes.» Un exemple? «Les atteintes à la diversité biologique, un enjeu mondial méconnu qui affecte l’avenir de nos activités économiques et de notre alimentation.» Mais ces sujets sont ardus et peu populaires.

Un équilibre des courants

S’ajoute le fait que les Verts sont réticents à chevaucher la vague populiste. «On nous reproche d’être trop sérieux, trop corrects, trop respectueux de la démocratie. On croit rêver!» s’agace Adèle Thorens. Sa ferme intention est de continuer à défendre un parti de valeurs. Et à serrer les rangs.

La création des Vert’libéraux a poussé chaque courant au sein des Verts à se radicaliser. L’aile sociale de gauche, les intransigeants sur l’écologie, les réalistes qui valorisent le travail gouvernemental: ça tire à hue et à dia. «La recette est dans un bon équilibre. Nous devons avoir un toit large sous lequel nos sensibilités cohabitent en harmonie.»

Quant à un rapprochement avec les Vert’libéraux, l’idée divise. «La question n’est pas à l’ordre du jour même si le travail en commun a été renforcé sur certains dossiers», précise la coprésidente. Elle reviendra sans doute après octobre. Les résultats des fédérales seront cruciaux.

(24 heures)

Créé: 22.04.2015, 20h44

Les bons points qui remontent le moral

A côté des blessures électorales, il y a aussi des victoires: quelques votations gagnées sur des sujets
de proximité (logement, aménagement de quartier, mobilité). Au Parlement fédéral, les Verts souffrent de la comparaison face aux socialistes qui leur volent la vedette sur
des thèmes majeurs (l’énergie). Un parti inutile? Pour contrer ce refrain à la mode, Adèle Thorens dit que les Verts peuvent progresser: «Nous devons mieux vendre nos idées, mieux profiler ce qui nous distingue des socialistes, même si nous travaillons bien ensemble.» Comme cette semaine à la commission du Conseil national où siège la Vaudoise. Des arbitrages «favorables à l’écologie industrielle» ont été rendus dans un sens qui satisfait les Verts. Le parlement prépare la révision de la loi sur la protection de l’environnement, un contre-projet à l’initiative des écologistes pour une économie verte. Dans un contexte pénible, le peu que l’on grappille met
du baume sur les plaies.





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