La diversité des médias s'appauvrit en Suisse

ÉtudeL'étude Annales 2019 sur la qualité des médias, de l'institut fög, de l'Université de Zurich, fait le point sur la consommation des médias à l'heure des réseaux sociaux.

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Les transformations du paysage médiatique suisse inquiètent, du point de vue démocratique, selon une étude publiée lundi. L'importance croissante des plateformes numériques mondiales, comme Google ou Facebook, est au cœur de ces transformations.

Les «surfeurs mondiaux» s'intéressent aux informations, mais peu aux nouvelles nationales et locales, indique l'étude Annales 2019 sur la qualité des médias, de l'institut fög, de l'Université de Zurich. Pourtant, de telles informations régionales sont nécessaires pour l'exercice de la démocratie.

L'importance accrue des services de messagerie, comme WhatsApp, a aussi un impact, du point de vue démocratique. Cette tendance des messages personnels favorise la privatisation des débats sur la société. Les incivilités et la désinformation peuvent aussi circuler plus facilement et plus secrètement à travers ces services de messagerie.

Reste qu'en Suisse la désinformation, comparativement à d'autres pays, semble moins présente. Selon un sondage, seuls 27% des répondants ont déclaré y avoir été confrontés.

Journalisme d'information sous pression

Le passage de la publicité de la presse traditionnelle aux supports numériques affaiblit pourtant le journalisme d'information, notent les auteurs de l'étude. En 2017, Google revendiquait 67% de l'ensemble du marché de la publicité en ligne, soit bien plus que la totalité de l'argent de la publicité gagné par les diffuseurs de médias suisses.

Ces plateformes numériques sont des sources d'information «souvent», voire «très souvent», employées par les utilisateurs. Les journaux papier par abonnement pâtissent le plus de ce nouvel usage: leur part de consommation a baissé de 56 à 32% en l'espace de dix ans.

Sur les réseaux sociaux, le divertissement et les relations sociales priment sur l'information: près de 63% des personnes interrogées privilégient les relations sociales et consomment les nouvelles «au passage». Près de 39% préfèrent avant tout le divertissement et ne regardent aussi les nouvelles que d'un œil.

Les personnes qui ont une consommation d'informations inférieure à la moyenne sont appelées «indigents médiatiques», indiquent les chercheurs. Dans la population suisse, quelque 36% des personnes sont considérées comme tel. Le pourcentage s'élève à 56% chez les 16-29 ans.

Moins enclins à payer pour de l'information

Malgré le poids des plateformes numériques, les médias traditionnels jouissent d'une plus grande confiance (47%) que les moteurs de recherche (29%) ou les réseaux sociaux (17%). Les jeunes, les plus grands usagers du numérique, se méfient le plus des nouvelles sur les réseaux sociaux (62%).

En revanche, la jeune génération n'est pas prête à payer pour de l'information. À choisir entre un abonnement journalistique et une offre de divertissement, 4% des jeunes âgés entre 18 et 24 ans choisiraient la première option, tandis que 83% d'entre eux préféreraient payer pour la deuxième option.

Tous âges confondus, seuls 11% des utilisateurs déclarent payer en 2019 pour des informations disponibles numériquement. L'étude fög indique que les personnes qui n'accèdent pas directement à des sites d'information sont moins enclines à payer pour des informations.

Une diversité des médias qui baisse

L'étude mentionne encore que la concentration structurelle des médias continue de s'accentuer. Sur le marché de la presse, elle s'élevait à 83% en 2018 en Suisse alémanique. En Suisse romande, cette concentration était encore plus marquée, avec un taux de 89%. Sur le marché en ligne, la même tendance a pu être observée.

Une concentration des médias est aussi à relever au niveau du contenu. Les coopérations éditoriales sont à l'origine de cette transformation, qui réduit la diversité des sujets et des opinions. Les chercheurs soulignent toutefois avec optimisme le développement de nouveaux médias, comme «Republik», «Micro» ou «Heidi.news».

Cette concentration des médias affecte aussi leur qualité. Si celle-ci reste élevée au niveau du professionnalisme, les auteurs de l'étude relèvent en revanche que la qualité baisse sur les plans de la diversité et de la mise en perspective des sujets traités. (ats/nxp)

Créé: 14.10.2019, 12h01

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