Doris Leuthard déclare la guerre aux cantons alpins

BarragesLa Ministre suscite un tollé en abaissant la redevance hydraulique. Le consommateur sera-t-il le dindon de la farce?

Doris Leuthard estime que les collectivités publiques doivent également faire un effort pour aider l'hydraulique.

Doris Leuthard estime que les collectivités publiques doivent également faire un effort pour aider l'hydraulique. Image: Keystone

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«Pas question de toucher à la redevance hydraulique tant que les Villes et les Cantons du plateau n’auront pas renoncé à leurs dividendes!» Vice-président du PDC, le Valaisan Yannick Buttet est en colère. Il en veut à sa conseillère fédérale Doris Leuthard accusée de manquer de respect à l’égard des régions périphériques. Une forme d’arrogance urbaine.

L’origine de ce courroux? Un projet de loi du Conseil fédéral qui propose de faire baisser la rémunération que les exploitants des barrages doivent verser aux collectivités publiques pour l’utilisation de leur eau. Réagissant à la chute des prix de l’électricité, Doris Leuthard propose de faire passer la redevance hydraulique maximale de 110 francs par kilowatt théorique à 80 francs pour la période 2020-2022. Cantons et Communes devraient ainsi perdre 150 millions par année. Mais ce n’est pas tout. Le Conseil fédéral compte aussi sur une révision du système à partir de 2023. Le but est d’introduire une part variable liée au marché, tout en maintenant une part fixe.

Déclaration de guerre

Consciente de l’importance de cette manne financière, Doris Leuthard a défendu un compromis. «Cette redevance est légitime, et il n’est pas question de la supprimer. Mais il faut tenir compte des difficultés d’un secteur qui doit rester compétitif. Les exploitants doivent faire des efforts, les collectivités aussi. Les régions de montagne ont intérêt à soutenir ces modifications. Avec la sauvegarde des barrages, ce sont des places de travail et des impôts qui sont en jeu.»

Des propos qui résonnent comme une déclaration de guerre dans les vallées. Pour le Valais - canton qui touche le plus de redevance - la perte reviendrait à 41 millions. Le Gouvernement parle d’une «proposition inacceptable, et d’efforts disproportionnés qui péjorent de manière significative la situation financière des collectivités publiques.»

A l’autre bout de l’arc alpin, la grogne est palpable aussi aux Grisons, où le conseiller national Martin Candinas (PDC) rappelle que la redevance n’est pas un acte de solidarité. «Les exploitants paient pour l’utilisation d’une ressource. Si on réduit les montants, on va appauvrir des régions qui ne sont déjà pas très attractives. Elles deviendront plus dépendantes encore de la péréquation financière. Sans compter que les collectivités sont plongées dans l’inconnu pour l’après 2023.»

«Les exploitants paient pour l’utilisation d’une ressource. Si on réduit les montants, on va appauvrir des régions qui ne sont déjà pas très attractives»

Plus mesurée, mais tout aussi remontée, la Conférence des cantons alpins parle d’une mesure «arrosoir» qui repose sur une «hypothèse erronée». Pour son président le Tessinois Christian Vitta, la démarche du Conseil fédéral ne suscite pas enthousiasme. «On veut faire payer aux seuls cantons de montagnes l’assainissement de l’ensemble de la branche, alors que les problèmes qui touchent les exploitants ne sont pas liés à la redevance, mais à la volatilité des marchés et au subventionnement massif du renouvelable.»

Face à la fronde, la Ministre de l’énergie peut compter sur les exploitants soulagés par ce bol d’air financier. «Nous sommes ouverts à toute proposition visant à renforcer l’hydraulique», réagit Aline Elzingre-Pittet, porte-parole d’Alpiq, qui rappelle que cette solution doit aider les producteurs qui ne peuvent pas répercuter leurs coûts sur le consommateur final. «Le Conseil fédéral ne dit pas qu’il ne faut plus payer pour l’eau, il propose de diminuer les montants, ajoute de son côté Benoît Genecand (PLR/GE). En descendant à 80 francs, on retrouve en fait le niveau de 2011, ce qui me paraît raisonnable.»

Victime collatérale

Ces réactions très contrastées s’expliquent par le fait que les enjeux et leurs portées sont très différents d’une région à l’autre. «La Confédération doit tenir compte de tous les cantons, or ils ne sont pas tous sur un pied d’égalité dans ce domaine, reconnaît la conseillère d’Etat Vaudoise Jacqueline de Quattro. Certains cantons dits «hydrauliques» seraient très impactés par l’abaissement de la redevance, ce qui ne serait pas autant le cas de Vaud qui n’applique pas dans l’état actuel le taux maximal. Dans le même temps, plusieurs cantons sont propriétaires de sociétés hydrauliques, des sociétés qui sont, elles, très affectées par le niveau des prix actuels de l’électricité.»

Cette guerre d’intérêts pourrait bien faire une victime collatérale: le consommateur. Alors que Doris Leuthard évoque de légères baisses de prix en cas d’adoption de la révision, Yannick Buttet affirme que les Suisses seraient tout à fait prêts à payer plus pour une énergie «propre, indigène et souple». «Faire payer la facture au consommateur, c’est de plus en plus souvent la voie utilisée quand on bloque sur un dossier, craint Benoît Genecand. Nous devrons nous battre pour l’empêcher.»

Créé: 22.06.2017, 17h42

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