Le dossier européen s’invite sur le Grütli

1er aoûtLa traditionnelle Fête nationale s’est tenue sous haute sécurité et en présence du président, Alain Berset. Reportage.

Malgré la chaleur étouffante, Alain Berset, président de la Confédération n'a pas tombé la cravate sur le Grütli.

Malgré la chaleur étouffante, Alain Berset, président de la Confédération n'a pas tombé la cravate sur le Grütli. Image: Keystone

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Elle avait mis un T-shirt rouge arborant fièrement une croix blanche. «Je rêvais d’assister une fois au moins dans ma vie à un 1er août sur le Grütli.» Avec son amie Anne-Lise, Catherine a fait le déplacement depuis Lausanne. Inès et son mari, Patrick, sont venus de plus loin encore: Genève. «On voulait connaître la Fête nationale au cœur de la Suisse.» Comme plus de 1600 personnes, ces quatre Romands ont assisté aux festivités sur cette petite plaine qui domine le lac des Quatre-Cantons.

Sur le bateau qui part de Brunnen (SZ), les participants s’émerveillent de l’eau couleur émeraude, et des sommets alentour dont certains sont encore teintés de neige. À peine débarqués sur le microscopique port du Grütli, les cors des Alpes ajoutent le son à ce décor de carte postale. «Ça fait chaud au cœur», lâche Catherine.

Mais derrière le côté bucolique du lieu se cache une autre réalité: la sécurité. Elle est discrète, mais elle est partout. Des policiers par dizaines. Pour venir ici, il faut au préalable avoir commandé un ticket sur Internet. Sur le quai, les documents d’identité sont scrutés de près, et les sacs fouillés. «C’est devenu une nécessité, justifie Jean-Daniel Gerber, président de la Société suisse d’utilité publique (SSUP) qui gère le site. Heureusement, ces dernières années, il n’y a plus eu de problème.»

La culture du compromis

Tel n’avait pas toujours été le cas. En 2005, plusieurs dizaines de militants d’extrême droite avaient semé la pagaille en huant le conseiller fédéral Samuel Schmid. L’année suivante, les premières mesures de sécurité étaient prises par la SSUP. Ce qui n’avait pas empêché un pétard caché dans le sol d’exploser sur le site en 2007. L’incident survenu après le discours de Micheline Calmy-Rey, avait obligé la conseillère fédérale à quitter précipitamment le périmètre.

Rien de tel cette année. Alain Berset, président de la Confédération, a tenu son discours sans problème. Et malgré la chaleur étouffante, c’est en costard-cravate qu’il s’exprime. «C’est une question de respect envers les institutions», souligne-t-il.

Devant la foule, le Fribourgeois vante la culture du compromis. N’oubliant pas ses origines socialistes, il rappelle l’importance de l’égalité des chances. «Les sociétés qui donnent à chacune et à chacun de bonnes chances de formation et d’emploi sont plus compétitives que celles qui laissent leur potentiel inexploité.» Revêtant son costume de ministre de l’Intérieur, il précise que la prévoyance vieillesse et le système de santé ont besoin eux aussi de bons compromis.

Le rôle de l’intégration

Mais sur ce lieu mythique de la Suisse, ce sont ses déclarations «élogieuses» sur l’Europe qui surprennent. «Malgré les problèmes de l’euro, le chômage et la migration, la situation en Europe a rarement été aussi bonne», relève-t-il. Il rappelle encore les intérêts économiques qui unissent les deux pays, et le rôle qu’a joué l’intégration européenne dans la paix qui prévaut sur le continent. «Les compromis valent aussi dans les relations extérieures. C’est grâce à eux que les relations entre la Suisse et l’Union européenne fonctionnent.» De quoi plaire à l’ambassadeur de l’UE en Suisse, Michael Matthiessen, présent sur place (voir encadré).

La foule applaudit. La plaine se vide. Au moment de quitter le Grütli, un bateau croise le port. Arborant un énorme drapeau suisse à l’arrière, il porte le nom «Europe» sur son flanc. Comme un parallèle de cette journée. (24 heures)

Créé: 01.08.2018, 20h23

1er Août sous le signe de la cohésion

Cette année, les festivités étaient placées sous le thème de la cohésion et présentaient une nouveauté, l’interprétation des discours et de l’hymne national en langue des signes.

Comme les années passées, l’hymne a été chanté à deux reprises, une fois dans sa version classique et une fois avec les nouvelles paroles («Sur fond rouge, la croix blanche...«). Cette année quelque 150000 personnes , autant que d’habitude, selon l’Union suisse des paysans, ont pris la direction de l’une des quelque 360 exploitations proposant un brunch à la ferme.

Plusieurs conseillers fédéraux ont également pris part à ce qui est devenu une véritable institution: Simonetta Sommaruga à Münsingen (BE), Johann Schneider-Ammann à Hergiswil am Napf (LU) et Doris Leuthard à Villmergen (AG).

Seul Ueli Maurer, à l’étranger, ne participait pas aux festivités cette année.
(ats)

«La Suisse et l’UE ont intérêt à collaborer»

Ambassadeur de l’UE en Suisse, Michael Matthiessen faisait partie des invités de la Fête nationale sur le Grütli.



Qu’est-ce que cela vous fait de célébrer le 1er Août ici?

Je me réjouis beaucoup. Avant de venir, j’ai un peu étudié l’histoire et les mythes qui y sont attachés. C’est un lieu symbolique. Il y a un côté émouvant à être ici. Comme ambassadeur en Suisse, c’est important d’être présent. L’an passé, j’étais en béquilles, et n’avais pas pu venir. C’est donc une première pour moi.

Ce lieu vous inspire-t-il alors que la Suisse négocie un accord-cadre avec l’UE?

Ici, nous sommes au cœur de la Suisse, mais aussi au cœur de l’Europe. L’Union européenne, ce n’est pas toute l’Europe. Certains pays comme la Suisse n’en sont pas membres. Mais nous pensons – comme le Conseil fédéral d’ailleurs – que c’est le bon moment de faire un upgrate de nos relations.

La Suisse peut-elle garder son indépendance en signant un accord-cadre?

J’ai un passeport du Danemark. Je viens d’y passer quinze jours en vacances avec mon épouse. Aujourd’hui, je porte une cravate rouge sur une chemise blanche. Ce sont les couleurs de la Suisse, mais aussi du drapeau danois. Le Danemark a gardé son indépendance. Il a sa couronne – avec Sa Majesté la reine – et son gouvernement. Beaucoup de citoyens de l’UE se sentent Danois, Allemand, ou Chypriote, et en même temps Européens. On peut combiner les deux. Je respecte le choix de la Suisse de ne pas être dans l’UE, mais nous devons travailler ensemble, surtout dans un monde qui change et pas forcément dans la bonne direction. Nous avons les mêmes valeurs, nous commerçons pour des milliards, et la géographie ne va pas changer, alors collaborons.

Alain Berset a thématisé la culture suisse du compromis. Un compromis est-il possible avec l’UE?

L’UE aussi est le fruit de compromis. Regardez comment tout a commencé. La réconciliation franco-allemande, c’est un compromis. Nous étions six pays au début, il y en a 28 qui sont désormais autour de la table. On fait des compromis tous les jours. L’UE n’a pas la démocratie directe, mais elle est démocrate avec ses propres institutions. Le compromis n’est pas une spécificité helvétique.

Est-ce le bon moment pour trouver un accord?

Oui, et c’est la raison pour laquelle le Conseil fédéral aussi aimerait signer cette année. En 2019, il y aura des élections en Suisse, mais aussi dans l’UE. Ce sera donc difficile de négocier. Au sein de l’UE, les élections engendrent des changements, avec un nouveau Parlement, et une nouvelle Commission. Tout ça prend du temps.

Les conditions sont-elles réunies?

La possibilité de trouver un accord existe. Il y a un nouveau ministre des Affaires étrangères, avec M. Cassis, et un nouveau secrétaire d’État, avec M. Balzaretti. Depuis mars, il y a beaucoup de contacts à tous les niveaux. Récemment, M. Cassis a reçu le commissaire Johannes Hahn, responsable du dossier suisse. Il n’y a pas beaucoup de vacances pour les fonctionnaires suisses et européens cet été.

Les mesures d’accompagnement sont-elles la clé du problème?

C’est un des éléments. Ce qui est intéressant, c’est de constater qu’avant ce sont les juges étrangers qui posaient problème. Sur ce point, nous avons trouvé un compromis. C’est toujours ainsi dans une négociation. Il y a des solutions qui arrivent plus vite que d’autres.

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