Doubler le Gothard? Le combat reprend en force

RoutesLe tunnel routier du Gothard fête ses 35 ans. L’occasion d’une visite guidée organisée par les partisans d’un deuxième tube. Reportage.

L’embouchure du tunnel du Gothard à Göschenen, dans le canton d’Uri.

L’embouchure du tunnel du Gothard à Göschenen, dans le canton d’Uri. Image: Keystone

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Des embouchures de Göschenen et d’Airolo puis à Erstfeld, de long en large, jusqu’aux galeries latérales de sécurité. Le comité «Oui au tunnel de réfection au Gothard» conviait hier une poignée de journalistes à découvrir par eux-mêmes les dessous du tunnel du Gothard. Enjeu: les convaincre de la nécessité de doubler un tube aujourd’hui vieux de 35 ans.

Des représentants du TCS, de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), des cantons d’Uri et du Tessin ainsi que de la Chambre de commerce tessinoise sont du voyage. La visite commence à la centrale d’intervention de la police routière de Göschenen (UR), à l’entrée nord du tunnel du Gothard. Grâce aux caméras postées tous les 20 mètres, les agents surveillent bouchons, accidents ou chauffards. Le chef de la police routière d’Uri, Olivier Schürch, nous montre les vidéos des comportements dangereux d’automobilistes. Il y a ceux qui traversent la double ligne de sécurité, ou le cas «assez courant» de personnes dont le GPS semble indiquer qu’elles font fausse route.

Sur l’écran, un camping-car s’arrête sur la bande d’urgence pour effectuer un demi-tour effrayant, frôlant les véhicules circulant sur la voie inverse. «Ça aurait pu être pire, commente Olivier Schürch. On a déjà vu des gens qui sortaient leur table de pique-nique.»

La visite insiste d’abord sur les aspects sécuritaires. En face du centre d’intervention, une caserne de pompiers assure un service de piquet vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «Lorsqu’un camion brûle, il faut que nous puissions arriver avant que la chaleur ne devienne trop forte dans le tunnel, explique le commandant Beat Walther. Sinon, il nous est impossible d’approcher du feu et les dégâts sont considérables. » Or, la bande de secours du tube, construit selon les anciennes normes, est trop étroite pour laisser passer les camions de la caserne. «Nous sommes parfois obligés de slalomer entre les voitures, soupire Beat Walther. C’est dangereux pour tout le monde. »

Plus sûr pour tous
Les partisans du deuxième tunnel enchaînent. «Avec deux tubes, on roulerait dans chacun à sens unique. C’est bien plus sûr, argumente Gérard Métrailler, responsable politique et économie du TCS. Au Gothard, la majorité des morts sont dues à des collisions latérales ou frontales.»

Sans compter qu’en cas de problème dans un tunnel, la circulation pourra toujours être maintenue grâce au second. «Bien sûr, c’est une solution qui coûtera plus cher mais qui règle le problème une fois pour toutes, conclut Gérard Métrailler. Sinon, les mêmes questions vont se poser dans trente ans. » Le TCS ne croit pas en une hausse du trafic, grand argument de la partie adverse. «Le trafic marchandises est déjà sous-exploité à l’heure actuelle. Il n’y a aucune raison logique pour qu’il augmente», insiste Gérard Métrailler.

Peur de l’isolement
Le tour se poursuit de l’autre côté de la galerie, en terres tessinoises. Le président du Conseil d’Etat tessinois, Norman Gobbi, nous reçoit. Et se charge de rappeler la peur de l’isolement du canton: «Nous ne voulons pas faire partie de la Suisse uniquement en été!» Le slogan est vieux de 40 ans. «A l’origine, la construction de cette autoroute était une revendication politique du canton du Tessin», rappelle-t-il. A l’époque, la solution du ferroutage (ndlr. : charger les véhicules sur des trains)préconisée par les opposants au deuxième tube était pratiquée. «Cela ne fonctionnait déjà pas. Cela serait encore plus infernal avec la densité actuelle du trafic. »

«Le temps d’attente serait interminable», renchérit l’ancien conseiller national uranais PLR Franz Steinegger. Il désigne les prairies vertes qui s’étalent au pied des montagnes, à côté de la gare routière d’Erstfeld, où sont prévus les futurs sites de chargement. «Pour répondre aux besoins du trafic, il faudrait construire des stations de transfert d’une taille de dix terrains de football. Ce serait une catastrophe pour l’environnement. »

Sur la route du retour, un grand bouchon s’est formé sur la voie inverse. Le tunnel est fermé. Orchestration des organisateurs à l’intention des journalistes? Le hasard fait bien les choses. Enfin, dans ce cas-ci, surtout pour ceux qui voyagent vers le nord.

Créé: 05.09.2015, 10h54

Les opposants ont réponse à tout

Les opposants au deuxième tube n’ont pas non plus oublié le jubilé du tunnel routier. L’Initiative des Alpes mène aujourd’hui une action près de la Pierre du Diable, à Göschenen, pour rappeler ses arguments. «La nécessaire rénovation du tunnel routier est utilisée comme prétexte pour «vendre» au peuple un projet qu’il a déjà par deux fois refusé, martèle Isabelle Pasquier, coordinatrice pour la Suisse romande. Si un deuxième tunnel est construit, les quatre voies seront rapidement utilisées, entraînant une augmentation massive du nombre de camions, pas seulement au Gothard mais sur toutes les routes concernées liées au transit, avec des conséquences graves en termes de qualité de vie et de sécurité.»

Isabelle Pasquier rejette en bloc les arguments du comité pour. Non, l’installation de sites de chargement ne recouvrera pas l’équivalent de 22 terrains de foot. «Les infrastructures nécessaires sont estimées à 3,5 hectares, soit moins de cinq terrains de foot. Le trafic de transit peut être chargé à la frontière sur le rail. A Uri et au Tessin, il n’y a donc besoin de mettre en place que des terminaux pour voitures et pour le transbordement des camions.»

Les travaux d’assainissement du tunnel devraient permettre de combler les failles de sécurité, affirment les opposants, qui misent sur le transfert vers le rail. «Les nouvelles technologies d’aide à la conduite qui sont introduites excluent pratiquement tout risque de collision frontale», ajoute encore Isabelle Pasquier.

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