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La droite part à l’assaut du service civil

A Berne, la majorité bourgeoise du parlement tente de réduire par tous les moyens le nombre de civilistes afin de garantir les effectifs de l’armée.

Sans les civilistes, il faudrait revoir le fonctionnement de certains établissements sociaux.
Sans les civilistes, il faudrait revoir le fonctionnement de certains établissements sociaux.
KEYSTONE

Rien ne va plus avec le service civil. Ou plutôt, tout va tellement bien que son succès suscite des craintes. Tous ces civilistes sont autant de recrues qui manquent à l’appel. La saignée est telle qu’elle menace les effectifs nécessaires pour le roulement de l’armée.

«On fait une publicité incroyable pour inciter les jeunes à faire du service civil, et du même coup les décourager d’effectuer leurs obligations militaires. C’est devenu du grand n’importe quoi»
«On fait une publicité incroyable pour inciter les jeunes à faire du service civil, et du même coup les décourager d’effectuer leurs obligations militaires. C’est devenu du grand n’importe quoi»

«C’est la catastrophe», s’emporte Yannick Buttet (PDC/VS). Pour ce haut gradé, si le nombre de civilistes continue d’augmenter, il faudra revoir le DEVA (ndlr: la réforme de l’armée) que le parlement vient d’adopter, car il n’y aura plus assez de monde. «On fait une publicité incroyable pour inciter les jeunes à faire du service civil, et du même coup les décourager d’effectuer leurs obligations militaires, estime le conseiller national valaisan. C’est devenu du grand n’importe quoi. L’armée doit reprendre la main sur ce dossier.»

Et c’est bien ce qui est en train de se passer. Durant la session de mars, le Conseil national acceptait de faire passer le service civil du giron du Département de l’économie à celui de la Défense. «L’obligation de servir est militaire et liée à la sécurité, rappelle Raymond Clottu (UDC/NE). Alors que le service civil devait prioritairement résoudre le problème du refus de servir pour des motifs de conscience, il est devenu une alternative au service militaire.» Une alternative qui s’est peu à peu ancrée dans différentes structures. Sans les civilistes, il faudrait revoir le fonctionnement de certains établissements sociaux ou autres exploitations agricoles. Pour le Neuchâtelois, «le système a dérapé».

Retour de bâton

La nouvelle majorité bourgeoise fait du dossier un axe prioritaire. Un nouvel assaut contre le service civil est programmé ce jeudi à Berne. Le Conseil national débattra d’une motion de sa Commission de sécurité qui vise à dissuader les recrues ayant commencé leur service militaire de bifurquer du côté des civilistes. L’idée est de les pénaliser dans le décompte des jours de service accomplis. Compte tenu des majorités politiques, cette proposition a toutes les chances de passer. Mais elle sera sans doute retoquée par les Etats.

Pour comprendre cette croisade contre le service civil, il faut remonter en 2009, avec l’adoption du régime de la preuve par l’acte qui a dopé le nombre de civilistes. En 2013, le peuple rejetait toutefois l’initiative contre l’obligation du service militaire à 73%. Ce plébiscite en faveur du système de milice a renforcé la position des promilitaristes. La révision de la loi sur le service civil en 2015 visant à intégrer l’aide aux enseignants leur a ensuite offert un espace d’expression. Plus tard, l’adoption du DEVA a mis en lumière le risque d’un manque de soldats.

«Le problème de la droite, c’est le succès du service civil.» Pierre-Alain Fridez (PS/JU) n’est pas surpris de cet acharnement, mais il conteste le fait que les civilistes soient favorisés. «Ils doivent accomplir 1,5 fois plus de jours que les soldats. D’ailleurs, ceux qui bossent dans des écoles, des homes, qui aident les paysans ou travaillent dans la protection de l’environnement sont ceux qui rendent vraiment service au pays.»

Pour Lisa Mazzone (Verts/GE), il s’agit d’un retour de bâton. «La droite n’a jamais digéré l’idée d’un service de remplacement. Elle profite du DEVA pour revenir sur un acquis. C’est incohérent avec sa décision d’étendre les domaines de compétence. C’est mépriser l’engagement en faveur de la collectivité de tous les jeunes qui se tournent vers le service civil.»

A ceux qui brandissent la menace d’un manque d’effectifs, elle oppose notamment la mauvaise gestion du personnel au sein de l’armée. «80% des jours sont accomplis au service militaire, contre 98% pour le service civil.» Et rappelle que le DEVA prévoit une diminution conséquente de l’effectif. Aux pseudo-avantages du système, elle oppose l’argument que le service civil subit une pénalité injustifiée, puisqu’il dure plus longtemps. Pour elle, il y a un hiatus entre les aspirations de la population et la vision du parlement. «La droite devrait comprendre que le problème ne vient pas de l’intérêt du service civil, mais du manque de sens du service militaire.»

«Ce n’est pas le Club Med!»

L’armée n’est-elle pas assez attractive, ou est-ce le service civil qui l’est trop? «Dans le cadre du service civil, un ami a dû réaliser un projet informatique qui lui sera utile sur son CV, raconte Simon, jeune soldat qui hésite à quitter à son tour le service militaire. Quand on voit qu’il est possible de faire des missions à l’étranger, et que certaines activités peuvent être validées comme stage, le service civil donne envie.»

Face à cette concurrence, l’armée n’est pas restée les bras ballants. «Il y a eu une remise en question», assure Yannick Buttet. Et de citer l’introduction de crédits de formation pour les jeunes qui font de l’avancement, la reconnaissance de l’expérience militaire ou l’adaptation du service pour les jeunes en surpoids. «Mais il est clair que pour un soldat, les moments d’action sont moins nombreux que les moments d’attente. L’armée, ça ne sera jamais le Club Med! Se lever à l’aube, faire la garde par moins 20 degrés pour assurer la sécurité du Forum de Davos ne sera jamais comparable aux horaires de bureau d’un civiliste qui rentre chez lui chaque soir.»

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Armée versus service civil, ce vieux conflit gauche-droite est-il condamné à durer? Peut-être pas. Avec d’autres politiciens d’une droite plus «progressiste», Hugues Hiltpold (PLR/GE) s’était interrogé sur les possibilités de rendre l’obligation de servir plus attractive. L’idée d’un service citoyen – pour hommes et femmes – avait émergé. «Le vent n’était pas favorable aux changements», analyse-t-il aujourd’hui. Regrettant que l’on tente d’affaiblir le service civil par la bande, il préférerait que les choses soient dites clairement. Et de rappeler que c’est l’ancien conseiller fédéral radical Pascal Couchepin qui l’a mis en place. «Ce n’est pas une idée de gauche.»

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