L'échange de logements explose

VacancesPlusieurs sites proposent ce tourisme du partage. Ils connaissent le succès.

Alain et Brigitte Saunders, domiciliés à Goumoens-la-Ville, apprécient les échanges de de maison.

Alain et Brigitte Saunders, domiciliés à Goumoens-la-Ville, apprécient les échanges de de maison. Image: PATRICK MARTIN

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Si on échangeait nos logements pendant les vacances? Ce concept a été développé dans les années 1950 au sein d’une communauté de professeurs américains. Homelink, Homeforexchange, Intervac… De nombreux organismes proposent aujourd’hui ce service.

En Suisse aussi, les échanges sont en plein essor. La plate-forme GuestToGuest annonce une augmentation de 16,7% entre juillet 2014 et juillet 2015. Et même de 100% pour septembre. Autre exemple, Trocmaison.com (version française de HomeExchange.com) affiche une hausse de l’ordre de 15% d’année en année.

«C’est une histoire un peu folle»

«C’est une histoire un peu folle», s’exclame William Heinzer. En 2005, cet ancien rédacteur en chef du Téléjournal a cofondé TrocMaison: «Avec mon épouse, nous avons considéré cela comme un hobby du week-end… Mais cela a explosé: aujourd’hui, HomeExchange travaille avec 64 personnes. Et nous sommes passés de 6000 à 67'000 membres!»

Brigitte Saunders, de Goumoens-la-Ville, appartient à cette tribu. «Mon mari et moi avons des problèmes de santé: les médecins nous ont conseillé de rechercher la chaleur et le soleil en hiver.» Depuis 2013, le couple a logé chez des particuliers aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Australie… Il faut dire qu’il propose en échange sa propre maison ainsi qu’une résidence secondaire dans le Var très prisée. Du coup, les deux Vaudois croulent sous les demandes provenant d’Afrique du Sud, de Thaïlande, de Bali et même des Galapagos.

«C’est comme si vous étiez chez vous partout dans le monde»

Pourquoi ne pas louer leur résidence secondaire? «Je ne suis pas certaine que les gens seraient aussi respectueux, note Brigitte Saunders. Et puis, l’échange permet de voyager autrement. C’est comme si vous étiez chez vous partout dans le monde.» Surtout, il y a une notion de partage: «Nous essayons de passer un moment avec les gens qui viennent chez nous. Nous nous laissons des petites attentions, nous échangeons des conseils, nous croisons parfois les voisins… Il y a de belles rencontres, des liens se créent dans cette grande famille de voyageurs.»

Budget vacances allégé
Magali*, elle, est déjà partie quatre fois en France et en Italie avec GuestToGuest. «Ce système a beaucoup allégé le budget de nos vacances. Nous avons ainsi davantage d’argent pour d’autres activités, explique cette mère de trois enfants. Et puis, nous avons plus d’espace et de liberté qu’à l’hôtel. Avec des enfants, c’est plus simple.» En échange, la famille offre son cinq pièces situé au centre de Genève. Cette travailleuse sociale n’a jamais rencontré de problème. Mais il faut s’arranger: «A chaque fois que nous sommes partis, nous avons dû faire une vingtaine de demandes. Ensuite, il faut accepter d’être un peu excentré. Et cela demande de l’organisation, car il faut préparer ses valises et son appartement.»

Les hôtes ne risquent-ils pas de fouiller dans les armoires? S’ils ne laissent pas d’argent sur la table, les membres insistent sur la nécessité de faire confiance. «Le principal souci tient à des sensibilités différentes sur la propreté, précise Charles-Edouard Girard, directeur général de GuestToGuest. Notre rôle est de faire en sorte que les échanges se fassent entre des personnes qui se ressemblent suffisamment. Nous les encourageons à aborder toutes les questions, comme la cigarette ou les animaux, avant de se lancer.»

Economie du partage
Familles, retraités, grands voyageurs… Les profils varient notamment selon le site choisi. Cette solution a évidemment des avantages financiers. «Le budget vacances est réduit d’environ 50%, précise Alexandra Origet du Cluzeau, responsable des relations publiques chez HomeExchange. Ensuite, les chiffres varient selon le pays choisi. Et si l’on échange aussi sa voiture, le gain peut grimper jusqu’à 70%.»

Le concept se développe aussi dans le sillon de l’économie du partage. Une étude menée auprès de 46000 membres de HomeExchange par l’Université de Bergame a montré que 62% ont suivi des études supérieures. Ils touchent vraisemblablement un bon salaire. Ces personnes ont d’autres particularités: le commerce équitable compte beaucoup pour 63% d’entre eux, l’alimentation bio pour 73%. Et lorsqu’elles ne voyagent pas, 59% de ces personnes sont impliquées dans des associations de proximité, de soutien à l’éducation, de défense du patrimoine ou caritatives.

* Prénom d'emprunt (24 heures)

Créé: 27.08.2015, 13h16

Dossiers

Comment ça marche

L’échange de maisons se fait sans tractation financière. Pour tourner, la société HomeExchange, qui annonce un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros, demande une cotisation annuelle de 150 francs à ses membres. GuestToGuest, pour sa part, perçoit une commission sur deux services proposés aux membres - une assurance et la possibilité de verser une caution.

Mer, montagne, ville, échange de studios ou de villas… Pour que chacun trouve l’objet de son désir, il faut un certain nombre de participants. Combien? Les choses dépendent apparemment du type de membres et de la façon de les compter. Alexandra Origet du Cluzeau place la limite à 30000 personnes actives. «Pour l’heure, nous avons 150000 membres. Pour que le système fonctionne vraiment bien, il en faudrait 2 à 3 millions, estime pour sa part Charles-Edouard Girard, directeur général de GuestToGuest. Aujourd’hui, nos membres doivent faire 20 à 25 demandes avant de trouver un lieu de vacances: nous souhaiterions réduire ce chiffre à dix.»

Pour ne pas se limiter aux échanges réciproques, GuestToGuest a développé un système de points: les membres en reçoivent quand ils prêtent leur logement, et peuvent les réutiliser n’importe quand et n’importe où. Trocmaison veut aussi dépasser le concept bilatéral. Une sorte de passeport, dont les détails ne sont pas encore fournis, verra le jour en fin d’année.

Et les hôtels, comment jugent-ils cette concurrence? Beat Waldmeier, porte-parole d’Hôtelleriesuisse, voit plutôt ses échanges non-commerciaux comme un complément à l’offre classique. Et la possibilité d’attirer des touristes qui, autrement, ne viendraient pas en Suisse. «Nous n’effectuons pas suffisamment de nuitées pour réellement inquiéter les hôteliers traditionnels», considère Charles-Edouard Girard.

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