Écologistes et paysans se déchirent sur les pesticides

EnvironnementLe National débat la semaine prochaine de deux textes qui bouleverseraient l’agriculture suisse. Le PLR détient les clefs du vote.

Les milieux agricoles combattent activement les deux initiatives qui portent sur les pesticides.

Les milieux agricoles combattent activement les deux initiatives qui portent sur les pesticides. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La problématique des pesticides s’apprête à empoisonner les discussions sous la Coupole. Mercredi et jeudi, le Conseil national débattra de deux initiatives populaires qui veulent drastiquement limiter l’usage de produits phytosanitaires. Cette semaine, le ton est monté d’un cran entre Verts et agriculteurs. La pierre d’achoppement? La nécessité – ou non – de présenter un contre-projet.

Les deux initiatives vont en effet très loin. La première, intitulée «eau propre», demande que les paiements directs ne soient plus accordés qu’aux exploitations agricoles qui ne recourent pas à des pesticides, qui pratiquent l’élevage sans utiliser d’antibiotiques et dont le cheptel peut être nourri avec des aliments issus de l’exploitation. La seconde, «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», veut carrément interdire l’utilisation de pesticides de synthèse (ceux qui n’existent pas dans l’environnement). Elle veut aussi bannir de Suisse les aliments qui contiennent des pesticides ou pour la production desquels des pesticides ont été utilisés.

«Il faut absolument un contre-projet. C’est la chose la plus importante, car elle permettra d’agir vite dans un dossier où il y a urgence», lâche Regula Rytz (BE), présidente des Verts. Face au Conseil fédéral, qui prône le rejet pur et simple des initiatives, le groupe parlementaire écologiste défendra la semaine prochaine le renvoi des textes en commission et l’élaboration d’un contre-projet efficace. «Les produits phytosanitaires utilisés en Suisse détruisent insectes, vie aquatique et l’ensemble de l’écosystème. Il faut désormais poser rapidement des jalons contraignants afin de préserver nos ressources naturelles», précise Regula Rytz. La gauche devrait se rallier à cette position.

En face, PDC et UDC ne veulent pas de cette solution. «Un contre-projet ne se justifie d’aucune façon», estime Markus Ritter (PDC/SG), président de l’Union suisse des paysans (USP). Ces initiatives auraient des conséquences préjudiciables de grande ampleur pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (lire l’encadré). Et l’USP de rappeler que le monde agricole prend déjà très au sérieux cette thématique. Le plan d’action sur la protection des végétaux et la biodiversité, la stratégie antibiorésistance et la stratégie sectorielle en cours d’exécution pour un approvisionnement durable en matières fourragères suisses sont de premières réponses. Auxquelles il faut ajouter la Politique agricole 22+ en cours d’élaboration, qui traite également de ces thématiques.

Un camouflet

Entre ces deux visions, le PLR pourrait faire pencher la balance. Depuis le sondage mené auprès de sa base, le parti s’est engagé à lutter contre l’usage de produits phytosanitaires. Dans son papier de position qui sera débattu le 22 juin devant l’assemblée des délégués, le parti proposera l’interdiction des pesticides de «manière subsidiaire», quitte à ce que les rendements agricoles diminuent.

Malgré cet engagement, les membres du groupe libéral-radical ont rejeté mardi l’idée d’un contre-projet, adressant du coup un camouflet tant à leur présidente, Petra Gössi, qu’à leur chef de groupe, Beat Walthi. Il se murmure d’ailleurs que l’intervention de Karin Keller-Sutter a donné un coup de pouce bienvenu aux partisans du rejet. Questionné à ce sujet, Markus Ritter, Saint-Gallois comme la conseillère fédérale, botte en touche. «Elle a toujours été sensible aux arguments économiques et défend la position du Conseil fédéral.»

Sans les libéraux-radicaux, le contre-projet est-il mort? Regula Rytz refuse de baisser les bras. «Le PLR ne peut pas rejeter ces initiatives sans alternative le jeudi, et défendre son papier de position trois jours plus tard, comme si de rien n’était. Il perdrait toute crédibilité.»

«Pas contradictoires»

Le vice-président du parti, Christian Lüscher (GE), reste droit dans ses bottes. «Les deux positions ne sont pas contradictoires. Il y a plusieurs façons de lutter contre les pesticides. Le PLR est conscient des problèmes, mais refuse un contre-projet qui va trop loin, et dont la branche agricole et viticole directement concernée ne veut pas.» Surtout, il ne veut pas d’une solution qui est exploitée politiquement par les opposants du PLR.

Créé: 14.06.2019, 21h50

Articles en relation

Les paysans suisses démolissent l’initiative pour une eau propre

Environnement L’USP estime que l’interdiction des pesticides et antibiotiques aurait des conséquences dramatiques pour toute la population. Plus...

La guerre contre les pesticides est lancée

Initiative Les Suisses voteront l'an prochain sur l'interdiction des pesticides de synthèse. Les initiants montent déjà au front. Plus...

L’eau potable a sa pasionaria

Agriculture Franziska Herren a fait aboutir une initiative fédérale contre l’usage de pesticides et d’antibiotiques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.