EconomieSuisse craint les coupes dans la recherche

ScienceAprès le cri d’alarme des EPF, celui de l’économie: si la Suisse veut rester No 1 de l’innovation, elle doit s’en donner les moyens.

Image d'illustration.

Image d'illustration. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

SwissHoldings, Scienceindustries et EconomieSuisse ont rejoint hier l’avertissement lancé par le Conseil des EPF: la pole position de la Suisse en termes de recherche et d’innovation est en danger!

Pour l’affirmer, ces faîtières s’appuient sur les résultats d’une étude commandée à l’Université de Saint-Gall. Cette dernière servira aussi de référence au prochain rapport sur la recherche du Département de Johann Schneider-Ammann. Voici ce qu’on y apprend. Presque 50% des investissements étrangers vont à la recherche et l’innovation. En Suisse, les 20 multinationales les plus actives dans ce domaine, qu’elles soient indigènes ou étrangères, offrent à elles seules 80 000 places de travail et engendrent 4,7% du PIB.

«Plus que jamais face à un défi»

Cela étant posé, l’Université de Saint-Gall, sous la houlette du professeur Oliver Gassmann, a voulu savoir pourquoi les multinationales aimaient tant la Suisse pour y développer leurs activités de recherche. Les trois principales raisons citées, loin devant les autres, sont l’accès à du personnel qualifié, la proximité d’activité académique de recherche et la situation fiscale du pays.

Or, justement, «ces atouts traditionnels sont sous pression: stabilité politique, accès aux forces de travail et système fiscal. Nous sommes plus que jamais face à un défi», affirme Christian Stiefel, directeur de SwissHoldings.

Dans ce contexte, le programme d’économie fédéral 2017-2019, qui contractera le soutien étatique à la formation, la recherche et l’innovation inquiète au plus haut point. Le président du Conseil des EPF, Franz Schiesser, l’a dit haut et fort mercredi. Les milieux économiques sont sur la même longueur d’onde: il faudrait aujourd’hui au contraire investir davantage dans la recherche et l’innovation!

N’est-ce pas un peu fort de tabac de la part de l’économie, alors que c’est justement parce qu’une réforme fiscale fera baisser les impôts d’une partie des entreprises, que les collectivités publiques se serrent la ceinture? «Il faut se poser la question: où un franc est-il un franc bien investi?» rétorque Thomas Beck, directeur du centre de recherche de Nestlé. Le chercheur Oliver Gassmann abonde: «La formation et la recherche sont les seules matières premières dont dispose la Suisse.»

L’incertitude, un poison

L’inquiétude liée à l’avenir des hautes écoles est d’autant plus vive que d’autres menaces planent déjà sur l’accès au personnel qualifié. La mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration de masse» sera scrutée de près par les multinationales. Thomas Beck explique le défi concret que pose ce texte pour une entreprise comme la sienne: «La sécurité du droit est le plus important pour pouvoir planifier et investir. Par exemple, nous aimerions mettre des produits plus vite sur le marché. Mais s’il faut tout à coup engager du personnel et que cela prend des semaines, cela va devenir difficile.»

Il y a aussi des questions de perception. Oliver Gassmann cite le cas de Google, qui a développé son siège européen à Zurich avant d’être refroidi par le vote du 9 février 2014. «On peine à comprendre ce vote chez Google, où la liberté est un principe si important.» Lié à une issue heureuse du dossier européen, Thomas Beck espère aussi vivement une réintégration totale de la Suisse au programme européen de recherche Horizon 2020 l’an prochain. Un programme qui dope également le secteur privé.

Créé: 21.01.2016, 22h19

Recul net après le 9 février

Les chiffres le confirment désormais avec clarté: il y a un avant- et un après-9 février 2014 pour la participation suisse aux programmes européens de recherche. Avant les sanctions liées au vote «Contre l’immigration de masse», soit durant la période 2007-2013, la Suisse a participé à 4269 projets, captant 2482 millions de financement européen (4,2% du total), pour une participation de la Confédération de 2263 millions. Bilan: la Suisse, par la qualité de ses chercheurs, a été bénéficiaire de 219 millions de francs.

Ensuite, ça se gâte. La Suisse a été suspendue du programme 2014-2020, «Horizon 2020», suite au vote «Contre l’immigration de masse», avant d’être réintégrée mais seulement partiellement. Pour la première fois, la participation suisse à un programme de recherche européen est ainsi en recul: elle est passée de 3,2% (avant 2014) à 1,8%. Il n’y a plus que 15 projets coordonnés depuis notre pays, contre 972 les années précédentes.

Articles en relation

«Nous voulons la clause de sauvegarde»

Libre-circulation Le président d'Economiesuisse veut aller de l'avant, même sans accord avec Bruxelles. Plus...

Le pôle de recherche suisse est sous pression

Multinationales Quelque 70% des dépenses en recherche et développement sont assurées par des multinationales, révèle une étude de l'Université de Saint-Gall. Plus...

Recherche contre le cancer: demi million à partager

EPFL Un chercheur en cancérologie de l'EPFL est lauréat, avec un Allemand d'Heidelberg, du Swiss bridge award, prix doté de 500'000 francs. Plus...

Nestlé Health Science investit 70 millions de dollars

Etats-Unis L'entité de Nestlé consacrée à la santé va investir dans la création d'un centre de recherche aux USA dédié à la recherche appliquée et au développement de produits innovants. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.