EconomieSuisse lance un appel à renforcer le Parlement de milice

Chambres fédéralesLes élus miliciens seraient bons pour l'économie mais aussi pour la cohésion nationale, estime la faîtière des entreprises

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Trop de politiques professionnels nuiraient aux intérêts de l’économie, à entendre EconomieSuisse. «Il est important que les intérêts économiques passent à nouveau directement dans les institutions politiques», déclarait récemment Heinz Karrer, président de l’association faîtière des entreprises. A cela, une solution: favoriser le système de milice. Les employés des firmes connaissent l’économie et peuvent donc apporter leur expertise.

Et de lancer un appel à toutes les entreprises pour faciliter l’engagement politique de leurs cadres et employés. En invoquant rien moins que la cohésion nationale: «Le système de milice fait partie intégrante du modèle auquel la Suisse doit son succès.» Cette vision rappelle en partie celle de Christoph Blocher, exprimée lors de sa démission du Conseil national l’an dernier. «Nous avons besoin d’un retour à la milice», lançait le stratège zurichois de l’UDC.

La tendance à la professionnalisation est une réalité à Berne: en trente ans, le nombre d’élus miliciens a reculé de 25 à 13% au National alors que la milice n’existe plus aux Conseil des Etats. Et les liens avec l’économie? «Le nombre de parlementaires siégeant simultanément dans les conseils d’administration des plus grandes entreprises suisses est passé de 42 en 1980 à seulement 13 en 2010», relevait récemment le politologue Andrea Pilotti. Toutefois, le nombre de patrons issus de l’industrie et des arts et métiers siégeant sous la Coupole fédérale est passé de 16 à 36 entre 1980 et 2011, nuançait le chercheur de l’Université de Lausanne.


POUR

«C’est une demande des partis bourgeois»

Cristina Gaggini
Directrice romande d’EconomieSuisse

Pourquoi cet appel d’EconomieSuisse en faveur d’un parlement de milice?
Il s’agit d’une déclaration signée par 200 associations économiques et entreprises qui s’engagent à soutenir leurs collaborateurs qui veulent se lancer en politique. Nous répondons à une demande des partis bourgeois qui souhaitaient, après les élections de 2011, des mesures pour favoriser le système de milice. L’autre raison, c’est que les préoccupations de l’économie n’ont pas été assez prises en compte dans certains débats comme la Stratégie énergétique 2050 ou l’initiative sur l’économie verte. Il serait souhaitable que davantage de représentants des entreprises soient présents au parlement pour relayer notre message.

N’y a-t-il déjà pas assez de lobbyisme économique? Vous voulez en rajouter?
La prise en compte des intérêts de différents milieux, de gauche comme de droite, fait partie de notre système démocratique. Les parlementaires souhaitent être informés avec des faits et des chiffres, pour se faire une opinion. Le système de milice, c’est aussi l’idée que toute la population peut participer au processus législatif.

La population n’y participe pas aujourd’hui?
Si, bien sûr, et je ne suis pas en train de prétendre que les parlementaires fédéraux ne représentent pas la population. Mais le système de milice participe à une bonne compréhension globale entre l’économie, la politique et le peuple. Il faut l’assurer et le renforcer.

Souhaitez-vous, comme l’UDC, faire baisser les salaires des élus pour favoriser le?système de milice?
Non, ce n’est pas l’objet de notre appel… Nous constatons seulement une érosion des liens entre l’économie et la politique. Disons que nous cherchons à améliorer l’échange d’informations. Nous sommes conscients que la complexité des dossiers aux Chambres fédérales s’est accrue ces dernières années. Et, justement, la compétence en économie est un plus dans le travail de commission.


CONTRE

«Une vision romantique de la politique»

Roger Nordmann
Conseiller national (PS/VD)

Que vous inspire l’appel d’EconomieSuisse?
Il y a un aspect positif, c’est l’appel aux employeurs pour donner plus de flexibilité aux gens afin de leur permettre d’exercer des mandats politiques. Cela devient de plus en plus difficile, pas seulement au parlement d’ailleurs, mais aussi dans les Municipalités. Les exigences professionnelles se sont durcies partout, en même temps que les exigences politiques. L’aspect moins positif, c’est qu’EconomieSuisse met en avant une vision romantique de la politique. Au parlement, on nous demande de nous prononcer sur l’évasion fiscale, la politique énergétique ou les finesses techniques du deuxiè­me pilier… C’est illusoire de penser que de purs miliciens peuvent se montrer compétents tout en ayant un travail à côté. D’ailleurs la plupart ont un travail en rapport avec la politique.

La professionnalisation du parlement sera inéluctable, selon vous?
Non, la Suisse peut vivre avec des mythes et s’en accommoder. On peut payer les politiciens de manière décente en sachant qu’ils sont professionnels, mais en continuant à les considérer comme miliciens pour entretenir la tradition. Moi, je me présente comme «politicien professionnel», par honnêteté. Il y a aussi des gens intéressés par le système de milice car il permet de justifier n’importe quel revenu accessoire lié de près ou de loin à leurs mandats parlementaires, comme des con­seils d’administration.

Est-ce qu’un parlement d’élus spécialisés ne serait pas trop déconnecté de la population?
Non, si les politiciens sont déconnectés, ils ne sont simplement pas réélus! Le métier de politicien ne s’improvise pas, il demande des aptitudes particulières pour trouver des consensus. Pour être sûr que nous ne devrons pas à nouveau sauver UBS dans cinq ans, il faut des politiciens compétents à Berne, sinon c’est les lobbyistes d’UBS qui feront la loi. Je ne fais pas de procès d’intention à EconomieSuisse, mais, en soutenant le mythe de la milice, elle prend aussi le risque d’affaiblir notre système.

Créé: 17.07.2015, 08h03

«Mon activité officielle est de 60%, mais j’y consacre tout mon temps»

Salaires Combien gagne un élu à Berne? Les indemnités annuelles se montent à 26'000 francs. S’y ajoutent 40'000 à 47'000 francs pour les séances et une contribution aux frais (33'000 francs).

Revenu total «Mon activité officielle correspond à un 60%, mais j’y consacre tout mon temps», estime le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). Il explique que son revenu net avant impôtest de 79'000 francs, avec un défraiement de 11'000 francs pour les repas, 10'800 francs pour les nuitées, un abonnement général à 4700 francs et des indemnités annuelles de 33'000 francs. «J’en donne 12'000 à mon parti et je paie le loyer de mon bureau. Le solde entre dans ma comptabilité d’indépendant.». Le revenu de son activité serait donc de 90'000 francs environ. «Mais on ne peut pas compter les frais de repas et d’hôtel comme des revenus, car ils correspondent à des frais réels.»

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