L’Église catholique dénoncera tous les cas d’abus sexuels

ReligionEn 2017, 65 victimes se sont manifestées en Suisse. Les délits poursuivis d’office devront désormais toujours être portés devant la justice

Mgr Gmür, évêque de Bâle (à g.), et Mgr Morerod, mercredi à Saint-Gall

Mgr Gmür, évêque de Bâle (à g.), et Mgr Morerod, mercredi à Saint-Gall Image: Keystone

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L’Église catholique de Suisse durcit son règlement en matière d’abus sexuels commis dans le cadre ecclésial. Mercredi à Saint-Gall, la Conférence des évêques suisses (CES) a annoncé aux médias avoir instauré une obligation absolue de dénonciation des délits poursuivis d’office, notamment la contrainte sexuelle et le viol, lorsque ceux-ci ne sont pas prescrits. Jusqu’à présent, cette règle ne valait que lorsque la victime était mineure. Les personnes majeures avaient un droit de veto et pouvaient s’opposer à une dénonciation à la police de la part de responsables de l’Église.

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Les abus sexuels ont occupé la majeure partie de la conférence de presse de la CES, alors que l’Église catholique est ébranlée par de nouveaux scandales pédophiles. Aux États-Unis, une enquête du procureur de Pennsylvanie accuse 300 «prêtres prédateurs» d’avoir fait au moins 1000 victimes mineures; les autorités ecclésiales auraient couvert les abus.

Dénoncer: un dilemme

«Nous ne pouvons plus accepter que des abus restent cachés. Cela a trop souvent été le cas dans le passé», explique l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et président de la CES, Mgr Charles Morerod. Lequel rappelle que, dans son diocèse, l’obligation d’annoncer les délits poursuivis d’office était déjà la norme. La pratique est désormais unifiée. La Conférence des évêques a tranché un délicat dilemme. D’un côté, certains estiment qu’il faut épargner de nouvelles souffrances à une victime qui ne souhaite pas saisir la justice. Mais de l’autre, «si l’on ne dit rien, on permet aux abus de continuer. Pour nous, la priorité est qu’ils cessent», ajoute Mgr Morerod.

En portant une affaire devant les autorités séculières, l’Église ouvre la voie à une vraie enquête qu’elle n’a pas les compétences de mener. Il lui est par exemple impossible de perquisitionner du matériel ou de fouiller dans un ordinateur. Auparavant, l’Église enquêtait elle-même sur certains cas graves, sans les annoncer à la justice. Une pratique qui a suscité les critiques d’un procureur saint-gallois dans «Le Matin Dimanche».

En 2017, 65 abus ont été annoncés à l’Église catholique suisse. C’est beaucoup plus que les années précédentes: entre 2011 et 2016, ce chiffre oscillait entre 11 et 24 signalements. Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et vice-président de la CES, attribue cette hausse à une prière en faveur des victimes d’abus sexuels, en décembre 2016, à Sion. En 2010, une cérémonie similaire avait conduit à 115 annonces cette année-là. L’an dernier, l’importante couverture médiatique de cas d’abus sexuels au sein de l’Église aurait aussi incité des victimes à se manifester. «C’est une bonne chose. Nous voulons savoir ce qui se passe» au sein de l’Église, a déclaré Felix Gmür.

Davantage de fonds pour les victimes

La mise sur pied d’un fonds de dédommagement pour les victimes, en 2016, expliquerait aussi la hausse du nombre d’annonces auprès de l’Église. La CES vient de décider d’y injecter une troisième tranche de 500 000 francs. En Suisse romande, la Commission Écoute Conciliation Arbitrage Réparation (CECAR) est l’un des organismes responsables de distribuer cet argent. Indépendante de la CES, elle a traité l’an dernier 22 dossiers (23% de victimes proviennent du canton de Vaud; 5% du canton de Genève). Selon son rapport d’activité 2017, 17 cas étaient en cours de traitement et 5 autres avaient conduit à une indemnisation totale de 85 000 francs. Présidente de la CECAR, Sylvie Perrinjaquet salue une décision «excellente» des évêques. «Les séminaristes et les prêtres ne pourront plus être protégés.»

La plupart des abus signalés en 2017 sont prescrits, nombre d’entre eux ayant été commis il y a plus de 30 ans. Entre 2010 et 2017, 311 victimes se sont annoncées aux autorités ecclésiales. Une centaine d’entre elles étaient adultes au moment des abus, mais la plupart avaient moins de 17 ans; 111 étaient âgées de 12 à 16 ans et 83 de 12 ans ou moins. Les abuseurs étaient en grande majorité des prêtres séculiers. Les faits dénoncés recouvrent des déclarations à connotation sexuelle et avances déplacées (la majorité des cas), des cas de contraintes sexuelles (55) ou des viols (10).

Un cours de prévention

La CES a rappelé mercredi que les membres de l’Église catholique suivent un cours de prévention sur les abus sexuels, le mêmes que pour le personnel d’EMS ou de centre médicaux. La Conférence réfléchit désormais à standardiser cette formation, qui diffère selon les régions.

Cette mesure permet-elle d’éviter des abus? «Je ne sais pas si cela va dissuader un prêtre pédophile. Mais en tout cas, cela aide les personnes qui travaillent avec lui à savoir ce qui se passe, à reconnaître les situations et à ne pas rester inactifs.»

Créé: 06.09.2018, 07h33

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