Elisabeth Kopp dévoile les dessous du coup de fil à son mari

délit d'initiéLa 1ère femme élue au Conseil fédéral revient sur le fameux coup de fil à son mari qui a conduit à sa démission en 1989. Elle égratigne au passage le Conseil fédéral d'alors, l'accusant de ne l'avoir jamais soutenue.

Elisabeth Kopp affirme que la blessure s'est refermée sur cet épisode de sa vie mais qu'il reste une cicatrice.

Elisabeth Kopp affirme que la blessure s'est refermée sur cet épisode de sa vie mais qu'il reste une cicatrice. Image: Keystone

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Le scandale avait été immense durant l'hiver 1988/1989: la première femme élue au Conseil fédéral, Elisabeth Kopp, doit démissionner après un coup de fil, qualifié de délit d'initié, passé à son mari, Hans Kopp, pour le prévenir que l'une de ses sociétés était soupçonnée de blanchiment d'argent. Vingt-cinq ans plus tard, l'ex-conseillère fédérale revient sur ce fameux coup de fil sur le site de la Berner Zeitung. Et elle critique l'attitude du Conseil fédéral d'alors.

«J'ai informé le jour-même au cours d'une séance extraordinaire mes collègues masculins de ce coup de fil à mon mari, pensant que le Conseil fédéral serait derrière moi et me témoignerait de sa confiance», explique-t-elle. Mais à l'instigation d'Otto Stich, il ne la soutient pas. «J'ai été très surprise, car le Conseil fédéral était resté soudé auparavant, même dans des cas avérés de violation du secret professionnel.»

Pression et jalousie

Pourquoi le Conseil fédéral s'est-il désolidarisé, selon elle? Elisabeth Kopp penche pour la pression publique. «Et c'était aussi la première fois qu'un de ses membres était marié à une figure connue», ajoute-t-elle. Mais le fait qu'elle ait été la première femme à ce poste et donc très médiatisée à l'époque, a été un facteur aggravant, selon elle. Après certains articles de presse à son sujet, «l'ambiance était parfois glaciale durant les séances», raconte-t-elle.

A-t-elle ou non violé le secret de fonction? Elisabeth Kopp, alors en charge du département de la Justice, explique comment elle a appris, par son assistante personnelle, que des bruits couraient comme quoi la Shakarchi Trading AG, une société dont son mari était le vice-président du conseil d'administration, était impliquée dans un réseau de blanchiment d’argent. Elle raconte alors avoir appelé son époux pour lui faire part de ces rumeurs. «Je pensais qu'il fallait que mon mari se retire du conseil d'administration. »

Sources obscures

L'ancienne ministre explique que Hans Kopp, décédé en 2009, est resté très calme, la tranquillisant, lui assurant que la société était propre et que les rumeurs de blanchiment étaient déjà parvenues au conseil d'administration. Selon elle, son époux ne lui avait jamais parlé auparavant des bruits qui couraient à ce sujet. «Pourquoi l'aurait-il fait? Il s'était renseigné et selon lui, tout était en ordre», explique-t-elle.

Elisabeth Kopp affirme aussi qu'elle ne savait pas à l'époque que la source était interne à son Département et qu'elle venait en fait du Procureur de la Confédération. Il était évident pour moi que les rumeurs provenaient de l'extérieur, confie-t-elle à la Berner Zeitung, en rappelant que c'était le travail de ses services de l'informer sur ce genre de bruits.

Acquittée en 1990

L'avenir lui donnera raison. En novembre 1989, la Commission d'enquête parlementaire accable Elisabeth Kopp, lui reprochant d'avoir enfreint le secret de fonction. Elle se défendra, refusant d'admettre autre chose qu'une maladresse, une maladresse d0nt elle a payé le prix en démissionnant. Le Tribunal fédéral l'acquittera en 1990.

Aujourd'hui, Elisabeth Kopp, 76 ans, travaille dans un projet d'éducation politique baptisé «Les écoles à Berne», où elle reprend son ancien rôle. Vingt-cinq ans après l'affaire qui porte son nom, comment se sent-elle? «La blessure s'est refermée, mais il reste une cicatrice», confie-t-elle. «En même temps, je vois aussi ce que j'ai pu accomplir dans ma vie ensuite. Avec le recul, cela a bien plus de valeur à mes yeux que quelques années de plus au Conseil fédéral. »

Créé: 02.12.2013, 15h28

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